Transports en Sud Alsace : les usagers oubliés du système ?
- Jean-Luc Wertenschlag
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Écoutez l'interview de François Delétraz, président de la FNAUT, fédération nationale des associations des usagers des transports, présent à Mulhouse le 13 mars 2026.
Réunie le 13 mars 2026 à la Maison de la Région à Mulhouse pour son assemblée générale, l’AUT, Association des usagers des transports du Sud Alsace, a une nouvelle fois joué son rôle d’alerte. Et le constat est sans appel : en Sud Alsace, les usagers sont trop souvent condamnés à subir un service dégradé, des choix politiques flous, des tarifs illisibles et des correspondances mal pensées. Derrière les discours sur la transition écologique et les mobilités de demain, la réalité quotidienne reste brutale. Des trains vieillissants, des dessertes qui s’amenuisent, une offre allégée pendant seize semaines par an lors des vacances scolaires, des liaisons vers le sud qui reculent, un tram-train mulhousien dont l’avenir semble déjà compté : pour beaucoup d’usagers, le sentiment est clair, celui d’un abandon progressif.

La liaison de Mulhouse vers Müllheim (qui permet ensuite de rejoindre Freiburg) cristallise cette colère. Matériel ancien, pannes fréquentes, renouvellement incertain, aucun train le soir, absence de dialogue entre France et Allemagne : cette desserte transfrontalière symbolique, reste traitée comme une ligne secondaire alors qu’elle devrait être un pilier des mobilités rhénanes. Même logique du côté de l’EuroAirport Basel Mulhouse Freiburg. Alors que la saturation des parkings du 4e aéroport français de province à l’été 2025 a démontré l’impasse du tout-voiture, le raccordement ferroviaire direct à l’aéroport vient d'être suspendu par le ministre français des transports. Pourtant, avec une fréquentation proche de 10 millions de passagers par an et des Suisses prêts à dépenser des centaines de millions d'euros, continuer à temporiser relève de l’aveuglement. On ne construira pas un véritable bassin de vie transfrontalier cohérent sans transports publics lisibles, fiables et interconnectés. Parler d’un RER Bâle-Mulhouse tout en laissant en suspens la desserte ferroviaire de l’aéroport revient à bâtir un pont dont il manque la travée centrale.

Autre alerte, la disparition progressive des liaisons longue distance vers le sud. La fin du TGV direct vers Nice, remplacé par une offre Ouigo vers Marseille, symbolise un déclassement silencieux. À force de réduire les services, de segmenter les offres et d’habiller les reculs avec des éléments de langage modernes, on finit par vider le transport public de sa promesse d’égalité territoriale.
Les usagers dénoncent aussi une jungle tarifaire et numérique devenue absurde. Chaque région développe son système, chaque opérateur son application, chaque trajet son casse-tête. Fluo d’un côté, SNCF Connect de l’autre, titres locaux ailleurs : au lieu de simplifier le voyage, on le morcelle. Ce n’est pas aux voyageurs de devenir experts en billettique pour se déplacer. Un transport public digne de ce nom doit être compréhensible immédiatement.

Le cas du train spécial du Morgestraich, pour arriver lundi à 4 heures du matin au carnaval de Bâle, annulé puis reprogrammé par la Région Grand Est sous la pression, avec un aller-retour à 60 euros et une hausse dénoncée comme spectaculaire, illustre cette dérive. Quand les prix explosent, ce sont toujours les mêmes qui renoncent : les jeunes, les familles, les voyageurs modestes, celles et ceux pour qui le train devrait être une solution, pas un luxe.
Dans ce contexte, l’AUT soutient toutes les pistes pour plus de simplicité et de justice d’usage : intégration tarifaire, paiement direct par CB dans les transports, notamment urbains, meilleure articulation entre réseaux, lisibilité des abonnements, compatibilité transfrontalière inspirée de solutions plus accessibles comme le Deutschlandticket allemand. Car la question n’est pas technique. Elle est politique.
L’assemblée générale de l’AUT l’a rappelé avec force : les transports publics ne sont pas un service accessoire. Ils conditionnent l’accès à l’emploi, aux études, aux soins, à la culture, à la vie sociale. Mal desservir un territoire, c’est le fragiliser. Rendre les déplacements compliqués, coûteux ou incertains, c’est fabriquer de l’exclusion.
Face à cela, l’AUT entend poursuivre son travail de vigilance, d’interpellation et de proposition. Les usagers n’attendent ni slogans ni promesses à rallonge. Ils demandent des trains qui roulent, des tarifs qui se comprennent, des réseaux qui se connectent et des choix publics à la hauteur de l’urgence écologique et sociale. En Sud Alsace, il est temps de cesser de demander aux habitants de s’adapter sans cesse à un système défaillant. C’est au système, enfin, de se mettre au service des usagers.

Liens
AUT, association des Usagers des Transports du Sud Alsace
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FNAUT, la voix des usagers https://www.fnaut.fr
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