Alexandre Gonçalves, maire de Still, aux portes de la vallée de la Bruche
- Jean-Luc Wertenschlag
- 22 août 2025
- 7 min de lecture
Lors des journées des écologistes (JDE) à Strasbourg du 21 au 23 août 2025, on rencontre plein de gens intéressants du monde entier, même du Bas-Rhin, et on apprend des choses incroyables: Jeanne Barseghian n'est pas la seule maire écolo d'Alsace! Attrapons donc Alexandre Gonçalves pour découvrir comment un écolo a remporté la mairie du gros village de Still en 2020...
Interview à lire en transcription ci-dessous, ou à écouter en podcast. Voir notre article avec les liens vers tous les podcasts et toutes les interviews JDE 2025 :
Les podcasts JDE ont été réalisés par Fatma Jrad, Lévi Giner et Jean-Luc Wertenschlag, pour Radio Quetsch, Nefzawa Link, Radio WNE et L'Alterpresse 68. Toutes nos productions sont à libre disposition des médias intéressés, sous licence Creative Commons CC Zero (licence libre non copyleft - auteur Radio WNE).

Nous sommes le 23 août 2025 aux journées écologistes de Strasbourg. On se promène, et c'est incroyable, on découvre qu'il existe des maires écolos en Alsace, il n'y a pas seulement Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg. Mais qui es-tu ?
Je m'appelle Alexandre Gonçalves, je suis maire d'une commune de 1800 habitants, Still, aux portes de la vallée de la Bruche, à 30 km à l'ouest de Strasbourg.
Et tu t'es fait élire avec une véritable étiquette écolo ? Ou tu l'as sorti juste après ton élection ?
J'avais une véritable étiquette écolo, puisque j'habite le village depuis une dizaine d'années. En 2017, j'étais candidat aux législatives avec l'étiquette Europe Écologie Les Verts. Et le village savait que j'étais un écolo quand j'ai été élu en 2020. Donc, revendiqué sans difficulté.
Ça ressemble à quoi, Still ? Combien d'habitants ? Tous les commerces sont fermés ?
1800 habitants. On a encore quelques commerces, parce qu'on a une proximité de la ville de Strasbourg et du bassin d'emploi de Molsheim, qui est une grande ville qui accueille de nombreuses entreprises. Donc, le taux de chômage est faible. Et il y a encore quelques commerces, une boulangerie, deux coiffeurs, deux médecins, un magasin de meubles. Donc, il y a encore de la vie, un marché. Ça bouge, c'est encore vivant.
C'est la fête, parce qu'un peu plus loin, à Ranrupt, il y a juste encore un distributeur automatique de pain et 1200 m² à vendre. Mais l'élection municipale s'est jouée sur l'écologie ? Ou simplement parce que tu étais le seul candidat ?
Alors non, l'élection ne s'est pas uniquement faite sur l'écologie, et je n'étais pas le seul candidat. Au contraire, on a battu le maire sortant qui se représentait. En fait, c'est un concours de circonstances favorables qui nous a été donné. J'ai envie de dire que l'écologie n'est pas un repoussoir du tout, puisque les gens étaient prêts à glisser un bulletin d'un candidat maire écolo dans l'urne. En fait, l'histoire est simple. Un an et demi avant l'élection, le maire a sorti un projet d'urbaniser une grande zone inondable dans la commune. Et les habitants ont constitué un petit collectif pour lutter contre ce projet. De ce collectif est née la liste que j'ai menée. Mon prédécesseur était aussi tellement haï par les habitants. Il avait une personnalité vraiment odieuse et orgueilleuse. Et du coup, les gens ont voté contre lui tout en votant pour l'écologie. Et me voilà maire depuis 2020.
Et qu'est-ce que ça change, un maire écolo dans un village de la vallée de la Bruche ?
Ça change tout! Je plaisante en disant ça, mais... Une des premières actions qu'on a menées quand on a été élu, c'est d'annuler la révision du plan local d'urbanisme (PLU). Parce que le maire sortant voulait urbaniser deux hectares d'une magnifique colline entre terre agricole et prairie pour en faire des lotissements. C'est vraiment des décisions stratégiques. Et ensuite, quand on a des maires écolos dans des communes comme les nôtres, en fait, c'est des maires proches des habitants. Je vais voir toutes les personnes qui me le demandent. On les fait participer avec des consultations. Ça change vraiment la vie du village. Après, en termes d'écologie, de programmes liés à Europe Écologie Les Verts et aux écologistes, on peut se faire hyper plaisir.
C'est quoi les problèmes d'un gros village dans une vallée vosgienne en Alsace ? On se bat sur quoi ?
C'est vrai qu'on est quand même un village assez privilégié, ayant un taux de chômage faible, avec des revenus qui sont assez élevés, et des infrastructures de transport en commun, et des infrastructures différentes dans la commune assez importantes. La problématique principale des habitants... Elle est, ma foi, assez triste, mais elle est comme ça. C'est que la lumière fonctionne, qu'il n'y ait pas de trous dans les rues, que le village soit agréable et qu'il n'y ait pas trop de bruit. Quand vous avez répondu à ces trois problématiques, vous pouvez faire ce que vous voulez de l'autre côté. Et en fait, on avait d'autres problématiques, par exemple, un médecin parti à la retraite en 2022. Du coup, la commune n'avait plus de médecins. Et c'était un gros travail qu'on a mené. Et on en retrouvé deux médecins qui se sont installés au début du mois d'août 2025. C'est des problématiques qu'on a comme tout village rural. On a des commerces, on les soutient, on a un restaurant qu'on essaie de faire vivre parce qu'il est en difficulté. Des problématiques, comme dans toutes les communes de France...
Certains maires du Sundgau, dans le sud de Mulhouse, voient certains habitants demander des barbelés pour se protéger des dangereux mulhousiens qui ne sont pas tous blancs. Le vote FN-RN est souvent assez énorme dans des villages où la quasi-totalité de la population est blanche. Il n'y a pas ce genre de soucis à Still ?
Alors, malheureusement, lors des différentes élections, les personnes qui se déplacent et qui votent, ce n'est pas toute la population. Sur 1800 habitants, il y a 1350 personnes inscrites sur les listes électorales. Et sur ces 1350, il y a à peu près 500 ou 600 personnes qui glissent un bulletin du Rassemblement national dans l'urne. Mais je n'ai pas de débats de ce type-là. Il n'y a pas de hordes migratoires. Il n'y a pas de gens qui me disent " Monsieur le maire, vous devez mettre des barbelés et empêcher les étrangers de venir ". Je ne comprends pas leur vote. Il y a une mixité qui existe un petit peu dans le village. Il y a quelques familles originaires du sud de l'Europe ou du nord de l'Afrique, et les choses se passent bien. J'ai du mal à expliquer ce vote, mais il existe. Mais en tout cas, je n'ai pas de demande particulière en la matière.

Tu te représentes en mars 2026 ? C'est quoi les grands projets ?
Alors bien entendu qu'on se représente, j'ai une équipe très motivée, on a un bon bilan, bien sûr de notre point de vue, après les habitants trancheront, mais on est satisfait de notre travail. Mes adjoints et moi, on a quelque chose, c'est qu'on aime ce qu'on fait. Je prends un réel plaisir, une réelle passion à la mairie, à rencontrer les habitants. Et quand on fait ça par passion et par dévouement, on a envie que de repartir. On est en train de constituer une nouvelle liste, il y a quelques personnes qui sont parties pour 2026. Les projets, en fait, c'est simplement de continuer ce qu'on a déjà mené. Parce qu'en 2020, quand on a récupéré la municipalité, la commune était en difficulté financière, avec un endettement très élevé et des infrastructures en mauvais état. Donc on a redressé les comptes, on a investi un petit peu. Maintenant, on aimerait lancer des projets plus conséquents, créer des vrais périscolaires, améliorer les écoles, protéger la nature, faire un vrai service public de proximité, pouvoir répondre aux habitants, avoir des services qui permettent aux associations de vivre décemment, de développer leurs activités, d'avoir un programme culturel. Il y a plein de choses à faire encore. La liste est longue et le mandat suivant ne nous permettra pas de tout faire.
La désaffection des jeunes pour la politique, la difficulté de trouver des candidats dans les villages, l'obligation de la parité qui arrive pour tous les villages de France lors des prochaines élections municipales de mars 2026 et qui, selon certains, représente la fin du monde parce qu'on ne va pas réussir à trouver assez de femmes... Ça joue chez toi ?
Pas du tout. J'ai envie de dire que la parité, pour moi, c'est une condition. Je ne me suis même pas posé la question. Alors, la commune compte 1800 habitants. On est 19 élu-es. On avait l'obligation de la parité déjà, car au-delà de 1000 habitants. C'était donc une obligation réglementaire. Mais il n'y avait aucun souci. J'avais même une règle, je devais avoir absolument une première adjointe. Ça n'a pas été simple, mais j'en ai eu une première adjointe. Du coup, pour moi, ce n'est clairement pas un problème. Et ceux qui disent que la parité est un problème se voilent de la face. Ce n'est pas vrai. Les femmes veulent s'investir en politique, il faut simplement qu'on adapte les choses pour qu'elles puissent le faire. Pour les jeunes... En 2020, quand on a été élu, j'avais une personne qui avait 18 ans et une autre qui avait 20 ans. C'est eux qui sont venus me voir pour me dire qu'ils voulaient intégrer la liste pour bosser avec moi. Les jeunes ne sont pas dépolitisés. Les jeunes sont là, il faut simplement leur parler, les écouter et en fait les suivre. Et les choses se passent bien. Alors pour les élections qui viennent, j'ai annoncé officiellement que je repartais en juillet 2025. Je suis parti en vacances en août, maintenant on va travailler. Je peux difficilement prédire l'avenir. Mais je n'ai pas de crainte.
Je termine avec une question citadine. Imaginons un mulhousien, une mulhousienne qui vient se perdre dans la vallée de la Bruche, on va visiter quoi ? Quel lieu ou événement à découvrir absolument chez toi ?
Alors il y a deux choses à visiter à Still, trois j'ai envie de dire. Le patrimoine naturel de la commune est important, on est dans une petite vallée où il y a deux cours d'eau bordées de collines calcaires avec une belle forêt. Le patrimoine naturel est très intéressant, on a de belles balades à faire autour du village. Ensuite, il y en a un vieux patrimoine industriel. La commune de Still accueillait une ancienne briquetterie, fermée dans les années 70, qui a fonctionné pendant plus d'un siècle, fabriquait des briques en terre cuite, parce qu'on est sur un site d'argile, c'est aussi un patrimoine industriel à visiter. Et après, il y a un patrimoine cultuel. Notre église est classée et on a un chemin de croix qui a plus de 150 ans et qui présente aussi un attrait touristique pour ceux qui s'intéressent au patrimoine cultuel.
Voilà, allons visiter la résurrection de Still. Merci beaucoup Alexandre.













