Loïc Minery, Mulhouse en Commun, l'entretien finlandais
- Jean-Luc Wertenschlag
- il y a 11 heures
- 22 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 heures
Transcription d'un entretien radio réalisé le 11 mars 2026, à écouter en podcast. Animation Julia Hallberg et Jean-Luc Wertenschlag. Photos Antoine Ledermann. Montage Lévi Giner. Musique Sombre Héros (d'après Jacques Brel).
Bonjour et bienvenue sur Radio WNE pour notre émission élections municipales à Mulhouse, les 15 et 22 mars 2026. Nous recevons tous les candidats, ou presque, et nous recevons en ce 11 mars 2026 Loïc Minéry. Bonjour.
Bonjour, merci pour l'invitation.
En présence de Julia Hallberg, jeune volontaire européenne qui arrive de Finlande, et d'Antoine Ledermann qui n'est pas finlandais, on ne dira pas qu'il vient de Lutterbach et qu'il ne vote pas à Mulhouse. Alors Julia, tu découvres la politique française et mulhousienne, à toi l'honneur de poser la première question à Loïc Minéry, tête de liste de Mulhouse en commun, l'union de la gauche et des écologistes aux municipales de Mulhouse.
Je voudrais vous demander, pour les auditeurs qui ne connaissent pas bien le système français, quel rôle joue concrètement un maire en France dans la vie quotidienne des habitants ? Parce qu'en France, il y a certaines décisions qui sont prises au niveau national. Comment un maire peut-il agir localement sur sa commune ?
Alors, c'est une très bonne question et ce n'est pas simple, en effet. C'est vrai qu'un maire, un élu local, a la possibilité d'agir concrètement sur des sujets qui concernent le quotidien. Par exemple, quand on parle de l'école, en fait, c'est compliqué. En fait, l'école, c'est le bâtiment scolaire, ce sont les bâtis qui concernent la prérogative municipale de la mairie de Mulhouse. Par contre, les personnels, les programmes scolaires, c'est l'éducation nationale, donc c'est du ressort de l'État, c'est la fonction publique d'État en l'occurrence. Et du coup, on a déjà deux partenaires qui interviennent. Et il y en a un troisième qui vient se mêler à ça en général. En tout cas, au niveau des établissements scolaires, c'est la M2A (Mulhouse Alsace Agglomération), parce que la
M2A est en charge des cantines, du périscolaire, qui est aussi un service proposé aux populations, aux familles qui fréquentent les écoles.
Donc voilà, c'est un peu complexe, mais en gros, ce qu'il faut retenir, c'est que la mairie est sur les sujets de locaux, en général, qu'elle travaille en général main dans la main avec l'État, avec la M2A. Mais ça, c'est en général.
Oui, parce que la main de M2A n'est pas toujours tendue vers la main de la ville de Mulhouse. Mais Loïc Minéry, peux-tu te présenter. Qui es-tu ? Que fais-tu ? D'où viens-tu ?
Je suis élu municipal depuis 2020, tête de liste de l'union de la gauche à l'époque. À Mulhouse, je suis écologiste à titre personnel, et j'ai réussi à faire l'union de la gauche et des écologistes avec la société civile mulhousienne pour cette élection de 2026. Sinon, dans le civil,
je suis enseignant, professeur d'histoire-géographie, j'ai deux enfants, j'ai grandi en partie dans le bassin potassique, et je me suis établi plus tard à Mulhouse,
après avoir un peu bourlingué à Rennes et en région parisienne pour mes premières années d'enseignement. Voilà, en résumé, mon parcours.
Tu as oublié le Modem, puisque tu as commencé ta vie politique en fan de François Bayrou.
En effet, j'étais au Modem entre 2007 et 2010. Pas forcément fan du personnage, mais en tout cas avec l'envie de remettre un peu de démocratie dans la société française, de revivifier la démocratie. Malheureusement, ça n'a pas été le cas et lui-même n'a pas été exemplaire sur ce plan-là.
Oui, c'est vrai que revivifier la démocratie avec François Bayrou... Enfin bref. Mais revenons à nos moutons mulhousiens. Et d'abord, est-ce que la première écologiste de Mulhouse, n'est-ce pas Michèle Lutz ? Elle a révolutionné la ville avec des rues piétonnes de tous les côtés. Briand Franklin sans voitures, même si tu avais été maire en 2020, je ne suis pas sûr que tu aurais osé faire ce qu'elle a fait. Il y a des vélos partout, des vélos électriques. C'est merveilleux. Bravo Michèle Lutz, non ?
Oui, alors pour peut-être dépasser ça, il faut sortir du centre-ville et voir qu'au final, ce qui a été réalisé, c'est surtout à l'échelle de la ville-centre, de l'hyper-centre. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on aurait fait différemment, c'est-à-dire qu'on n'aurait pas fait tous les travaux en même temps. On aurait travaillé les voiries différemment, sur de plus longues distances, pour favoriser les liaisons entre quartiers, les liaisons vers les établissements scolaires, vers les communes voisines en mobilité douce. Là, on a fait le choix, c'est un choix qui a été assumé, ça n'aurait pas été forcément le nôtre de transformer le paysage de façade à façade. C'est sûr que c'est plus coûteux, que ça bouleverse beaucoup plus les habitudes. Après, il y a des priorités à fixer.
On aurait fait différemment, pour rendre service à tous les habitants dans tous les quartiers, et pas simplement. favoriser la circulation en mobilité douce dans l'hypercentre.

Et quoi d'autre dans le programme ? C'est quoi ce qui mène, ce qui donne envie de voter Loïc Minéry et Mulhouse en commun ?
C'est un programme qui est assez large, 164 propositions et 20 grands projets pour l'avenir de Mulhouse. C'est un projet qui doit s'envisager à l'échelle de deux mandats. C'est aussi une vision, c'est également un champ des possibles si je veux parler différemment. C'est aussi de se dire qu'on n'est pas seuls, c'est l'agglomération qui intervient sur pas mal de sujets et la ville de Mulhouse sur d'autres. Ce qu'on veut surtout, c'est
remettre l'accent sur tout ce qui est humain et notamment la priorité à destination des plus jeunes, la jeunesse à Mulhouse, donc les écoles.
On veut mettre le paquet sur la rénovation des écoles pour accélérer le calendrier, les cours d'école végétalisées dans toutes les écoles, des rues aux écoles, une vingtaine sur tout le mandat. Pour permettre d'apaiser les abords des écoles, ça a été fait dans la plupart des grandes villes, ça n'a pas été fait à Mulhouse, ça a été à peine expérimenté. On veut mettre le paquet à ce niveau-là. On pense que la jeunesse est un atout formidable pour Mulhouse, on doit absolument la soutenir et lui donner tous les moyens de se réaliser. Après, il y a la question de la jeunesse et de ceux qui grandissent à un âge un peu plus élevé, qui veulent aussi une offre de loisirs. À ce niveau-là, on veut créer un quartier jeune sur Mulhouse, c'est-à-dire un lieu qui rassemble des ressources très nombreuses pour les jeunes, pour qu'ils puissent entreprendre des projets. On pourrait imaginer ça à la Tour de l'Europe notamment. La ville a acquis des lots au niveau de la Tour de l'Europe. Ça rassemblerait des possibilités d'enregistrement, de monter des projets. Et ce ne serait pas forcément biberonné toujours par des adultes derrière, des agents.
Un quartier qui serait interdit aux vieux ?
Pas interdit, mais en tout cas, on estime que les jeunes peuvent aussi à un moment donné apprendre à s'autogérer. C'est faire confiance, ce n'est pas seulement avoir un espace jeunesse vraiment enfermé dans la mairie rue Pierre et Marie Curie, dans un lieu très institutionnel. Ce serait un espace de respiration, de maturation des projets. Ça se fait pas mal en région parisienne. On espère qu'on arrivera à faire la même chose sur Mulhouse. En tout cas, c'est l'ambition qu'on a. Après, au niveau de la jeunesse étudiante, on souhaite aussi mettre le paquet là-dessus, sur le fait d'avoir
un délégué de la nuit qui permette de concilier vie festive et vie nocturne avec les intérêts des riverains.
Mais on souhaite mettre le paquet pour que justement nos jeunes soit écoutés, qu'un conseil consultatif des étudiants au niveau de la vie de Mulhouse, parce que la vie étudiante n'est pas assez prise en considération, je trouve, en tout cas, ces dernières années.
À Freiburg, il y a un maire de la nuit, on pourrait s'en inspirer. Et puisqu'on est en Allemagne, la Finlande c'est juste à côté, Julia, une question pour Loïc Minéry ?
Oui, je voudrais savoir quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes ou aux résidents qui vivent à Mulhouse, mais qui ne peuvent pas voter aux élections municipales.
Ça ne l'intéresse pas, les jeunes qui ne votent pas !
Si, si, ça m'intéresse. Et d'ailleurs, dans cette campagne, quand les gens ne veulent pas le tract, nous disent "Non, je n'habite pas Mulhouse, non, je n'ai pas le droit de vote", je leur dis si, vous avez le droit de savoir ce qu'on veut faire pour vous. Vous avez le droit de savoir quel projet on veut conduire à bien pour Mulhouse, pour l'avenir du territoire. Et on leur dit aussi, surtout, vous serez consultés, parce qu'avec nous, il y a certes le vote très institutionnel et légalement organisé pour les différents scrutins nationaux, régionaux, municipaux et autres. Mais il y a aussi des consultations qu'on peut faire à l'échelle d'une ville avec les habitants. Et pour ça, il n'y a pas besoin de montrer sa carte d'électeur pour y participer.
Des consultations qui ne sont pas réservées à des projets de transformation d'un pot de peinture d'une couleur à une autre.
On veut vraiment impliquer les gens dans des décisions qui leur appartiennent, pour pousser des fois aussi à ce que des décisions aillent dans le sens qu'on estime être le bon, quand il y aura des arbitrages à faire au niveau de M2A par exemple. Je pense à la gratuité des transports jusqu'à 25 ans et autres. Donc là, les gens ont la possibilité d'être impliqués, de déterminer eux aussi ce qui leur semble bon. Alors il faut faire tout un travail, organiser des réunions publiques en amont, pour qu'il y ait un véritable travail d'éducation populaire, pour l'appropriation des sujets. C'est sûr que quand on pose une question, ça paraît simple de prime abord, mais des fois il y a toute une prise de connaissances à effectuer sur ce qui est pertinent de faire ou pas. Et après, sur les résidents à Mulhouse, vous êtes partie prenante de notre ville. Notre ville, c'est une ville monde, une ville où se croisent énormément de nationalités, de cultures, d'horizons différents. Et c'est ça qui fait notre richesse. Donc, vous êtes un mulhousien comme un autre.

Retournons en Allemagne, dans le Bade-Württemberg, pour les élections qui viennent d'avoir lieu le 9 mars 2026, les jeunes ont pu voter dès 16 ans pour la première fois. Et Annouar Sassi et sa liste "Nous sommes Mulhouse" proposent de faire voter les jeunes à Mulhouse à partir de 14 ans sur des propositions du Conseil des jeunes. C'est une bonne idée, ça, Loïc Minéry ?
Oui, encore une fois, sur les consultations qu'on souhaite mettre en place, on est libre de faire ce qu'on veut. Si on veut ouvrir la possibilité pour les jeunes dès 14 ou 16 ans de participer au vote, on le fera. Ça me semble aller dans une forme d'évidence. Si on doit aussi donner un nouveau souffle à notre ville, c'est faire confiance à notre jeunesse, lui dire aussi que vous êtes en capacité de choisir ce que vous voulez pour la ville, et donc de participer à la vie de la cité comme les autres.
Dommage que les jeunes ne votent pas...
Pas assez, oui.
Sinon, un des gros sujets polémiques, c'est l'axe Briand Franklin, qui est aujourd'hui interdit pour l'essentiel aux voitures. Tout le monde tire à boulets rouges sur Michèle Lutz, qui ferait mourir les commerçants de l'axe Briand Franklin et du marché. La droite, l'extrême droite veulent remettre plein de voitures par là, les listes centristes aussi. En tant qu'écologiste, tu veux réintroduire les voitures sur Briand-Franklin ?
Il y a des propositions qui me semblent un peu démagogiques à un moment donné. Quand les travaux ont été effectués, même si ce n'était pas ce qu'on avait souhaité initialement, il faut prendre en compte les transformations urbaines effectuées, notamment les travaux de voirie, de réseaux qui ont été déplacés. On ne peut pas tout chambouler à nouveau. On a des services qui en ont bavé pour mettre en œuvre ce qui a été décidé par la majorité sortante. Donc là-dessus, on ne pourra pas totalement revenir en arrière. Ce que je propose, c'est des ajustements. Alors déjà,
pour les commerçants qui ont souffert pendant toute la durée des travaux, il va falloir trouver une aide qui équivaut à peu près à une année de chiffre d'affaires, de compensation du chiffre d'affaires perdu, en fonction des situations des commerçants qui sont encore sur l'avenue.
Et cette aide doit être assortie aussi de facilités de déplacement. On a pensé à mettre une navette entre le secteur DMC et la station Grand Rex, justement sur l'axe Briand-Franklin, les jours de marché, pour soulager aussi, pour faire venir davantage de gens de l'extérieur, parce que ce sont aussi beaucoup de gens de l'extérieur et en transit qui se retrouvent pénalisés par la fermeture de fait de Briand-Franklin. Ça n'a pas été piétonnisé, il faut aussi le préciser, c'est un "chaucidou", c'est-à-dire priorité au bus et au vélo sur l'axe central, et avec trottoir élargi côté commerces, en tout cas d'un côté, et un peu moins de l'autre. On souhaite aussi mettre en place des ajustements au niveau des boucles de circulation, avec un sens unique, pourquoi pas, sur une portion de la rue de Strasbourg, pour permettre effectivement de se retourner avec des possibilités accrues de passage par l'avenue Briand. Également, parce que c'est une demande des riverains, on mettrait en place la tarification sociale du stationnement résidentiel, parce que l'extension du stationnement payant dans le secteur a été mal vécue, ça a été un peu brutal. Donc pour les gens qui ont moins les moyens, ils n'auront pas à débourser un seul euro pour stationner toute l'année dans le secteur, en fonction des ressources.
Le stationnement résidentiel aujourd'hui, il me semble que c'est 80 euros par an, c'est trop cher ?
Un peu plus, c'est 100 euros, et pour certains foyers c'est déjà trop cher. Quand il s'agit d'arbitrer entre des repas, à un moment donné, 100 euros ça pèse lourd.
Les écologistes qui favorisent le retour des voitures et le stationnement gratuit, on aura tout vu.
C'est un peu raccourci Jean-Luc.
Un autre problème à Mulhouse, ville jeune s'il en est, c'est la pauvreté, puisque 36% des mulhousien-nes vivent sont sous le seuil de pauvreté. Alors même si la ville n'a pas une action directe sur les ressources financières, qu'est-ce qu'on peut faire pour que ça se passe mieux, pour tous les pauvres de notre ville ?
Aujourd'hui, les personnes en situation de précarité sont très nombreuses, de façon générale, et notamment pour les plus jeunes. Je pense à un axe, c'est le retour à l'emploi et l'aide à la formation professionnelle. C'est sûr que ça a déjà été tenté à de multiples reprises, mais il y a des dispositifs innovants qui peuvent être expérimentés. La métropole de Lyon a mis en place notamment un revenu jeune majeur pour permettre aux jeunes de se donner des ressources et de voir un peu plus loin. On pourrait aller dans cette direction. De façon générale, sur la lutte contre la précarité, il y a la question de la précarité alimentaire, la coordination de l'aide alimentaire, qui aujourd'hui est un peu saturée, parce que les demandes sont de plus en plus fortes, et les réponses s'essoufflent un peu, avec des bénévoles qui viennent à manquer parfois, et des dons qui ne sont pas toujours abondants aux bonnes périodes. Donc il faudra aussi une meilleure coordination de l'aide alimentaire. On pense aussi
expérimenter la sécurité sociale de l'alimentation...
Je l'ai dit tout à l'heure, la priorité va être de manger, mais de bien manger, et à peu de frais pour les familles. Donc si on peut mettre en place effectivement cette sécurité sociale de l'alimentation comme ça semble être expérimentée, en tout cas ça a été commencé à Bourtzwiller, on suivra. Il y a aussi la question du logement. Aujourd'hui, on trouve que le logement devient cher et inaccessible. Il va falloir surveiller aussi la question de Airbnb qui se développe beaucoup. Donc les logements se raréfient, en tout cas pour les petites surfaces, les F1, les F2. On sent que c'est un peu tendu, notamment dans la zone centrale. On ne peut pas aujourd'hui objectivement parler de gentrification, mais il faut vraiment faire gaffe et soutenir, aider pour le retour au logement, pour le maintien dans le logement. Ça passe aussi par un suivi social beaucoup plus fort avec le CCAS, le Centre Communal d'Action Sociale. Il y a des dispositifs qu'on peut actionner en tant que collectivité. On l'a dit, ce n'est pas nous tout seuls. Un plan de lutte contre la pauvreté, c'est de façon globale, nationale. On donne aussi des ressources pour vivre correctement, mais on peut aussi, à l'échelle de la ville, aider, être facilitant.
Eliot Gafanesch, de la liste candidate LFI aux municipales, propose les cantines scolaires gratuites pour tous les mulhousiens. C'est une utopie ou il faut faire ça ?
Aujourd'hui, il faut faire des choix. Malheureusement, j'aimerais bien pouvoir décréter la gratuité des cantines scolaires. On propose déjà la gratuité pour les transports en commun jusqu'à 25 ans, et également pour les plus précaires. C'est déjà un axe fort. Les ressources des collectivités sont en train de fondre comme neige au soleil. Il y aura des arbitrages à faire. Donc nous, ce n'est pas le choix qu'on a retenu. On a porté par contre une ambition sur la qualité des repas. On peut être beaucoup plus offensif sur la tarification sociale. Il y a vraiment là un axe de progrès majeur sur les prix des repas. Donc on va renégocier ça avec M2A, pour que ce soit beaucoup plus proportionné par rapport aux revenus des familles. C'est vrai que parfois, c'est un peu trop cher. Et donc là, on veut aussi mettre le paquet pour les familles et la possibilité de faire manger leurs enfants à un prix modique, et avec de la nourriture de qualité, puisqu'on ambitionne le
100% bio d'ici 2032.
C'est une trajectoire qu'on souhaite bien suivre.
Du maraîchage municipal, il y a une possibilité aussi sur une autre liste, c'est dans ton programme ?
Alors municipal, ça me paraît ambitieux. On a un réseau d'agriculteurs, de producteurs locaux à l'échelle de M2A, qu'il faut faire vivre.
Il y a des filières à faire monter avec le Sundgau, avec des territoires voisins.
Maraîchage localement, je ne vois pas trop comment et où, mais par contre, on peut avoir des activités, par exemple, de conserverie municipale, comme ça se fait à Ungersheim. C'est une activité d'insertion qui permet aussi le retour de l'emploi et qui permet de transformer des productions locales à destination de la restauration collective. Ça se fait. Il faut qu'on soit beaucoup plus innovants dans cette direction. C'est quelque chose qu'on avait déjà proposé en 2020 et qui mériterait de voir le jour.
À propos de production locale, la culture est aussi une production locale. Donc construire un nouveau Noumatrouf de 1000 places, c'est ça le projet phare culturel de Mulhouse en commun ?
Aujourd'hui, on voit bien que pour la scène des musiques actuelles, il y a un enjeu avec une jauge. qui est un peu réduite et donc il faut aller plus loin. 1000 places, ça paraît être le bon niveau pour attirer encore des groupes, pour avoir des programmations de qualité dans les années à venir. Très clairement, il y a aussi l'envie de redonner un nouveau souffle au secteur, de réorienter l'ouverture au public de cette scène de musiques actuelles vers le musée de l'auto, en tout cas vers l'arrêt de tram qui jouxte directement la salle. Donc il y a une emprise des ateliers municipaux qui n'ont pas forcément besoin d'occuper toute la surface. On est en train de voir au niveau du quartier comment faire bouger les choses. Dans le cadre d'un projet plus global,
le secteur Mertzau a aussi besoin d'une nouvelle jeunesse en quelque sorte,
pour que ce soit une entrée de ville plus visible, plus accessible et plus facile. On a envie aussi de mettre le paquet là-dessus. Je pense que c'est une offre culturelle qui est intéressante et qui est attendue depuis de longues années. Donc il y a besoin d'une cure de jeunesse pour la SMAC (Scène de Musiques Actuelles).
La culture, c'est le premier budget municipal. La ville abonde à coups de millions le Noumatrouff, enfin le Noumatrouff c'est pas des millions, mais la Filature, l'opéra, l'orchestre symphonique, l'école des beaux-arts, Hear, Haute École des Arts du Rhin et j'en oublie. M2A, malgré son budget conséquent, ne participe quasiment pas au financement de la culture à Mulhouse. Or, par exemple, à la Filature, une bonne partie du public, le quart des spectateurs viennent de M2A hors Mulhouse. Alors, qu'est-ce qu'on fait pour que la ville pauvre arrête de financer les loisirs culturels des riches tout autour ?
Oui, alors... Même si c'est un peu schématique, il faut peut-être se concentrer sur les équipements qui accueillent en effet un public extérieur plus important. Il y a forcément la Filature, avec aussi l'orchestre, quasiment la moitié des spectateurs viennent d'en dehors de Mulhouse. Donc là, oui, à un moment donné, un chapitre va devoir s'ouvrir de négociations pour voir comment on peut financer nos équipements culturels,
faire financer nos équipements culturels en partie au prorata par M2A.
C'est une négociation qui doit s'ouvrir, je pense, parce qu'aujourd'hui les charges de centralité commencent à peser lourd pour la ville de Mulhouse. Il y a la nécessité aussi, on l'a dit souvent, de faire monter en puissance d'autres budgets pour la ville. Et donc, les équipements aujourd'hui, qui sont d'une richesse inestimable, mais qui pèsent lourd et qui ont besoin aussi d'une nouvelle impulsion, doivent être co-financés davantage que ce n'est le cas aujourd'hui. Je pense que c'est un chapitre qui doit être rouvert. Je ne mettrais pas dans le lot la Hear, c'est un peu particulier. Une école, c'est différent en termes de contribution. Mais par contre, oui, au niveau Filature, au niveau de cette grande maison, il y a peut-être besoin de revoir la manière dont on finance et dont on co-finance la structure.

On rappelle quand même que M2A et Ville de Mulhouse ont, les années passées, mutualisé leurs services et ont lancé ensuite, c'est incroyable, une démutualisation. C'est-à-dire séparer les services qui étaient auparavant concentrés... Un candidat aux municipales me disait que ça coûtait aujourd'hui 3 millions d'euros chaque année, cette démutualisation. Est-ce qu'on remutualise, on réfléchit à ça ou on se dit, bon, chacun de son côté, c'est mieux ?
En fait, déjà, il faut penser aux agents, ceux qui travaillent, qui ont été chamboulés par cette réorganisation qui a duré 3-4 ans parfois. Donc, on vient de sortir d'une période de démutualisation. On va leur dire, on refait un changement à nouveau. Ce n'est pas raisonnable. Par contre, là où il y a des besoins identifiés, il y a une volonté, une capacité de travail en commun, il faut y aller. Il faut y aller, c'est très clair. Je pense que la mutualisation, c'était le sens de l'histoire. Pour des raisons politiques et de personnes, on a démutualisé. Ce n'était absolument pas mon choix. J'ai regretté, surtout le fait que la ville de Mulhouse ait capitulé en la matière, a laissé faire cette démutualisation. Mais bon, visiblement, ils y trouvent leur satisfaction. Maintenant, il faut faire avec, tout en étant attentif aux besoins, je l'ai dit, de celles et ceux qui veulent à nouveau travailler main dans la main, avec des services qui sont prêts à engager des travaux conjoints. Donc voilà, je pense qu'il ne faut rien s'interdire sur la possibilité d'évoluer, mais vraiment en étant attentif aux conditions de travail, parce que les personnels ont aussi pas mal trinqué. Il ne faut pas oublier que
notre grande maison, c'est 1500 agents, la ville de Mulhouse, et M2A, c'est 1700 agents.
De gros employeurs, et ce sont des collectifs de travail qui doivent être considérés, reconnus. Je pense qu'ils attendent aussi des gestes à ce niveau-là, au-delà de l'aspect mutualisation, démutualisation. C'est une préoccupation qui est aussi quotidienne chez eux.
Dans le quotidien des Mulhousiens, des Mulhousiennes, il y a le sport aussi, bien sûr. Dans l'histoire sportive de Mulhouse, on est champion en matière de faillites. Puisque, à l'exception du volley et de la natation (MON, Mulhouse Olympic Natation, où on trouve d'autres histoires glauques), on a quand même réussi à faire faillite en foot, en basket, en handball, en hockey sur glace. Qu'est-ce qu'on fait pour le sport de haut niveau ? Qu'est-ce qu'on fait avec le stade de l'Ill ? Est-ce que le foot, le sport le plus populaire, mérite qu'on dépense plein d'argent pour rejoindre la Ligue 1 ?
Bon déjà, il faut peut-être remettre les choses dans leur contexte. Aujourd'hui, l'urgence et la priorité, à mon sens, c'est la rénovation des gymnases partout dans les quartiers. On a quand même des gymnases qui prennent l'eau, certains qui laissent passer des courants d'air affreux, il fait très froid. Donc à mon avis, nos équipements sportifs dans tous les quartiers doivent être considérés. Parce qu'effectivement, le sport de haut niveau, c'est une chose, mais
le sport quotidien, le sport pour tous, ça doit être aussi une priorité.
Donc voilà, c'est pour ça que je ne vois pas très bien comment on pourra financer un grand stade, un Maracana, d'ici à la fin du mandat. Si vous savez, vous m'expliquerez. Par contre, très clairement, le stade de l'Ill doit rénovée, en tout cas la tribune qui reste doit être mise à niveau. C'est un équipement communautaire de M2A. L'ambition raisonnable le temps du mandat, c'est que le club se structure encore davantage pour rejoindre la future Ligue 3. Ça semble un horizon raisonnable. Je sais que c'est un peu dans les tablettes du club, mais pour l'instant, au-delà, ça semble complexe. On n'a pas encore la possibilité, le volume financier pour aller au-delà. Il faut soutenir encore le volley pour que sur la scène européenne, son affirmation soit plus forte. Après, on est une terre de basket, on est une terre de hand. C'est aussi très ancré dans l'histoire mulhousienne. Donc là, il y a la question aussi de la répartition des équipements. En bonne intelligence avec les clubs, qu'est-ce qu'ils ont comme projet à court terme ? Est-ce qu'ils ont la possibilité d'accéder à l'étage supérieur ? Parce que le basket et le hand sont au même niveau, troisième niveau français, c'est-à-dire semi-professionnel, pour le dire autrement, davantage peut-être pour le hand. Et le basket, c'est à peu près équivalent, donc il faut voir s'ils veulent accéder à l'élite B pour le basket et à la Pro League, c'est-à-dire la division 2 de hand. voir comment on peut les accompagner, comment on gère aussi nos équipements, parce qu'il va y avoir du monde, il y aura un embouteillage sur les parquets.
Et comment Loïc Minéry va répondre à une question finlandaise de Julia... Ce qui m'intéresse aussi, c'est pensez-vous que les résultats des élections municipales enverront aussi un message au gouvernement français ou au débat politique national ? Et comment ?
Bonne question. Après, avec un gouvernement macroniste qui est assez peu implanté au final dans les territoires, je doute que ce message soit correctement entendu, en tout cas à sa juste valeur. Je pense à mes collègues de gauche et écologistes, maires de grandes villes et autres, qui tout ce mandat ont demandé à corps et à cri des moyens supplémentaires pour pouvoir mener leurs actions au quotidien et qui se sont vus effectivement souvent envoyés balader. Donc il ne faut rien lâcher à ce niveau-là. L'État doit remplir ses obligations, c'est clair, mais il ne faut pas trop attendre de l'État. Ça enverra un message politique, certainement. Encore une fois, le macronisme n'arrivera pas à s'implanter dans les villes, à l'une ou autre exception. Pour le reste, on a aussi une satisfaction assez importante par rapport à l'action des maires de gauche et écologistes dans le pays. On attendra le résultat des urnes, évidemment, mais je crois fort en la possibilité des équipes sortantes qui ont montré qu'elles étaient en capacité d'impulser de nouvelles choses. au service des habitants, d'être à nouveau aux affaires le 23 mars prochain.
La liste macroniste et la liste soutenue par LR Les Républicains veulent aussi un nouveau terrain de jeu à la piscine Curie, qui est fermée maintenant depuis des années. Pierre Freyburger, socialiste historique, peut-être dernier de liste chez Mulhouse en commun, proposait lors des élections municipales de 2014 un projet de transformation de ces bains municipaux en centre de loisirs aquatiques. À Strasbourg, il y a plus d'argent, mais on a exactement les mêmes bains municipaux qui ont été transformés. Alors bon, ça a coûté une petite trentaine de millions d'euros. Qu'est-ce qu'on fait à Mulhouse pour ces bains municipaux qui sont fermés depuis des années ?
C'est une erreur. La fermeture était censée être provisoire, le temps de revoir le système de chaufferie des bains municipaux. Il faut qu'à un moment donné, on soit en capacité de dire qu'on installe un nouveau système de chauffage pour les bains et que justement, on redonne un avenir, une vie à ces bains municipaux. Et notamment, il y a une fonction qui ne doit pas être oubliée, qui a été délocalisée à l'Illberg, c'est les douches sociales. Ça remplissait aussi une fonction sociale. À Mulhouse, ça a du sens. Il y a les lignes d'eau, parce que la fonction piscine doit rester d'actualité, notamment pour les scolaires. Aujourd'hui les scolaires s'entassent également à la piscine de l'Illberg, c'est l'embouteillage pour accéder aux bassins, donc malheureusement beaucoup d'écoles renoncent parfois à se déplacer jusqu'aux piscines. Et donc le savoir nager est en baisse sur notre territoire, c'est une vraie préoccupation. Ce qu'on veut c'est
rouvrir effectivement à moyen terme la piscine Pierre et Marie Curie,
pas en transformant totalement les lieux, mais en faisant les travaux nécessaires. Avec un axe plutôt thermalisme sur la partie bains romains, axé sur la santé, le bien-être, mais en gardant la fonction piscine et la fonction douche sociale. Ce sont ces trois dimensions qui doivent aussi garder, rester l'aspect de Pierre et Marie Curie.
Mulhouse a aussi un souci en termes d'image, malheureusement, qu'on le veuille ou non, sur la couronne M2A, mais aussi vers le Sundgau ou même du côté de Colmar, Strasbourg, Freiburg, Basel. Ce sont surtout ceux et celles qui n'ont jamais mis des pieds dans notre ville qui en disent du mal. Comment transformer, améliorer cette image encore trop souvent négative et qui fait que peut-être il y a des gens qui ont peur de venir à Mulhouse. parce qu'on pourrait rayer leur voiture, parce qu'on pourrait harceler leur fille, etc. Qu'est-ce qu'on fait pour changer, améliorer, booster l'image de Mulhouse ?
Je pense que ce qui est assez efficace, c'est quand les gens viennent rencontrer les acteurs locaux, viennent profiter de ce que la ville peut proposer en termes d'offres, touristique, etc. C'est souvent les gens qui viennent de l'extérieur, les visiteurs, les touristes, les étudiants étrangers qui sont les meilleurs ambassadeurs de la ville parce qu'ils retiennent une expérience heureuse. Au final, ce qui est dommage, c'est que les habitants entretiennent parfois un discours assez défaitiste sur la ville. Aussi, ils font le lien entre la trajectoire qui est la leur et peut-être le destin de la ville. Voilà, il ne faut pas jeter la pierre sur ces gens-là, mais par contre, dire à un moment donné, oui, réhabiliter l'image, ça passe par la communication, mais ça, je pense que c'est déjà fait. Il faut, encore une fois, se battre de façon acharnée pour que le discours soit renversé, à front renversé, avec
toutes celles et ceux qui sont les meilleurs ambassadeurs de notre ville et qui ont été un jour en séjour, en études, à Mulhouse, et qui ont rapporté des témoignages qui sont quand même assez éloquents sur cette ville-monde, qui ne mérite que d'être valorisé. C'est donc un bijou à polir en quelque sorte.
Le débat politique à Mulhouse ou en France, ça se déroule où ? Les journaux, les réseaux sociaux ?
Pour suivre les débats, je pense qu'il y a plein de ressources, en tout cas de possibilités de suivre ça. Bien sûr, à la télé, les réseaux sociaux, les journaux qui peuvent essayer de faire un travail, même si de plus en plus dans la presse, malheureusement, c'est audiovisuel. Les presses écrites confondues sont de plus en plus aux mains de milliardaires avec une intention pas forcément très bonne. C'est-à-dire
l'extrême droite est en train de tisser sa toile dans les médias aussi,
il faut faire attention à cela, donc de plus en plus aussi essayer de regarder des médias indépendants, d'investigation, je ne vais pas citer des concurrents, mais Mediapart qui effectue un remarquable travail d'enquête. Donc le débat est un peu compliqué à suivre... Après il y a les chaînes traditionnelles qui couvrent la vie parlementaire. LCP, c'est un peu plus abrupt à suivre, mais par contre, c'est de qualité. Donc l'audiovisuel public doit être défendu aussi à fond. C'est ce qui fait une de nos spécificités, de nos richesses. Mais après, le débat doit aussi à un moment donné dépasser la politique nationale qui concentre beaucoup d'attention et puis redevenir aussi local. Localement, le nombre de titres de presse est très réduit par rapport à ce qu'on voit de l'autre côté du Rhin, en Allemagne par exemple. C'est ça aussi ce qui fait le pluralisme, la vivacité du débat local.
Dernière question pour Loïc Minéry, peut-être futur maire de Mulhouse. Un sondage dont on ne sait pas trop d'où il vient, de quand il date, un truc mystérieux, dit que tu vas gagner au deuxième tour. Ceci étant, pour le deuxième tour le 22 mars 2026, il va peut-être falloir s'entendre, fusionner avec d'autres listes. Est-ce que c'est possible de se rapprocher, de fusionner avec Eliot Gafanesch (LFI), Annouar Sassi (Nous sommes Mulhouse), Cécile Sornin (la liste des habitants) ? Comment ça va se passer le soir du 15 mars 2026 ?
Déjà, on va attendre les résultats en toute humilité, on analysera les choses. Après, ce que je dis surtout, c'est qu'on a déjà fait l'union entre cinq partis politiques. Ce n'est pas une mince affaire. Avec la société civile mulhousienne, on a déjà une équipe qui est prête, dans sa configuration actuelle, à exercer des responsabilités demain. Après,
on saura prendre nos responsabilités si le score n'est pas forcément favorable pour nous.
En tout cas, s'il laisse à penser qu'il y a un risque pour Mulhouse, on saura prendre nos responsabilités. Dans tous les autres cas... Vous avez, dès le premier tour, je le dis aux auditeurs, la possibilité de choisir une liste qui a fait ce travail d'union exigeant, qui a travaillé pendant six ans, quand d'autres sont arrivés il y a six mois, pour offrir une nouvelle alternative à cette ville, pour changer, pour enfin mettre aux affaires une équipe de gauche qui sera en capacité de répondre aux besoins au quotidien et pas seulement transformer la ville en termes d'aménagement, mais se préoccuper surtout de l'humain.
Merci beaucoup Loïc Minéry, tête de liste Mulhouse en commun pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Merci Julia, merci Antoine, notre photographe. Et puis évidemment rendez-vous dans les urnes dimanche prochain le 15 mars 2026. Proclamation des résultats officiels à 20h en mairie. Rendez-vous dans les bureaux de vote le 15 mars 2026.




