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Gretchen, club incontournable de la scène berlinoise

il y a 8 heures
5 min de lecture

Lars Döring dirige depuis 2011 le célèbre club GRETCHEN à Berlin, aux côtés de Pamela Schobess. Comment se porte la vie nocturne dans la capitale allemande ?


Interview réalisée par Angela Shihua Yu pour Radio Quetsch, L'Alterpresse 68, Radio WNE et tous les médias intéressés, le 8 octobre 2026 au Goethe-Institut de Nancy, dans le cadre de la journée professionnelle du Nancy Jazz Pulsations (NJP). Montage : Louis Bertrand.


Listen to the audio interview in English • Retrouvez l'interview audio en anglais en podcast :





[Angela Shihua Yu]

Bonjour, nous sommes avec Lars Döring. Lars, qui êtes-vous ?


[Lars Döring]

Je viens de Berlin et je dirige, avec Pamela Schobess, le Gretchen, un club berlinois qui fête justement ses quinze ans ce mois-ci. Plus généralement, je dirige des salles et des lieux de musique à Berlin depuis 1993. Notre club est très diversifié, avec une programmation particulièrement ouverte. Nous accueillons aussi bien du jazz que des musiques électroniques, du funk ou des musiques expérimentales. Pour nous, il a toujours été essentiel d'offrir aux musiciens, aux différents groupes sociaux et aux différentes communautés un espace où chacun puisse être lui-même, comme il l'entend.

Et aujourd'hui, c'est plus important que jamais. Un club peut aussi être un lieu où l'on fait vivre la démocratie, où l'on montre concrètement ce qu'elle signifie.


Comment en êtes-vous arrivé à diriger un club ? Que faisiez-vous auparavant ?


J'ai commencé à 19 ans, après le lycée, alors que j'entamais mes études. J'avais toujours eu envie d'être DJ. J'avais commencé à mixer à 18 ans. À l'époque, je jouais dans un centre culturel qui s'appelait Akut. J'y organisais une soirée qui avait rencontré un énorme succès. J'avais invité tous mes amis ! À la suite de ça, les responsables m'ont proposé de reprendre la gestion de l'espace. Il faut se rappeler ce qu'était Berlin à cette époque. Le Mur venait de tomber et c'était une forme d'anarchie dans la ville. Tout était possible, même sans argent. Il existait alors beaucoup de lieux culturels alternatifs. Le plus célèbre était sans doute le Tacheles. Dans notre centre culturel, il y avait un cinéma, un théâtre, une galerie, un café et une salle de concert. Au sous-sol, on organisait des soirées. J'ai donc eu la possibilité d'y créer un club. Et à 19 ou 20 ans, je participais déjà, avec d'autres personnes, à la gestion de l'ensemble du bâtiment. Par la suite, j'ai ouvert un deuxième lieu, l'Icon, que je dirigeais avec mon associée Pamela. Aujourd'hui, nous dirigeons ensemble le Gretchen. La musique a toujours été ma passion.


Vous connaissez Berlin depuis longtemps. Comment avez-vous vu évoluer la ville ? Et qu'est-ce qui, selon vous, n'a pas changé dans sa vie culturelle et musicale ?


Je suis né et j'ai grandi à Berlin. J'ai toujours eu le sentiment que notre ville était profondément ouverte d'esprit. C'est une ville où l'on peut être soi-même, où chacun peut trouver une occasion de s'exprimer, à travers la musique ou d'autres formes artistiques. Après la chute du Mur, nous avons vécu une période absolument privilégiée. Il se passait tellement de choses ! À chaque coin de rue, quelque chose surgissait. Il y avait une énergie, un esprit particulier. Et cet esprit existe toujours. Il fait partie de l'ADN de Berlin. Bien sûr, la ville a énormément changé, notamment avec la gentrification. Mais Berlin reste un endroit où l'on peut être qui l'on veut et où l'on peut encore trouver des espaces pour s'exprimer. C'est cette atmosphère qui fait toujours sa singularité. Berlin s'est toujours nourrie de son ouverture sur le monde. Des gens arrivent de partout, certains pour un an, d'autres pour s'y installer définitivement. La ville leur offre cette possibilité de vivre comme ils l'entendent. Encore faut-il pouvoir la saisir. Car le grand changement, aujourd'hui, c'est évidemment l'augmentation des prix. Chaque année, tout devient plus cher. Il est donc beaucoup plus difficile pour les gens de mener la vie qu'ils souhaitent. À l'époque, c'était précisément l'un des principaux attraits de Berlin : tout était tellement bon marché que tout le monde voulait venir y vivre.



À quoi ressemble une journée de travail ordinaire pour vous ?


C'est une très bonne question ! Et c'est très variable. Même quand on dirige un club ou une salle de concert, il y a toute une partie du travail qui ressemble à une vie de bureau. J'arrive généralement vers 10 ou 11 heures. Je passe beaucoup de temps au bureau, j'ai des réunions, je rencontre des gens. J'aime toujours téléphoner et discuter directement avec les personnes. Et puis il y a énormément de courriels et de tâches administratives. Ensuite arrivent les soirées du week-end. La plupart du temps, nous organisons deux événements successifs : d'abord un concert, puis une soirée club. Et contrairement à beaucoup d'autres établissements, Pamela et moi sommes toujours présents, du début jusqu'à la fin. Nous nous occupons nous-mêmes de toute la production et de l'organisation des soirées. Nous ne déléguons pas leur gestion à d'autres personnes. Il m'arrive même de m'occuper du son ou des lumières pendant les soirées. J'adore ce que je fais. Pouvoir exercer un métier que l'on aime vraiment, c'est un cadeau extraordinaire.


Si des jeunes nous écoutent et souhaitent travailler dans le secteur musical, que leur conseilleriez-vous ? Et avec l'arrivée de l'intelligence artificielle, pensez-vous que ce secteur va changer ?


Ce qui est formidable avec le spectacle vivant, c'est que l'intelligence artificielle ne pourra jamais remplacer cette expérience. C'est ce dont je suis profondément convaincu. Nous réunissons des gens dans une même pièce, dans un même espace. Il se crée une énergie particulière, quelque chose que l'on ressent physiquement. Aujourd'hui, je n'arrive pas à imaginer qu'une intelligence artificielle puisse reproduire cette sensation que l'on éprouve lorsque des personnes se retrouvent pour écouter de la musique ou danser ensemble. C'est cela qui est essentiel. Alors, aux jeunes qui veulent se lancer, je dirais : suivez votre passion, essayez, lancez-vous et surtout, n'abandonnez pas. Cela peut paraître un peu simpliste, mais si vous avez un rêve, poursuivez-le ! Bien sûr, les choses sont beaucoup plus compliquées aujourd'hui. C'est moins facile qu'à mon époque. Mais si vous sentez au fond de vous que vous avez vraiment envie de faire quelque chose, alors essayez. Il existe toujours une manière d'y parvenir. Et même si vous ne rencontrez pas le succès immédiatement, surtout, ne baissez pas les bras. Recommencez, essayez encore. Tout évolue extrêmement vite. Mais si vous aimez profondément ce que vous faites et que vous le faites bien, vous finirez par trouver votre bonheur.


Si vous pouviez choisir un alter ego, dans un univers parallèle, et exercer un autre métier, le feriez-vous ?


Non ! Après 33 ans dans ce métier, je suis toujours aussi heureux. Je suis vraiment reconnaissant de pouvoir continuer à faire ce que je fais. Je crois que c'est le plus grand luxe que l'on puisse s'offrir.


Une dernière question, qui n'a rien à voir avec la précédente. Avez-vous déjà entendu parler d'intersectionnalité ?


Oui.


Pouvez-vous nous expliquer ce que c'est ?


Non.



 
 
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