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Frédéric Marquet, dernier entretien avant l'élection finale #mulhouse2026


Jean-Luc Wertenschlag et Julia Hallberg reçoivent le 19 mars 2026 Frédéric Marquet, candidat qualifié au second tour des élections municipales à Mulhouse. Photos Antoine Ledermann. Musique Les Agités du Bocal. Montage Lévi Giner.



  • Jean-Luc : Bonjour et bienvenue sur Radio WNE. Élections municipales de Mulhouse : le premier tour du 15 mars 2026 est passé. Surprise citoyenne : Frédéric Marquet, bonjour. 14,26 %, une troisième position inattendue dans cette élection, avec en plus une fusion surprise… et donc peut-être que le futur maire de Mulhouse est dans nos studios. On le rencontre aujourd’hui pour qu’il nous raconte son parcours politique, son programme à venir. Et puis nous avons Julia. Bonjour. Julia, qui es-tu ?


  • Julia : Je suis Finlandaise. Je fais un volontariat européen à Mulhouse, à la radio.


  • Jean-Luc : Et Julia va nous aider à comprendre la politique française et mulhousienne en posant des questions à notre invité, Frédéric Marquet. Commençons par le commencement. Dans ta bio, on voit que tu es supporter du FCM, certes, mais surtout du général de Gaulle. C’est à 18 ans, 16 ans, 15 ans que tu adhères au RPR ? Ça s’appelait encore comme ça à l’époque ?


Frédéric Marquet : Le RPR, oui. Je me suis toujours d’abord passionné pour cette ville. En fait, à 15-16 ans, il y a déjà la politique, mais je ne suis évidemment pas encore engagé, parce que je crois qu’en plus il faut attendre 18 ans pour adhérer à un parti politique. Mais j’étais déjà celui qui, dans la cour de récré, défendait Mulhouse. Et je me suis engagé à 18 ans parce que je croyais qu’il fallait attendre cet âge-là. Mais c’était avant tout — et c’est toujours d’ailleurs le cas — pour faire des choses à Mulhouse. Je ne suis pas issu d’une famille dans laquelle il y avait des personnes engagées. Puis j’ai regardé :

est-ce que je suis plutôt de droite ? Est-ce que je suis plutôt de gauche ? Mais c’est vrai que la figure du général de Gaulle a joué : ce refus de la fatalité, et puis des valeurs dans lesquelles je me retrouvais - la famille, la nation, la reconnaissance du mérite, du travail.

Voilà, ce sont des choses qui m’ont fait pousser la porte du RPR à l’époque et y adhérer, pour démarrer ma vie politique.


  • Jean-Luc : Et la patrie aussi ?


Frédéric Marquet : Oui, bien sûr. La nation, la patrie, oui.


  • JLW : D’accord. On avait travail, famille… il manquait la patrie.


Frédéric Marquet : Tout à fait.


  • JLW : De Gaulle, il est quand même plus Baden-Baden que Mulhouse.


Frédéric Marquet : Ce n’est pas faux.



  • JLW : Comment ça se passe quand on est adolescent et qu’on adhère au RPR ? Qu’est-ce qu’on fait ?


Frédéric Marquet : Il se trouve que j’avais déjà eu un petit coup de projecteur. Pour illustrer ce que je raconte :

en terminale, j’ai rédigé un mémoire sur les élections à Mulhouse de 1918 à nos jours.

Pour vous dire à quel point j’étais déjà piqué par Mulhouse. Et puis j’ai eu la chance d’avoir un article dans L’Alsace sur ce mémoire. Aujourd’hui, cet article me sert, parce que je n’ai pas besoin de storytelling pour raconter mon parcours. J’y dis exactement ce que je dis encore aujourd’hui, à 52 ans : à l’échelle d’une ville, ce n’est pas une question de droite, ce n’est pas une question de gauche, ce n’est pas une question d’étiquette politique. C’est une question de conviction, de projet, d’attachement à sa ville. Donc je me suis engagé parce qu’à l’époque, en 1993, pour faire des choses dans sa ville, il fallait rentrer dans un parti politique. Je me suis engagé à droite. Mais très vite, j’étais un peu frustré, parce que dans un parti politique, on parle surtout de politique, des élections, de comment on s’oppose à l’adversaire. Et on parlait très peu de Mulhouse. Je ne me rappelle pas d’une seule réunion du RPR, à l’époque, sur le sport à Mulhouse, la culture, etc. Et très vite, j’ai été assez frustré. Puis, longtemps, j’ai cherché quelqu’un de l’autre camp. Parce que dans cette idée de vouloir dépasser les clivages politiques, je voulais prendre des contacts, même en étant jeune au RPR. J’ai essayé d’avoir des contacts avec les jeunes du PS, à l’époque. Et puis un jour, j’ai rencontré Christophe Muller. Je l’ai rencontré au Conseil de développement. On ne se connaissait pas avant. Il a pris la parole de manière très constructive, positive, sur Mulhouse. Je suis allé le voir à la fin en lui disant : « Écoute, moi je suis dans mon parti, mais on ne parle jamais de Mulhouse. J’ai l’impression que toi, tu es dans un parti différent, et c’est un peu ce que j’ai envie de démontrer. » Et on a créé Mulhouse J’y Crois en 2005. Donc il y a plus de vingt ans maintenant.


  • JLW : Oui, après le RPR, il y a eu l’UMP.


Frédéric Marquet : Oui, tout à fait. Moi, je suis resté fidèle. Je suis resté 25 ans : RPR, UMP, LR. Jusqu’au moment où, pour moi, ça dérivait vraiment trop à droite. Ce qui n’était pas facile pour moi, parce qu’à ce moment-là, dans mon parcours, je suis manager du commerce, donc agent de la Ville de Mulhouse, avec un maire républicain, LR. Et donc j’ai démissionné, on va dire, du parti du maire en étant agent de la ville, ce qui n’est jamais facile. Mais j’ai toujours assumé mes convictions.


  • Jean-Luc : Mais tu étais conseiller municipal vers…


Frédéric Marquet : En 2008, oui, dans l’équipe de Jean-Marie Bockel et Jean Rottner.


  • Jean-Luc : Alors Jean-Marie Bockel, rappelle-nous : à ce moment-là, il était à droite ou à gauche ? On a toujours du mal à se rappeler... Il était à droite. C’est le moment où il a créé un parti qui s’appelait La Gauche moderne.


FM : Ah, donc à gauche.


  • JLW : Non, mais il est allé à droite, et il en a profité pour créer un parti officiellement à gauche.


FM : Tu lui poseras la question.


  • Jean-Luc : Et donc, pourquoi quitter le conseil municipal ? Ce n’était pas bien ? Tu as siégé pendant quelques années…


Frédéric Marquet : 

J’ai même été président du conseil de quartier Wolf-Wagner. Je m’éclatais dans cette fonction, j’y passais beaucoup de temps.

C’est vrai que conseiller municipal, ce n’est pas adjoint, c’est simple conseiller municipal, délégué au commerce. Mais je m’y donnais à fond. Je dis souvent : conseiller municipal, tu y mets le temps que tu as envie d’y consacrer. Moi, j’y mettais beaucoup. À un moment, j’y consacrais 20 à 25 % de ma semaine, en dehors des heures de travail. Donc c’est très prenant. Mais quand est arrivée la possibilité de ce poste de manager du commerce, je me suis dit : si tous les matins je me levais pour travailler pour Mulhouse ? J’ai pris de gros risques, parce que j’étais dans le privé, directeur d’une agence de 14 personnes qui ne m’appartenait pas, mais j’étais bien installé dans le privé. Et puis ce poste de manager du commerce est arrivé. Je me suis dit : tiens, si tous les matins je me levais pour travailler pour Mulhouse ? Tout le monde m’a dit : « Mais attends, Frédéric, tu ne vas pas perdre ton mandat d’élu, démissionner pour t’occuper du commerce, dans cette situation ? » Et c’est vrai qu’on était la ville la plus sinistrée de France à ce moment-là, en 2011. Tout le monde me disait : « Attention, les commerçants, tu es en train de faire une erreur. » Et puis non. Travailler au quotidien — je vais presque dire 24 heures sur 24 — sur une mission pour relever un défi pour Mulhouse, j’étais à fond. Donc j’y suis allé.


  • Jean-Luc : Et donc, pendant une quinzaine d’années, tu as sauvé tous les commerces de Mulhouse ?


Frédéric Marquet : Je n’ai pas sauvé tous les commerces de Mulhouse, mais c’est vrai qu’on a inversé une tendance dans un contexte où la vie commerciale des centres-villes était très difficile partout. En 2011, il y a plus de 100 friches commerciales au centre-ville à Mulhouse. C’est le centre-ville de France le plus sinistré, avec 14 % de vacance commerciale. Et au bout du compte, on arrive sur un rythme de deux ouvertures pour une fermeture, plus de 600 ouvertures en 13 ans, avec le prix du centre-ville en 2017, le trophée du meilleur manager de centre-ville en 2023, et une évolution constatée, reconnue par les Mulhousiens. Mulhouse redevient un exemple, devient un exemple. Mais ce qui a mis un coup de projecteur, pour être honnête, c’est aussi la volonté politique. Ce n’est pas que le manager du commerce. C’est un travail d’ensemble, avec les associations de commerçants, avec les institutions, avec la volonté politique de Jean Rottner, pour le coup, qui a lancé ce projet Mulhouse Grand Centre, qui était un gros investissement sur le centre-ville, et auquel j’étais associé dans le cadre de cette mission pour le commerce. Donc c’est un ensemble qui a fait qu’on a eu ces résultats, et que Mulhouse est devenue un exemple à l’échelle nationale dans un contexte où, partout en France, le commerce de centre-ville souffrait. Quand vous avez une difficulté, vous regardez toujours dans quelle ville il y a quelque chose qui fonctionne. Donc on a eu des visites de Lille, de Strasbourg, de Pau, du Mans, de Namur en Belgique… Mulhouse était devenue une référence.


  • Jean-Luc : Personne n’est venu de New York ?


Frédéric Marquet : Non, non, pas de New York. Mais on a eu un article dans The Guardian, quand même. Donc oui, à l’international, il y a eu des articles sur Mulhouse et sur l’évolution du commerce mulhousien.


  • Jean-Luc : Quand on regarde le commerce au centre-ville, on voit des franchises, des multinationales, des groupes états-uniens… Enfin, il n’y a plus aucun commerce indépendant.


Frédéric Marquet : Alors, ce n’est pas tout à fait vrai.

Déjà, quand je dis que sur la période 2011-2023, où j’ai été manager du commerce, il y a eu 600 ouvertures, c’est la réalité, avec ce rythme de deux ouvertures pour une fermeture. Et sur ces 600 ouvertures, on est à 75 % d’indépendants.

Et je ne compte pas dans ces indépendants les franchises, alors que les franchises restent des indépendants qui investissent. Donc aujourd’hui, le centre-ville de Mulhouse — alors je n’ai pas les derniers chiffres, ça fait maintenant deux ans que je n’y suis plus — est plutôt équilibré. On est plutôt sur du 50-50 entre enseignes nationales et indépendants, ce qui est quand même assez rare dans les villes de plus de 100 000 habitants. Et aujourd’hui, c’est cet équilibre entre enseignes nationales et indépendants qui fait la richesse d’un centre-ville. Si vous n’avez pas une Fnac ou un H&M, c’est un centre-ville à qui il manque certains codes. Les enseignes nationales donnent aussi confiance, à un moment, aux investisseurs et aux porteurs de projets indépendants. Et on a eu la chance — et je le dis toujours — que l’axe de développement stratégique pour le centre-ville ait toujours été, dans mon idée, de différencier le plus possible notre centre-ville des autres : de ce qu’on trouve ailleurs, de ce qu’on trouve en périphérie, de ce qu’on trouve dans les villes voisines. Donc, même avec des enseignes nationales, essayer d’attirer celles qu’il n’y a pas ailleurs. Mais toujours privilégier l’indépendant, parce que c’est quand même lui qui va différencier un centre-ville d’un autre.


  • Jean-Luc : Alors, en matière d’indépendance, on a les friteries vietnamiennes, puisqu’on en a une vingtaine, 100 % vietnamiennes. Et puis le centre-ville est peuplé de junk food : kebabs, tacos, burgers, poulets congelés vendus décongelés… C’est terrible. On a nos jeunes qui passent devant, peut-être deux fois par jour pour certains, et qu’on attire vers de la bouffe de mauvaise qualité. Qu’est-ce qu’on fait ?


Frédéric Marquet : On mettra les friteries un peu à part, parce que c’est une telle spécificité mulhousienne qu’on a envie de les conserver telles qu’elles sont, et qu’on y passe toujours un moment exceptionnel.


  • JLW : Oui, il y a le nem américain, qui est une invention mulhousienne, en passant. Et donc, cette junk food, est-ce que c’est normal ? Est-ce que c’est bien ?


Frédéric Marquet : Non, ce n’est pas bien. Mais sur la période où j’ai été manager du commerce, il n’y a pas eu une seule ouverture d’un commerce de ce type, parmi ceux que tu viens de citer, sur un local qui n’était pas déjà occupé par ce type d’activité. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu d’ouvertures, mais on a toujours concentré ces ouvertures sur des locaux qui accueillaient déjà ce type d’activité. C’est moins le cas depuis que je n’y suis plus, malheureusement. Mais c’est vrai qu’en même temps,

cette street food d’aujourd’hui peut aussi être de qualité.

Ce n’est pas parce qu’il y avait un projet de döner kebab qui arrivait que je disais : « Non, on n’en veut pas. » Derrière, il y a toujours des entrepreneurs, des gens qui ont envie de faire des choses. Il faut aussi les accompagner, parfois leur ouvrir les yeux sur leur projet, essayer de faire en sorte que ce soit le plus qualitatif possible — en termes de présentation, de vitrine, de produits — pour que ça fonctionne aussi pour eux. Je pars toujours du principe que, quelle que soit l’activité, il y a un entrepreneur, parfois une famille, derrière. Et il faut essayer de faire en sorte que ça fonctionne le mieux possible. Donc aujourd’hui, je pense que sur le fast-food, sur tout ce qui est street food, on a ce qu’il faut à Mulhouse. Ce n’est pas quelque chose qu’il faut développer. Dans ma mission de manager du commerce, j’ai toujours essayé d’accentuer, d’aider, d’accompagner les projets qui participaient à la bonne stratégie, c’est-à-dire différencier le plus possible notre centre-ville. Et c’est ce qui a porté ses fruits.



  • Jean-Luc : Rappelons aussi qu’aux dernières municipales en 2020, il me semble que tu as demandé l’investiture…


Frédéric Marquet : Je n’ai pas demandé l’investiture, j’ai demandé le soutien.


  • Jean-Luc : En 2020, donc, tu demandes le soutien à Renaissance ?


Frédéric Marquet : En 2020, j’étudie la possibilité d’être candidat. Et je suis déjà, à ce moment-là, dans cette idée de porter une candidature indépendante. Candidature indépendante… C’est d’ailleurs assez drôle que tu me reposes cette question aujourd’hui, par rapport à l’alliance qu’on vient de faire. Mais en 2020 déjà, c’était une candidature indépendante. En revanche, je ne m’interdisais pas d’être soutenu par des partis politiques. Et donc j’ai fait la démarche d’être soutenu, à l’époque, par En Marche. Pour faire très court, l’idée de départ d’En Marche — qui a quand même clairement évolué depuis — c’était de dépasser les clivages politiques. Donc j’étais aussi en phase avec ce discours.

En 2020, avec Mulhouse J’y Crois, c’est ce qu’on a fait : dépasser les étiquettes, dépasser les clivages.

C’est toujours ce que j’ai demandé et souhaité pour notre ville, avec une réflexion à l’échelle locale. Donc en 2020, quand j’ai étudié la possibilité d’être candidat indépendant, j’ai effectivement demandé le soutien, et c’est finalement Lara Million qui l’a eu.


  • Jean-Luc : Lara Million, qui est quand même spécialisée en défaites municipales à Mulhouse…Prenons un peu de hauteur, un peu de fraîcheur, filons vers le Grand Nord. Julia, tu nous arrives de Finlande et tu vas nous aider à découvrir Frédéric Marquet et la politique mulhousienne.


  • Julia : Ce n’est pas une question facile, mais pouvez-vous expliquer le paysage politique français à une jeune Finlandaise qui vient d’arriver à Mulhouse, en quelques mots ?


Frédéric Marquet : Ah oui, ce n’est effectivement pas évident. Le paysage politique français a surtout beaucoup évolué ces dernières années. Il y a les partis de gauche, il y a les partis de droite — jusque-là, on doit être en phase avec la Finlande. Et puis il y a les extrêmes, avec le Rassemblement national d’un côté, d’autres petits partis aussi, et puis La France insoumise de l’autre. Et puis est arrivé Emmanuel Macron avec son idée de casser un peu cette bipolarité gauche-droite. Donc on a aujourd’hui un président avec un nouveau parti, qui s’est appelé En Marche, puis Renaissance. Voilà, dans les grandes lignes, le paysage politique français.


  • Jean-Luc : Mais Macron a réellement cassé la gauche-droite ?


Frédéric Marquet : Oui, il a cassé la gauche et la droite aussi.


  • JLW : Mais aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il soit de gauche.


Frédéric Marquet : Non, tout à fait, je suis d’accord.


  • Julia : Pour les auditeurs et auditrices qui ne connaissent pas bien le système français, comme moi, quel rôle joue concrètement un maire en France dans la vie quotidienne des habitants et des habitantes ?


Frédéric Marquet : Alors, un maire, ça a évolué aussi, parce qu’aujourd’hui on a beaucoup de compétences qui sont à l’agglomération. Mais un maire s’occupe déjà de sa ville. Le périmètre d’action d’un maire, c’est sa ville.

Et puis il y a des sujets et des compétences qui relèvent du maire : tout ce qui est police municipale, sécurité, circulation, voirie, écoles… mais pas toutes les écoles. C’est vrai que c’est assez compliqué quand on commence à entrer dans le détail, ce qu’on ne va pas faire à la radio.

Mais pour le maire, les écoles, c’est le primaire, les maternelles. Le périscolaire, c’est déjà l’agglomération. Le sport, dans certaines villes, est porté par la ville-centre, ce qui est le cas chez nous par exemple, où le sport de haut niveau est porté par la ville-centre. Dans d’autres territoires, c’est l’agglomération qui le porte. Donc il y a une répartition des compétences. Mais tu mets aussi le doigt sur quelque chose : aujourd’hui, quand on est citoyen, on entend trop souvent dire : « Ah ben ça, ce n’est pas moi, c’est l’agglo », ou : « ça, ce n’est pas moi, c’est la Ville ». Moi, je pars du principe que demain, les élus qui seront dans mon équipe, si un Mulhousien les interroge, ce sont des élus mulhousiens. Donc ils n’ont pas à répondre : « Ça, ce n’est pas nous, je ne peux pas vous répondre, c’est l’agglo. » Un Mulhousien qui pose une question à un élu mulhousien doit obtenir une réponse. Si ce n’est pas de sa compétence, l’élu lui dit que ce n’est pas de sa compétence, mais il lui dit aussi : « Je vais chercher l’info, et c’est moi, en tant qu’élu mulhousien, qui reviens vers vous. » Je pense que, déjà, ça, ça va changer les choses. Parce que ça va obliger les uns et les autres à s’approprier les sujets et à répondre de manière directe et réelle aux citoyens. Ce n’est pas aux citoyens, aux Mulhousiens, de chercher qui a la compétence de quoi. Encore une fois, tu mets le doigt sur une réalité d’aujourd’hui qui complexifie beaucoup les choses et qui met une distance entre les élus, le système et les citoyens. Et c’est pour ça que nous, on veut retrouver cette proximité-là. Je le faisais en tant que manager du commerce, à une autre échelle. Quand un porteur de projet venait, j’aurais très bien pu lui dire : « Ça, ce n’est pas moi, c’est la voirie. Ça, ce n’est pas moi, c’est l’hygiène. Ça, ce n’est pas moi, c’est l’urbanisme. Ça, ce n’est pas moi, c’est le service restauration. » J’ai toujours agi autrement. Et c’est là qu’on voit qu’une mairie est utile : on pose une question à une personne, et c’est elle qui va vous répondre, qui va faire le travail de consulter les services compétents, quels qu’ils soient.


  • Jean-Luc : Et les fleurs aussi… Je ne sais plus si c’est de la compétence municipale, les fleurs aux ronds-points ?


Frédéric Marquet : Les espaces verts, tout à fait.


  • Jean-Luc : Et je crois qu’il y a quelque chose comme 200 salariés.


Frédéric Marquet : Tout à fait. Les espaces verts, c’est important.


  • Jean-Luc : Oui, c’est important, mais est-ce qu’il n’y a pas autre chose à faire que de planter des fleurs au milieu des carrefours ?


Frédéric Marquet : C’est une bonne idée de poser la question. Sur ce point précis, c’est quelque chose que j’ai en tête depuis très longtemps. Pour moi,

nos carrefours devraient presque être des vitrines de nos musées mulhousiens.

J’imagine bien qu’on ait, sur un carrefour, une voiture pour la Cité de l’Auto, un bout de locomotive sur un autre, etc. Qu’on se rende compte que cette diversité-là, cette richesse de nos musées, pourrait être visible en permanence dans notre ville, pour interpeller les visiteurs qui passent par là, pour donner une identité, et peut-être aussi pour faire des économies à un moment donné sur le fleurissement saisonnier. Je partage cette idée. Même si tous les Mulhousiens aiment bien ces ronds-points fleuris, qui restent une chance pour notre ville, j’entends la question.


  • Jean-Luc : Peut-être que les Mulhousiens aiment les ronds-points, mais à Sausheim, on les aime encore plus. C’est magnifique un rond-point. Mais quand on parle d’attractivité de la ville de Mulhouse, Frédéric Marquet, on voit autour des zones commerciales énormes qui prospèrent : autour de Décathlon, aujourd’hui, on construit des entrepôts pour lancer des haches, des escape games pour tuer au laser tous ses amis, on construit des lieux festifs où des jeunes font la queue chaque week-end pour danser au karaoké, boire des bières et rentrer en voiture… Et ils ne mettent plus les pieds à Mulhouse, j’imagine pour certains. La rue du Sauvage est un désert le dimanche, et tous les soirs après 19 heures. Qu’est-ce qu’on fait pour changer ça ?


Frédéric Marquet : Déjà, il y a cette relation Ville–M2A qui fait que les échanges sont très limités entre aujourd’hui la ville-centre et M2A, parce qu’on a cette guéguerre politique dont il faut sortir. Mais au-delà de ça, j’ai toujours eu un discours très clair : ce qu’il se passe en périphérie aujourd’hui, quand on est maire de Mulhouse, ça nous concerne. Il faut à un moment reprendre sa place dans cette agglomération, et Mulhouse doit avoir une place prépondérante. C’est-à-dire qu’on doit pouvoir, à un moment, rééquilibrer les choses. Et surtout, il faut agir pour rendre notre ville plus vivante.

Tu mets le doigt sur le sujet qui nous tient le plus à cœur : il faut que notre ville vive davantage le soir. Il faut que les gens se croisent plus. Il faut multiplier les occasions de provoquer des moments de plaisir, d’émotion, de fête. Et clairement, là-dessus, on a des propositions très concrètes dans notre programme. On veut, tous les mois d’été, un concert gratuit — pas forcément toujours au centre-ville. L’idée, c’est d’avoir un concert gratuit tous les vendredis, de juin à fin septembre, dans un quartier différent à chaque fois.

On veut instaurer un marché des créateurs, parce qu’on a un vivier d’artistes, de créateurs locaux, d’artisans locaux qui pourraient être mis en valeur.

Cette ville vivante, on la veut aussi multiculturelle, avec ses 136 nationalités. On a là quelque chose qui a du sens. Et ce n’est pas normal aujourd’hui qu’on ait une gare devant laquelle on arrive sur un port de plaisance… sans le vivre. Cette notion de ville d’eau, on ne la vit pas. Mulhouse est une ville d’eau. Même quand on dit aux Mulhousiens qu’en arrivant à la gare il y a le port de plaisance, il y a un petit temps de réaction, parce qu’on le vit tellement peu. Ce n’est pas normal. Dans quelle ville a-t-on un canal en centre-ville, sans qu’il y ait une péniche avec un café, un restaurant, un lieu de vie qui rappelle que Mulhouse a de l’eau et qu’il faut la remettre au cœur de l’image de la ville ?


  • Jean-Luc : Jean-Pierre Hero, avec sa femme Régine, qui a ressuscité le Gambrinus, avait un magnifique projet de péniche face à la gare, face au musée de l’Impression sur Étoffes. Il s’est battu pendant des mois pour essayer de mettre ça en place. Tu n’étais peut-être pas manager du commerce à ce moment-là ?


Frédéric Marquet : Non, j’étais élu, donc j’ai eu connaissance de ce projet. Et si ça s’est terminé, c’est parce qu’il n’y avait pas de volonté politique. On lui a mis plus de bâtons dans les roues qu’on ne l’a accompagné. Si on veut que ça change, c’est pour ça que la volonté politique et l’état d’esprit d’une municipalité changent tout. J’ai envie de cette ville festive. Je n’ai pas peur de dire que je veux une ville qui vive davantage, où il y ait peut-être un petit peu plus de bruit. Mais j’ai aussi tendance à dire que plus il y aura de monde dans nos rues, plus nos rues seront éclairées — c’est aussi un sujet — et plus elles seront sûres. Il faut rééclairer notre ville le soir. Aujourd’hui, à 18h-19h, on est dans le noir à Mulhouse, les rues sont vides. Il faut amener de la vie dans ces rues. Il faut une ville plus étudiante. Tout ça, ce sont des éléments qui changent le sentiment d’insécurité. Qu’est-ce qui crée ce sentiment ? C’est parce que c’est sombre et vide. Donc demain, s’il y a un peu plus de bruit, je suis certain que toutes les générations auront tendance à sortir aussi un peu plus, et qu’on changera l’état d’esprit de notre ville.

Mulhouse est la grande ville la plus jeune de France : 42 % de la population a moins de 30 ans.

Il faut absolument qu’on réoriente cette ville vers sa jeunesse et qu’on refasse confiance à sa jeunesse. J’ai vu beaucoup de porteurs de projets, de jeunes, venir présenter des projets de festivals, des choses parfois très bien construites, financées, etc. Et au final, c’est justement ça qu’on veut changer. Quand on est une liste indépendante, animée avant tout par l’idée que notre seul curseur, c’est : est-ce que c’est bien pour Mulhouse ou pas ? Moi, je ne raisonne pas politique, je raisonne Mulhouse. Quand des jeunes viennent vous voir et qu’autour de la table on se dit : « C’est un super projet, d’accord… » puis qu’un élu finit par dire : « Oui, mais électoralement, est-ce qu’ils sont avec nous ? » et qu’on laisse tomber pour ça… Pour moi, il n’y a rien de pire. On a découragé nombre de jeunes, nombre de porteurs de projets. Tu viens de citer Jean-Pierre Hero, qui avait ce projet de péniche et qui s’est battu. Je n’étais pas aux manettes du tout, et je ne dis pas que j’aurais réglé tous les problèmes. Mais à partir du moment où il y a une volonté, on change les choses, on change la donne. Et nous, on est vraiment là-dessus. On va jusqu’à un projet de Zénith pour notre ville, parce qu’on est tout à fait dans une dimension qui permettrait d’en accueillir un. Ce sont des Zéniths de jauge moyenne, de 2 000 à 8 000 places. Donc ça ne vient pas concurrencer l’Éden, qui va de 0 à 2 000. Le Parc Expo aujourd’hui n’est plus du tout adapté à des tournées d’artistes nationaux.

Un Zénith à Mulhouse ?

Il n’y a pas grand-chose à Bâle, pas grand-chose à Belfort. On sait qu’on est idéalement placés, même en termes d’accessibilité pour les équipes, les artistes, avec l’autoroute, l’aéroport, etc. Donc on a là une vraie opportunité. Et un Zénith, ce n’est pas des centaines de millions d’euros, comme cela a été dit à un moment dans cette campagne. Quand ils ont vu le jour ailleurs, ces projets ont été largement financés par l’extérieur : fonds DRAC, fonds de l’État, etc. Et nous, on ne le fera que si on arrive à obtenir ce type de financement, parce qu’il n’y a pas de raison que d’autres villes les aient eus et pas nous. Grosso modo, 60 à 70 % d’un Zénith est financé par des fonds extérieurs à la ville-centre. Donc c’est tout à fait à l’échelle de notre ville.


  • Jean-Luc : Et le Noumatrouff, on en fait un hospice pour vieux rockers ?


Frédéric Marquet : Ah non ! Le Noumatrouff, c’est pareil : c’est une offre hyper complémentaire. Tout ce qui s’adresse aujourd’hui à la vie de notre ville s’adresse à notre jeunesse, et au-delà.

Parce qu’un Zénith, ce n’est pas que pour les jeunes : ce sont aussi des spectacles, des congrès d’entreprise, énormément de choses qui peuvent se passer à Mulhouse et qui ne s’y passent pas aujourd’hui. Mais le Noumatrouff, évidemment qu’il faut le préserver. Je n’ai pas eu l’occasion de creuser aujourd’hui ce projet, mais je suis assez attaché à l’idée qu’il faut le faire, d’une manière ou d’une autre, sur ce site ou en tout cas sur un site qui a une âme. On ne peut pas construire une boîte en métal quelque part et dire : « Ça y est, c’est le nouveau Noumatrouff. » Ce n’est pas possible.



  • Julia : Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes qui ne sont pas allés voter, ou qui n’ont pas le droit de vote ?


Frédéric Marquet : Alors, pour ceux qui n’ont pas le droit de vote, j’ai un vrai message. Et ce n’est pas que pour les jeunes. Quand on fait du tractage et qu’on nous dit : « Moi, je n’ai pas le droit de vote », je réponds toujours : « Prenez quand même le document, même si ça en fait un de moins pour la campagne. » Mais je leur dis : « Prenez-le si ça vous intéresse. » Parce que pour moi, un maire de Mulhouse ne doit pas être seulement le maire de ceux qui votent. Les habitants qui n’ont pas le droit de vote à Mulhouse — et il y en a un certain nombre dans notre ville — ont le droit d’être associés, ont le droit de savoir ce qui se passe. Et je pense que c’est déjà un changement de paradigme qui a du sens. Après, aux jeunes qui ne sont pas allés voter, je dis : prenez un quart d’heure pour aller voter. On a un vrai projet. Allez sur le site Marquet 2026. On a vraiment un projet différent de d’habitude. Ce n’est pas un parti politique, c’est une liste citoyenne. Peu de gens y croyaient, et on est arrivés en troisième position après le premier tour. Là, c’est dimanche 22 mars, il faut y aller. Il y a quelque chose à jouer.

J’ai fait beaucoup de vidéos sur TikTok pour expliquer, pour raconter ma vision de cette ville.

Et ma vision, c’est de la remettre là où elle doit être : jeunesse, diversité culturelle, quartiers — les richesses de notre ville, elles sont là. Notre projet s’adresse à cela. Ça passe par l’école, par l’enseignement supérieur. On veut plus d’étudiants à Mulhouse. On veut retrouver du sport de haut niveau. On veut que notre jeunesse retrouve cette fierté d’appartenance. Aujourd’hui, à quel moment on défend les couleurs de notre ville ? Alors moi, j’adore aller au volley, j’adore aller au basket, on vibre un peu… mais ce n’est quand même pas la même chose que de vibrer à 10 000 ou 15 000, avec des gens du Rebberg, des Coteaux, etc., dans un stade de foot. C’est ça qu’il faut qu’on retrouve. Jean-Luc et moi, on l’a connu quand on était plus jeunes. Ce sont des moments qui rythment ta vie, alimentent tes souvenirs, qui font que tu te sens mulhousien. À quel moment aujourd’hui cela existe encore ? Je dis souvent à des jeunes : quand vous êtes en vacances, est-ce que vous dites fièrement que vous êtes mulhousiens ? Ou est-ce que vous dites simplement que vous habitez à 100 km de Strasbourg ? C’est ça qu’il faut faire renaître. Mon objectif de fin de mandat, c’est que les gens soient fiers de dire qu’ils habitent Mulhouse.


  • Jean-Luc : On pourrait peut-être commencer par M2A puisque, dans la réalité de la vie mulhousienne, comme tu le disais, Frédéric Marquet, il y a énormément de décisions budgétaires qui sont prises par M2A, donc 39 communes si ma mémoire est bonne, dont la grande majorité est contre Mulhouse. On a mutualisé les services communs entre M2A, Mulhouse Alsace Agglomération et la Ville de Mulhouse pendant des années. Ça a été un travail de titan : on a rassemblé, fédéré. Et qu’est-ce qu’on a fait ensuite ? On a démutualisé... Donc après avoir passé des années à mutualiser, avec des problèmes humains et de ressources humaines incroyables, un candidat me disait que cela coûte encore aujourd’hui au moins 3 millions d’euros par an aux deux collectivités. Si la piscine Pierre-et-Marie-Curie est fermée, c’est parce que M2A décide pour nous, les Mulhousiens, les Mulhousiennes… Enfin non, je vais arrêter, je vais trop m’énerver. Donc M2A, qu’est-ce qu’on fait ? Parce que tout le monde dit qu’il faut mieux travailler avec M2A, etc. Mais concrètement, si M2A n’a pas envie de payer ? Si M2A et les villes autour mettent 0 euro dans La Filature, 0 euro dans le Noumatrouff, 0 dans l’Opéra, 0 dans l’Orchestre, alors que la Ville de Mulhouse en met des millions, c’est la ville-centre pleine de pauvres qui paie pour les riches autour.


Frédéric Marquet : C’est exactement ça. Et je vais commencer par la fin de ce que tu viens de dire.

Aujourd’hui, Mulhouse est globalement une ville plutôt pauvre financièrement. 39 % de la population est sous le seuil de pauvreté. C’est énorme. Ça veut dire aussi qu’un maire de Mulhouse doit avoir un pilier social très fort.

Et au-delà de ça, aujourd’hui, ville plutôt pauvre intramuros, clairement, il y a des choses qui reposent sur les épaules de Mulhouse alors qu’elles ne devraient pas reposer sur les épaules de la ville-centre.

Tu as cité l’Orchestre national de Mulhouse. Dans les autres agglomérations où il y a un orchestre national, ce n’est pas la ville-centre qui paie. C’est 4 millions d’euros par an, grosso modo. Je ne suis pas contre, je trouve que c’est une pépite de notre ville, il faut le soutenir, il faut le choyer. Mais ce n’est pas à la ville-centre, aujourd’hui, d’en supporter seule le coût annuel.

Le sport de haut niveau, c’est aujourd’hui la ville-centre qui le finance. Dans d’autres agglomérations, c’est l’agglomération. Un conservatoire de musique tel qu’il existe à Mulhouse, ça doit être porté par l’agglo.

Donc aujourd’hui, on est plutôt pauvres, et on porte sur nos petites épaules des choses qui, d’habitude, dépendent des agglomérations.

Donc effectivement, il faut retrouver cet équilibre. Mais aujourd’hui, qu’est-ce qui fait qu’il y a cette situation ? C’est qu’on est en guéguerre entre les villes, l’agglomération et la ville-centre.

Il faut donc renouveler les élus, renouveler les discours, renouveler peut-être les femmes et les hommes de ces territoires. Et là, on est justement dans une élection municipale qui se passe au même moment.

 Nous, on a essayé de constituer quelque chose de large, parce que j’ai travaillé pendant quasiment un an sur le projet qu’on présente. Et je n’ai pas fermé la porte, contrairement à ce qui se fait d’habitude en politique.

On me disait : « Mais Frédéric, tu travailles avec des gens qui n’habitent pas Mulhouse, à quoi ça sert ? Demain, ils ne seront pas sur ta liste, tu n’arriveras jamais à faire ta liste. »

Nous, pendant un an, on a travaillé avec des gens venus de Brunstatt, de Didenheim, de Mulhouse… Je n’ai pas fait de critère du type : tu habites Mulhouse ou tu n’habites pas Mulhouse.

Et du coup, ces gens se sont tellement pris au jeu qu’on en retrouve aujourd’hui sur des listes dans plusieurs communes. Et j’espère qu’on va arriver à modifier un peu ce raisonnement, ce réflexe anti-ville-centre. Ça n’a pas de sens.

La ville-centre a besoin des communes de l’agglomération, et l’agglomération, pour atteindre un seuil critique de rayonnement sur le plan du développement économique comme sur celui du développement touristique, a besoin de la ville-centre.

On ne peut pas se dire demain que l’agglomération mulhousienne sera dynamique si on fait tout contre la ville-centre.

Mais c’est vrai qu’on est aujourd’hui à un niveau relativement inacceptable. Quand on voit qu’on change la couleur des vélos simplement pour dire : « Ça y est, c’est M2A » ; que Soléa devient “Agence Mobilités M2A” ; que Mulhouse disparaît de partout ; que le Parc Expo Mulhouse devient Parc Expo M2A ; qu’on le voit jusque dans la signalétique…

Il ne faut pas avoir honte de cette donnée mulhousienne. Au contraire, c’est une force exceptionnelle de notre territoire. Il faut qu’on révèle ce potentiel ensemble, avec l’agglomération.


  • Jean-Luc : Oui, et puis on ne va pas parler de la Maison des Territoires, le siège de M2A, au milieu de l’autoroute, inaccessible en transports en commun…



  • Julia : Comment les Mulhousiens ou les Mulhousiennes qui ont une idée peuvent-ils contacter leur maire ?


Frédéric Marquet : C’est une très bonne question, parce que cette relation de proximité avec le maire, je veux qu’elle soit hyper simple.

Moi, je veux être un maire de terrain, un maire 100 % disponible. Par exemple, de manière très simple, je veux remettre en place des permanences du maire. Une fois par mois, que je sois à l’hôtel de ville, dans un quartier, ou ailleurs, un samedi matin, sans rendez-vous, être disponible pour les gens. Parce que parfois, il y a des personnes qui veulent poser une question au maire, ou qui ont un dossier qui traîne quelque part.

Moi, je veux être informé de ça. Je veux que les gens puissent s’adresser à moi.

Et puis nous allons multiplier les réunions publiques, dans les quartiers. Aujourd’hui, il y en a quatre ou cinq à l’échelle de la ville. Nous, on veut qu’il y en ait une par mois dans un quartier différent. C’est ce que Jean-Marie Bockel faisait déjà à l’époque.

Même s’il n’y a pas de sujet particulier. Aujourd’hui, on fait souvent une réunion publique quand l’élu se dit : « Là, ça va grincer un peu, il va falloir faire une réunion publique parce qu’il y a un chantier qui démarre, etc. »

Moi, je m’en moque. Quand il y a un chantier ou un projet, on fera bien sûr une réunion sur le sujet. Mais il faut aussi faire des réunions publiques “pour rien”, c’est-à-dire simplement pour aller voir les gens, échanger avec eux sur leur quotidien, sur la circulation dans leur quartier, sur la propreté, sur les nuisances. Il faut leur donner la parole.

Moi, j’ai envie de redonner la parole aux Mulhousiens de la manière la plus simple possible.

Donc il y a la permanence du maire, il y a les réunions publiques, nous voulons aussi remettre en place des conseils de quartier “à l’ancienne”, avec un élu qui préside le conseil de quartier, avec une régularité dans les réunions. Parce que quand un élu préside une réunion de quartier, l’échange est différent : c’est lui qui entend directement ce qui est dit, il y a un cadre, une continuité.

On sait aujourd’hui que ceux qui ont connu les conseils de quartier d’avant regrettent ce qu’on connaît aujourd’hui. Donc nous allons revenir au conseil de quartier comme avant.

Et puis il y a aussi la volonté d’avoir des adjoints référents d’un quartier. C’est-à-dire qu’on dira aux habitants de tel quartier : votre référent, ou vos référents — parce qu’il pourra y en avoir plusieurs, mais deux ou trois maximum — ce sont ces personnes-là. Voilà leur téléphone, voilà leur e-mail.

Parce que c’est en posant les questions aux gens qui habitent votre quartier que vous allez parler des mêmes choses : du feu qui n’est pas synchronisé, de l’endroit où c’est sale, de l’endroit où il y a un problème de sécurité.

C’est peut-être aussi un élu qui viendra plus facilement sur place avec vous, parce qu’il habite lui-même le quartier.

Donc voilà, nous, on est vraiment dans cette relation-là. Encore une fois, on ne veut pas faire de la politique, on veut être utiles. Moi, je dis qu’une mairie doit être utile. Si on me dit : « J’ai un volet à repeindre », je ne veux pas qu’on réponde simplement : « Non, ce n’est pas la bonne couleur. » Je veux qu’on dise : « Voilà, ce serait plutôt cette tonalité-là, je peux venir sur place, on regarde ensemble. »

C’est ça, être utile. Ce n’est pas mettre des bâtons dans les roues. C’est accompagner les projets, les adapter pour qu’ils puissent se réaliser, être au service des gens.

J’ai tendance à dire qu’il faut être au service d’eux plutôt que de se servir d’eux. Et là, c’est vraiment ça : être au service des Mulhousiens, être utile, être efficace et pragmatique dans cette relation avec les élus.


  • Jean-Luc : Frédéric Marquet, quand tu dis « je vais être maire à 100 % », ça me fait penser à Jean Rottner, dont tu étais conseiller municipal, qui avait dit, je crois en 2008, qu’il serait maire à 100 %, et puis finalement il a été maire à 0 % puisqu’il est devenu président du conseil régional du Grand Est. On voit toujours que les promesses électorales peuvent être rigolotes.


Frédéric Marquet : C’est vrai. Mais je pense que, quand on connaît mon parcours, on a compris qu’il n’y a que Mulhouse qui m’intéresse vraiment.


  • Jean-Luc : Mais justement, Mulhouse, tu disais : 39 % de la population sous le seuil de pauvreté. Qu’est-ce qu’on fait pour tous ces pauvres ? Parce que, d’accord, des concerts, du sport… mais tout ça, ça coûte de l’argent. Et nos pauvres, qui n’ont déjà pas d’argent pour prendre le bus ou le tram, qui ont parfois du mal à manger ou à payer la cantine des enfants, c’est quoi le programme social de Frédéric Marquet ?


Frédéric Marquet : Beaucoup de sujets sont évoqués dans ta question. Mais le programme social, c’est de redonner du pouvoir d’achat, d’une façon ou d’une autre.

Redonner du pouvoir d’achat, ça passe par une idée très précise qu’on a dans notre programme : l’Office du pouvoir d’achat. C’est quelque chose qui existe dans d’autres villes.

C’est une façon de faire bénéficier les habitants de tarifs réduits sur tout ce qui est acheté par la collectivité en grande quantité. Ça peut être des fournitures, de l’assurance, de l’énergie, de la téléphonie… Et donc permettre aux Mulhousiens de bénéficier de ces tarifs réduits.

Cela s’appelle un Office du pouvoir d’achat. C’est souvent aussi un bureau où l’on accompagne les habitants, où l’on apporte du conseil sur la gestion du budget. Mais c’est avant tout une façon de bénéficier de tarifs réduits sur beaucoup de choses du quotidien.

Sur la manière de redonner du pouvoir d’achat aux familles, il y a aussi dans notre projet la gratuité du tramway pour les moins de 18 ans.


  • Jean-Luc : On conserve bien sûr la gratuité pour les plus de 65 ans. Pourquoi ? Parce qu’ils ont plus de pouvoir d’achat que les moins de 25 ans, par exemple ?


Frédéric Marquet : Alors, tous les plus de 65 ans n’ont pas forcément beaucoup de pouvoir d’achat non plus aujourd’hui. Mais très clairement, s’il devait y avoir un ordre des priorités, pour moi ce serait d’abord les moins de 18 ans avant les plus de 65 ans.

Mais pourquoi est-ce qu’on fait autrement ? Parce que les plus de 65 ans votent, et que les moins de 18 ans ne votent pas. Et c’est ça qui est terrible : on choisit en fonction de son électorat, on prend des positions en fonction de son électorat. Et c’est justement cela dont on a envie de sortir.

Donc, pour aller au bout de la logique de gratuité, dans notre projet, c’est gratuit pour les moins de 18 ans, et gratuit pour tout le monde le samedi.

Quand on dit gratuité pour les moins de 18 ans, c’est une vraie économie pour les familles. Et c’est aussi une façon de donner les bonnes habitudes à nos plus jeunes.

La gratuité du samedi, c’est aussi une façon de désengorger notre centre-ville. Aujourd’hui, il y a des problèmes de circulation qui sont lunaires à certains endroits, et la façon la plus simple, la plus immédiate et assez rapide, de désengorger le centre-ville, c’est de faire en sorte que beaucoup plus de gens utilisent les transports en commun.

Donc : samedi gratuit pour les transports en commun.

Et puis, dans cette idée de ville jeune, étudiante, etc., on veut proposer, sur simple présentation de la carte étudiante, à partir de 18h, le tramway gratuit. L’idée, c’est d’inciter les étudiants à venir au centre-ville.

Mais encore faut-il qu’il y ait davantage de trams. Donc il faudra augmenter leur fréquence le soir. Et si on n’y arrive pas pour des raisons budgétaires, il faut peut-être au moins se dire que le soir, à heure fixe — par exemple à 0 et à 30 de chaque heure — il y a un tramway qui part de Porte Jeune.

Comme ça, si je suis en train de boire un verre, je me dis : « Il est 22h10, à 22h30 j’en ai un. » Je ne vais pas arriver au moment où il vient de partir à 22h32.

Donc ce sont peut-être aussi des principes intelligents, qui ne coûtent pas forcément beaucoup plus cher, mais qui rendent service, qui sont utiles, et qui permettent à cette ville d’être plus festive.


  • Jean-Luc : Et tu veux aussi, comme d’autres — Michèle Lutz par exemple — mettre des milliers de places de parking nouvelles partout à Mulhouse ?


Frédéric Marquet : Sur les places de parking, il faut déjà rouvrir l’avenue Aristide-Briand à une voie automobile. Là, on a créé un principe de circulation qui ne fonctionne pas. On le voit bien.

On a piétonnisé cette rue pour sortir un peu la voiture du centre-ville, pour des raisons écologiques, de qualité de l’air… Mais en réalité, on a créé des bouchons qui n’existaient pas avant. Les gens font parfois trois fois plus de kilomètres pour rentrer chez eux, et au lieu de mettre quinze minutes, ils en mettent trente, voire davantage, pour arriver au même endroit.

Un critère qui est important pour nous, c’est que chaque décision prise par une municipalité doit faciliter ou améliorer la vie des Mulhousiens.


  • Jean-Luc : Et de ses électeurs surtout ?


Frédéric Marquet : Non, justement. C’est là qu’on veut changer la donne. Moi, je ne raisonne pas en électeurs.

J’ai un exemple qui me vient en tête : c’est celui de l’image de Mulhouse. On sait tous que c’est certainement un enjeu majeur, parce qu’il y a un décalage entre l’image que l’on véhicule et la réalité de cette ville.

Je pense à l’affaire de la HEAR, avec ces étudiants qui, lors d’une performance artistique, ont tapé sur une voiture de police.


  • Jean-Luc : Qui n’était pas mulhousienne, la voiture de police.


Frédéric Marquet : Oui, c’est vrai.

Là, qu’est-ce qu’on voit ? Systématiquement, quand il y a un fait d’actualité comme ça, certains prennent position tout de suite. Moi, pendant la campagne, je ne l’ai pas fait immédiatement, parce que je trouve qu’on fait du mal à Mulhouse.

La maire de Mulhouse, à ce moment-là, qu’est-ce qu’elle fait ? Elle appelle le préfet, elle appelle le ministre…


  • Jean-Luc : Le bloc antiterroriste peut-être ?


Frédéric Marquet : Presque. En tout cas, l’affaire est montée dans les journaux nationaux.

Mais pourquoi ? Parce qu’à ce moment-là, elle dénonce ce geste inacceptable, etc., parce que son électorat est plutôt de droite et que cela va lui plaire. Et puis ceux qui sont de l’autre côté prennent la défense des artistes à fond, parce que leur électorat est de ce côté-là.

Il faut arrêter de raisonner comme ça.

Parce qu’en faisant ça, qu’est-ce qu’on a fait ? On a fait du mal à Mulhouse. Cette histoire a fait le tour de France, alors qu’on sait à quel point c’est difficile de faire évoluer l’image de la ville.

Qu’est-ce que j’aurais fait en tant que maire ? Franchement, sur le coup, j’aurais trouvé cette performance artistique malvenue. Mais, en réfléchissant cinq minutes, on se dit : bon, ce sont des artistes, c’est dans une école, ça m’a provoqué une émotion, donc la performance artistique a rempli son rôle. Il faut lui laisser cette liberté-là.

Donc, pour moi, il n’y avait pas de sujet national. J’aurais peut-être passé un coup de fil au directeur, pour comprendre exactement ce qui s’était passé, et ça se serait arrêté là.

Il n’y avait pas de raison d’en faire davantage. On souffre déjà tellement d’une image décalée de notre ville qu’il faut être très prudent sur la manière dont on réagit.

Mais voilà : c’est un exemple précis où la politique passe avant l’intérêt de Mulhouse.


  • Jean-Luc : Mais au moins, on a parlé de Mulhouse dans la France entière.



  • Julia : J’ai encore une question sur les jeunes. Comment est-ce que les jeunes de moins de 18 ans peuvent participer à la vie politique concrètement ?


Frédéric Marquet : Il y a aujourd’hui plusieurs dispositifs : le conseil des enfants, le conseil des ados, le conseil des jeunes à Mulhouse.

J’ai appris récemment que, pour entrer dans certains de ces conseils, c’est selon des années de naissance bien précises, ce qui fait que si tu n’es pas né la “bonne” année, tu ne peux pas y entrer parce que les mandats durent deux ans. Donc là, il y a peut-être quelque chose à revoir, parce que c’est quand même frustrant pour un enfant de se dire : « Je ne peux pas entrer au conseil des enfants parce que je ne suis pas né la bonne année. »

C’est quand même grave, quelque part, de créer cette frustration.

Après, il y a plein de façons de participer. Par exemple, moi, j’ai envie que les Mulhousiens s’approprient davantage leur histoire. L’histoire de Mulhouse.

Aujourd’hui, nos jeunes, nos enfants, ne la connaissent pas suffisamment. Et la vie politique, c’est aussi ce qui s’est passé dans notre ville, c’est aussi alimenter cette fierté d’appartenance.

Parce que quand on raconte l’histoire de Mulhouse en dix ou douze minutes, on se rend compte qu’on a une histoire incroyable, du début à la fin. On a été une petite république autonome qui s’est défendue, qui est devenue un exemple à l’échelle mondiale. Il y a des choses qu’on a inventées à Mulhouse. Il y a énormément d’éléments qui font qu’on a des raisons d’être fiers de Mulhouse.

Donc oui, il faut que nos petits Mulhousiens aillent plus souvent dans les musées. Il faut les y inciter dès l’école primaire, voire dès la maternelle.

Moi, j’étais à l’école Cour de Lorraine. J’ai le souvenir que quasiment toutes les semaines, on était fourrés au musée historique à faire la dictée. Et peut-être que c’est aussi ça qui alimente cette fierté. C’est peut-être d’ailleurs pour ça qu’aujourd’hui je défends cette ville à ce point-là.

Et c’est drôle parce que, dans cette campagne, j’ai retrouvé ma maîtresse de CE2.


  • Jean-Luc : Oui, mais l’histoire de Mulhouse, c’est aussi Mulhouse libérée par des Noirs et des Arabes en 1944.


Frédéric Marquet : Bien sûr. Et c’est pour ça que c’est intéressant.


  • Jean-Luc : Avec des enfants d’immigrés de troisième génération qui ne le savent pas. Alors qu’ils ont une école rue du 4e Régiment de Tirailleurs Marocains, je crois. Qu’est-ce qu’on fait pour ça ? Parce que c’est hallucinant.


Frédéric Marquet : Mais c’est exactement ce que je souhaite faire. Il faut qu’on prenne conscience qu’on a toujours été une terre d’accueil, une terre d’immigration. Cette ville a grandi comme ça.

Ces 137 nationalités aujourd’hui, il faut en faire quelque chose. Il faut les exploiter et les valoriser.

Je vais prendre un exemple très concret : est-ce qu’il ne faudrait pas à Mulhouse un institut des langues ? Il y a certainement là une spécificité à exploiter.

Nous, on veut par exemple relancer le festival automobile, et en parallèle lancer aussi un volet street food, cuisines du monde. Il faut que les Mulhousiens prennent conscience de la chance qu’on a, finalement, de croiser le monde entier dans nos rues.

Et je le pense vraiment.

Quand on est en période de ramadan, par exemple — alors là, dans cette campagne, c’est un peu particulier, du coup j’ai eu l’occasion de faire plusieurs ruptures de jeûne dans des associations, dans des communautés — mais c’est magique. Vraiment.

Je pense qu’il faut réussir à faire prendre conscience de cette richesse-là.

L’avenue Aristide-Briand, aujourd’hui, quand vous y allez, vous passez des Balkans à l’Asie, au Maghreb : c’est une rue du monde. Moi, j’y crois.

Je pense même que j’étais l’un des premiers, avec Mulhouse J’y Crois, à lancer cette idée de “rue du monde”. Mais aujourd’hui, il faut valoriser cela. Ce n’est pas en gardant des vitrines un peu pas terribles qu’on y arrivera. Il faut, j’allais dire, “marqueter” tout ça.

Et sur ce sujet-là, je suis certain que cela peut devenir un élément d’attractivité : que demain, un touriste dise : « Où est cette rue du monde ? Je veux y aller. »



  • Jean-Luc : En tout cas, les voitures, on sait où elles seront : puisqu’elles retourneront à Briand-Franclin, et qu’il y aura un festival de l’automobile. Alors j’imagine une centaine de milliers de voitures invitées à Mulhouse dans les rues, ça va être merveilleux. Rappelons quand même que 95 % du temps de vie d’une voiture, c’est à l’arrêt. Et par exemple, les services municipaux ont, je ne sais combien de dizaines de véhicules à leur disposition, dont la plupart passent du temps à l’arrêt toute leur vie ou presque. Or, on a par exemple une coopérative d’autopartage, Citiz. Est-ce que ce ne serait pas une bonne idée, au lieu d’acheter encore et encore de nouvelles voitures pour nos merveilleux fonctionnaires et vacataires municipaux, de développer l’autopartage ? Et quand ces voitures ne sont pas utilisées par les services municipaux, elles seraient mises à disposition des Mulhousiens ?


Frédéric Marquet : C’est une bonne idée. Après, je n’ai pas cette notion précise de dizaines de voitures à l’arrêt, etc. Mais si tu le dis, c’est que tu t’es renseigné. Là, pour le coup, je n’ai pas cette information.

J’ai été treize ans à la Ville, et je n’ai jamais identifié cette particularité-là.


  • Jean-Luc : Il suffit d’aller voir le service architecture à DMC, où il y a, rien que pour ce service-là, une quinzaine de voitures garées.


Frédéric Marquet : Je verrai ça dès le 23 mars.


  • Jean-Luc : Et sinon, restons dans les voitures. Mais les voitures de la police municipale, justement. Comme la moitié des candidats, tu veux recruter — je ne sais plus — 25, 30, 40 policiers municipaux supplémentaires ? En tout cas, plus. Même si c’est moins que le RN. Alors, tu t’es souvent fait agresser à Mulhouse ? On a besoin de plus de police ? Et j’imagine que tu veux aussi rajouter des caméras partout ?


Frédéric Marquet : Sur la sécurité, clairement, la première chose que je dis, c’est que Mulhouse, ce n’est pas Chicago. Et là, tu as raison dans ta façon de poser la question : il n’y a pas de spécificité mulhousienne sur la sécurité.

Et on en fait des tonnes, ce qui participe à cette mauvaise image, qu’on alimente au quotidien.

Je dis souvent : il y a un coup de couteau à Mulhouse, ça fait trois jours sur les réseaux sociaux, tout le monde en parle. Et les Mulhousiens eux-mêmes disent : « Tu as vu ce qui se passe à Mulhouse ? »

Pendant ce temps-là, il y en a trois à Colmar et cinq à Strasbourg,

mais les Colmariens et les Strasbourgeois ne passent pas leur temps à dire : « Tu as vu ce qui se passe dans notre ville de merde ? »

Donc il faut qu’on retrouve un peu de sérénité par rapport à ça.

Cela dit, quand on interroge les Mulhousiens — et moi je l’ai fait de manière très intense ces derniers mois — la sécurité revient quand même systématiquement. Donc il y a bien un sentiment. Je ne dis pas non plus qu’il ne se passe rien.

Il y a des sujets sur lesquels on n’est pas bons : les violences intrafamiliales, par exemple. Il y a des problèmes particuliers à Mulhouse, et c’est à cela qu’il faut s’attaquer.

Mais clairement, il y a surtout ce sentiment, cette image.

Nous, on est donc sur des choses visibles. Quand je parle de recruter 25 policiers supplémentaires, c’est-à-dire passer de 75 à 100, c’est pour qu’on puisse avoir une police municipale effective jour et nuit dans notre ville, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, avec une capacité d’intervention entre deux et dix minutes sur l’ensemble du territoire.

La vidéoprotection, c’est aussi quelque chose qui protège nos habitants. Il faut la développer, mais il faut déjà réparer les caméras qui ne marchent pas. Parce qu’aujourd’hui, on se rend compte que, trois fois sur cinq, quand il y a un souci, la caméra n’a pas fonctionné. Donc il faut commencer par là.

Et puis, on est aussi sur une idée de visibilité. On veut, par exemple, quelque chose qui peut paraître un peu folklorique, mais qui fonctionne : une brigade montée à cheval dans le centre-ville.

On veut trois chevaux avec des policiers, parce que dans les villes où c’est en place — à Cannes, à Tours, en région parisienne, en région lyonnaise — c’est efficace.

C’est efficace parce que, déjà, en termes d’ambiance, avoir des chevaux au centre-ville, ça attire les familles. Il y a ce côté : « Je vais caresser le cheval », ce qui crée aussi un échange avec les policiers.


  • Jean-Luc : Et les chiens aussi, on peut les caresser.


Frédéric Marquet : C’est vrai. Mais le policier à cheval voit beaucoup plus loin. Il peut repérer plus facilement le petit harcèlement de rue, le jet de papier, des choses qu’on ne voit pas forcément au niveau de la foule.

Moi, je dis souvent qu’on me prend pour quelqu’un de gentil, de bienveillant. Mais sur ces sujets-là, comme sur d’autres, quand on fait du mal à Mulhouse, j’ai envie de défendre cette ville. À un moment, il ne va pas falloir toucher à Mulhouse. Il y a une notion de respect qu’il faut réinstaurer.

Sur la sécurité, j’ai parlé de l’éclairage tout à l’heure rapidement, mais nous voulons rééclairer les rues jusqu’à 1h du matin en semaine, et jusqu’à 6h du matin le week-end. Parce qu’on voit bien que c’est là qu’il se passe des choses.

Quand j’entends des mamans dire : « J’ai déposé ma fille au restaurant, je vais la chercher juste devant, il faut que je sois là à sa sortie », ce n’est pas normal. On ne peut pas vivre comme ça.

Aujourd’hui, malheureusement, on ne vit pas dans une ville apaisée. Et il faut travailler là-dessus.

On veut remettre des gardiens de square dans les squares pour créer du lien. Ce ne sont pas des policiers : ce sont des présences humaines, reliées à la police municipale s’il y a un souci. Mais c’est aussi là pour tranquilliser les familles, pour être visibles.

Et puis après, il y a aussi le sujet des travaux d’intérêt général, qu’on n’a pas mis en place dans notre ville et qu’il faut remettre en lien avec la justice.

Mais Julia, en tout cas, elle a l’air apaisée. On t’écoute.



  • Julia : À Mulhouse, pour les élections municipales, où se déroule le débat politique ? Est-ce qu’il faut suivre des médias, des réseaux sociaux ?


Frédéric Marquet : C’est une belle question, Julia, vraiment. Parce que nous, on est une liste indépendante. Et donc, au premier tour, on nous a dit qu’il y avait 11 listes — ce qui est vrai, il y avait beaucoup de listes, et c’était difficile pour les médias de faire des choix.

Les débats télévisés se sont limités à cinq personnes pour France 3 et à trois personnes pour BFM. Donc nous n’étions pas invités.

Nous avons fait un recours à l’ARCOM, qui nous a confirmé que la règle aurait permis qu’on soit invités. Mais cela reste à la discrétion des chaînes.

Donc oui, les débats se passent partout : dans la presse, dans la rue, à la télévision. Mais au premier tour, nous n’avons pas été invités.

Et là, cela me donne l’occasion de parler d’un sujet qu’on vient d’apprendre hier : au second tour, nous ne sommes plus que cinq puisque nous avons fusionné. Donc cette fois, on est le bon nombre.

Mais c’est quand même scandaleux, parce que la maire de Mulhouse a refusé le débat. Donc la conclusion, c’est qu’il n’y aura pas de débat, parce que la maire sortante refuse le débat, et que la ligne de France 3, c’est que si le maire sortant refuse, il n’y a pas de débat.

Donc on se retrouve de nouveau dans un second tour sans débat pour notre ville.

J’ai donc un peu l’impression qu’on n’a pas très envie de donner la parole à la petite liste indépendante.


  • Jean-Luc : Michel Lutz qui aurait peur de Frédéric Marquet… comme le monde est étonnant. On arrive à la fin de cette émission, mais il faut évidemment nous raconter la fusion. Donc la fusion avec Lara Million, qui n’est pas indépendante — peut-être citoyenne, mais certainement pas indépendante : vice-présidente de la CEA, conseillère régionale du Grand Est, présidente de Citivia, présidente de Renaissance Haut-Rhin… Enfin, c’est l’exemple typique de quelqu’un qui est loin d’être indépendant. Donc comment expliquer cette fusion ? D’abord, comment ça s’est passé ? Est-ce que dimanche soir tu te dis : « Celui qui fusionne va gagner, donc je ne suis pas plus bête que les autres, je fusionne » ? Ou bien tu te disais jusque-là : « Je reste indépendant, je ne fusionne avec personne » ? J’ai des témoins. Et finalement, en réfléchissant, tu t’aperçois que pour gagner, c’est mieux de fusionner ?


Frédéric Marquet : Clairement, les résultats ont un impact sur ce qu’on fait au second tour.

On fait 14 %. Il y a six listes qualifiées. On est tous dans un mouchoir de poche. Entre ma liste et la suivante, il y a vingt voix ; entre celle de Lara Million et la nôtre, il y a 200 voix. Donc on est vraiment sur quelque chose de très serré.

Moi, j’ai toujours défendu l’idée suivante : je reste indépendant, notre liste reste indépendante, je suis un candidat indépendant. Je n’appartiens à aucun parti politique. Je suis libre de tout parti politique.


  • Jean-Luc : Enfin, “plus”, puisque tu y étais avant.


Frédéric Marquet : Oui, depuis 2018, effectivement. Mais en tout cas, mon engagement politique mulhousien n’a jamais été guidé par un parti politique.

Et j’ai toujours défendu, comme je le disais tout à l’heure, avec Mulhouse J’y Crois, l’idée de dépasser les clivages, de dépasser les étiquettes, au service d’un projet.

Les Mulhousiens nous ont donné la chance d’être troisièmes. Donc cela nous permet de conserver notre projet tel qu’il est.

Comment cela s’est fait ? Très concrètement, il y a eu un ralliement d’une partie de l’équipe de Lara Million. Ce n’est pas une fusion équilibrée à 50-50. On est sur 15 entrées sur la partie éligible, dans un rapport cohérent avec ce que les électeurs ont exprimé.

Donc clairement, aujourd’hui, l’idée, c’est que j’ai toujours défendu qu’on dépasse les étiquettes au service de Mulhouse. Là, on a une chance incroyable : c’est à portée de main.

Ce qu’on propose aux Mulhousiens, c’est franchement un très bon projet pour notre ville. Il y a de la compétence dans notre équipe. Il y a un projet complet, construit, dont j’ai évoqué les grandes lignes avec toi. Ce serait franchement trop bête qu’on n’y arrive pas.

14 %, ça doit être l’une des seules listes indépendantes arrivées à ce niveau-là en France au second tour. Donc là, on voit bien que, face à Lara Million qui est à 13 %, il y a une possibilité de mettre en œuvre ce qu’on défend.

Moi, je ne suis pas là pour me faire plaisir. Dans certaines villes, les listes citoyennes sont des collectifs qui se font plaisir. Moi, je suis là pour gagner. Il y a un principe de réalité.

Cette élection, quand on ouvre les yeux, on voit bien qu’on se donne plus de chances de gagner aujourd’hui avec ce rassemblement. Parce que si la situation était restée celle du premier tour, l’équipe sortante avait toutes les chances de repasser. Il se serait reproduit au second tour exactement ce qu’on a vu au premier.

Donc il faut changer la donne. Et nous représentons aujourd’hui la seule alternative claire pour dire non à l’équipe sortante, dont on connaît les limites, et parfois même, de notre point de vue, le mépris des habitants, l’arrogance.

Et nous n’avons plus envie de cela.

Nous n’avons pas non plus envie d’une mairie écologiste, parce qu’on voit ce que cela produit dans d’autres villes, avec des dégâts. Il n’y a pas besoin d’aller très loin, à Strasbourg, pour savoir si on a envie de ce modèle ou non.

Encore une fois, ce n’est pas un jugement moral. C’est simplement qu’à un moment, nous, on ne veut pas de cela pour Mulhouse.


  • Jean-Luc : On approche de la conclusion de cette émission. Peut-être un dernier message aux auditeurs et auditrices de Radio WNE et de Radio Quetsch : quelle est la première mesure que prendra Frédéric Marquet s’il est élu maire de Mulhouse le 22 mars 2026 ?


Frédéric Marquet : J’en ai deux en tête. Je vais t’en donner deux.

La première, ce n’est pas une mesure au sens strict, c’est qu’il faut se mettre tout de suite au travail sur l’urgence : la Coupe du monde de football 2026.

Nous, on veut créer une fan zone. Moi, je n’ai pas peur de cela. Mulhouse va gagner tous les soirs pendant la Coupe du monde, parce que quand on est mulhousien, on sait que, quelle que soit l’équipe qui gagne, il y a toujours des gens contents. Donc c’est formidable.

L’idée, ce serait de créer une fan zone à un bon endroit — pas forcément en plein centre-ville — peut-être du côté des berges de l’Ill, pour valoriser aussi nos clubs sportifs. Et en faire une fan zone de tout l’été, c’est-à-dire plus largement un village multisports.

On y valoriserait nos clubs, nos talents, tous les encadrants engagés dans le sport à Mulhouse. On pourrait avoir un écran géant pour les matchs, une petite scène de concert, pourquoi pas aussi relayer Roland-Garros, le Tour de France qui passe à Mulhouse… Il y a énormément d’événements qui font que cela a du sens.

Et donc, ça, il faut le lancer tout de suite, parce que c’est cet été.

C’est un bon exemple de ce qui ne nous fait pas peur. Je n’ai pas le souvenir qu’il y ait eu une fan zone à Mulhouse pour les dernières Coupes du monde, parce qu’on est toujours dans : « Attention, c’est risqué, il ne faut pas faire, etc. »

Moi, je n’ai pas peur de ça. Je fais confiance à notre jeunesse, je fais confiance à nos associations. Ça va bien se passer. Et ce sera un premier exemple concret de quelque chose qui fonctionne bien.

La deuxième chose que j’ai envie de mettre en place rapidement, parce que c’est une manière de valoriser l’offre culturelle de notre ville, c’est un kiosque-billetterie place de la Réunion.

Un kiosque dédié à l’offre culturelle, à tout ce qui se passe à Mulhouse. Parce que contrairement à ce qu’on dit souvent, Mulhouse n’est pas une ville morte. Il se passe beaucoup de choses.

Et on a tous vécu ce moment où l’on voit une affiche ou une information, et où l’on se dit : « Ah, c’est dommage, j’y serais bien allé, mais c’était hier. »

Donc il faut mieux informer, mieux communiquer sur ce qui se passe dans notre ville, valoriser les associations, parce qu’il y a la Filature, le Théâtre de Poche, le Théâtre de la Sinne, mais il y a aussi beaucoup de choses qui se passent dans les quartiers, au Pax, au CSC, ailleurs.

Ce kiosque pourrait être un lieu où l’on présente tout cela. Ce serait à la fois une aide concrète, un soutien en communication à l’ensemble de l’offre culturelle de notre ville.

Et pour moi, ce serait plus largement le kiosque des événements : l’endroit où je peux aussi prendre mon billet de volley, de basket, de hockey, de handball.

Voilà, je crois que j’ai à peu près fait le tour. Mais en tout cas, ce sont deux choses qu’il faut mettre en œuvre très vite : l’une parce qu’il y a urgence, l’autre parce qu’elle me paraît symboliquement importante et concrètement utile.


  • Jean-Luc : Alors, on n’a pas parlé de plein de choses : on n’a pas parlé de Fribourg, de Bâle, du transfrontalier, de l’international, de l’écologie — même si on en a quand même dit un peu de mal — ni de santé, ni d’égalité femmes-hommes. Il y a plein de sujets qu’on n’a pas eu le temps d’aborder, mais on ne peut pas toujours parler de tout. Et on remercie notre invité, Frédéric Marquet, qui sera peut-être le futur maire de Mulhouse le 22 mars 2026. Rendez-vous dans les urnes. Et comme les autres ont été assez bêtes pour ne pas fusionner, le risque de voir gagner Frédéric Marquet…


Frédéric Marquet : C’est un risque ?


  • Jean-Luc : Est-ce que c’est un risque ? Moi, j’aime les risques, donc allons risquer. Frédéric Marquet, le 22 mars 2026, si vous voulez voir la Coupe du monde les pieds dans l’Ill et passer par la place de la Réunion pour dépenser votre argent culturel… Voilà. Merci Julia. Merci Antoine pour les photos. Et à très bientôt.



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