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Flaschaputzer, fabrique de lien aléatoire, social, culturel & hertzien

Ton voisin cet inconnu


[Revue de presse • Article à paraître dans le magazine NOVO • N° 80 daté avril mai juin 2026]



Sous les arcades de la Porte Jeune, caché entre l’office du tourisme et la cathédrale rouge de la consommation de masse, un nouveau lieu mystérieux vient de voir le jour à Mulhouse...


Quel est donc ce drôle de club ? Pas un bar à vin pour hipsters. Pas une galerie qui sent la subvention triste. Pas un squat instagrammable repeint en concept. Non, un vrai lieu vivant, hybride, bancal au bon sens du terme, un endroit qui tient à la fois du vestiaire de foot niveau district, du studio radio pirate, du salon de curiosités et du centre de formation pour voisinages imprévus.


C’est dans l’ancienne rédaction des DNA (Dernières Nouvelles d’Alsace) que bat désormais le cœur culturel underground de la première ville du Haut-Rhin. Depuis novembre 2025, une équipe aussi sérieuse dans ses intentions que joyeusement indisciplinée y orchestre une programmation poreuse, curieuse, ouverte à l’accident heureux, au détour imprévu, à la collision fertile.


Chansons et légendes en lao et en direct
Chansons et légendes en lao et en direct

Flaschaputzer, was ist das ?


C’est littéralement le « nettoyeur de bouteilles », goupillon en langue françoise. L’outil qui va gratter et astiquer le fond de la bouteille pour une prochaine tournée... C’était aussi un chroniqueur satirique, le sarcastique professeur Flaschaputzer, qui sévissait dans les colonnes d’un autre journal de la presse quotidienne régionale. Et c’est enfin une déclaration d’amour à la langue d’ici, histoire de rappeler qu’en Alsace, on peut encore baptiser un lieu sans convoquer trois mots d’anglais et un logo fabriqué par IA. Parce qu’il n’y a pas que le Noumatrouff qui tire son nom de l’alsacien !


Mais attention, Flaschaputzer n’est pas né dans une couveuse tiède. Avant de se poser Porte Jeune, l’équipe a fait ses classes dans la tour de l’Europe, en mode remontada patrimoniale. Pendant un an, elle s’est amusée à ranimer ce grand totem mulhousien un peu sonné, à l’occasion des 800 ans de la ville. Au 31e étage, dans le restaurant panoramique qui ne tourne plus rond, elle a installé un train miniature allemand équipé de caméras pour filmer la ville 24 heures non-stop. Et au 22e étage, le Kunschtturm clüb transformait un appartement en laboratoire radio-artistique à rendre jalouses les voisines Basel ou Freiburg.



Paris-Mulhouse, un aller-retour permanent


À l’origine de cette aventure, il y a radio πNODE (Pi-node), antenne bicéphale, parisienne et mulhousienne, et surtout farouchement expérimentale. Ici, on ne programme pas seulement des sons: on frictionne les langues, on déplie des voix, on télescope les musiques, les accents, les récits. Le serbe y croise le laotien, l’alsacien discute avec le lorrain, et tout ce petit monde fabrique un paysage hertzien qui ne ressemble à rien d’autre. Émissions sur place ou à emporter, formats qui débordent, bruits qui pensent et paroles qui bifurquent.



Tout peut arriver… ou presque


Les événements Flasch remplissent l’agenda au fur et à mesure des envies et des opportunités. Trois mois à l’avance ou en dernière minute, la liberté règne. Rencontres littéraires ou journalistiques, concerts intimistes, festivals hors normes, répétitions métalliques, ateliers radiophoniques, expositions photo - même strasbourgeoises, fake cinéma, soirées fondantes, conférences de presse et autres surprises inventives sont possibles. Le principe tient en une phrase : tout peut arriver, ou presque. Et mieux encore, tout peut être proposé. On ne sanctuarise pas la culture, on l’ouvre. Pas besoin d’arriver avec un dossier relié, un Stempel humide et trois lettres de recommandation signées par l’adjointe à la culture. Il suffit de pousser la porte, de venir parler ou d’écrire.


"Les autres voix de la presse" avec le rédacteur en chef du journal Fakir
"Les autres voix de la presse" avec le rédacteur en chef du journal Fakir

Ensemble, tout devient possible ?


Le lieu raconte aussi autre chose qu’une simple programmation. Il remet en circulation une idée un peu oubliée, celle d’un mécénat utile, concret, urbain. En ressuscitant une friche commerciale de l’hyper-centre, Flaschaputzer rappelle qu’un propriétaire prêtant gracieusement un local à une association d’intérêt général ne fait pas qu’un geste symbolique : il peut aussi y trouver un avantage fiscal. Une piste sérieuse, presque politique, une manière plutôt élégante de prouver qu’entre la vitrine vide qui déprime tout le pâté de maisons et l’énième franchise sous néon, il existe peut-être une troisième voie révolutionnaire : la vie. Avec des gens, des idées, du bruit et des voix. Le genre de combine qui mériterait d’être copiée plus souvent que les célébrations de chats sur TikTok.


Au Flasch, on réfléchit, on découvre, on échange, on rit, on rencontre 136 nationalités d’ici et d’ailleurs, on cause avec des inconnus qu’on n’aurait jamais croisés ailleurs, on réinvente le monde. Essayez ! Au pire, vous tomberez sur un concert improbable, une émission en alsacien mutant ou une voisine que vous n’aviez jamais regardée. Au mieux, vous comprendrez pourquoi Mulhouse est la capitale du monde. Hopla, on y va !






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