Remettre le travail au coeur des débats de la campagne présidentielle
- Jean-Luc Wertenschlag
- il y a 1 jour
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Le travail reste un objet difficile à appréhender pour le politique, à la différence des sujets régaliens ou sanitaires par exemple. Les lois de la République définissent les grandes lignes qui encadrent le travail: le temps qu’on peut y consacrer, le nombre d’années qu’on y dédie, les droits à la formation ou les règles de santé et de sécurité. Mais le législateur peine à traiter de l’essence même du travail: le sens qu’on y trouve, sa qualité et ses conditions, le bien-être qu’on y éprouve ou non, la manière dont on évolue dans sa carrière.

Une bataille politique qui ne dit pas son nom s’est livrée ces derniers mois dans le pays. On pourrait classiquement la résumer à une bataille entre la droite et la gauche, mais je la résumerais davantage en la qualifiant de joute entre productivistes d’un côté et tenants de la qualité du travail de l’autre.
Les premiers trouvent leurs champions dans les rangs des derniers gouvernements minoritaires d’un macronisme crépusculaire. Parmi leurs faits d’armes, des projets de réduction des droits à l’assurance-chômage, de durcissement des règles d’indemnisation des arrêts maladie, de suppression d’un jour férié... Derrière cette doctrine se cache un présupposé - disons-le un préjugé - qui veut que les français sont des fainéants qui ne travaillent pas assez et doivent recevoir un coup de pied aux fesses politique pour se remettre au boulot, voire travailler plus.
Face à ce camp, il faut remobiliser la gauche. Celle des idées, celle des assemblées, celle du terrain. Il faut réorganiser une gauche qui connait et qui parle du travail réellement vécu par les français, au-delà du seul facteur de production et de richesse nationale fantasmé par la droite. La productivité du travail est certes un élément clé, que la gauche ne peut mépriser, car elle conditionne notamment le financement et la soutenabilité de notre modèle de protection sociale. Mais le débat doit interroger les vrais raisons qui se cachent derrière le ralentissement constaté de la progression de la productivité du travail. Et la gauche doit répondre par la qualité du travail, par la possibilité de bien faire son travail, d’y être respecté et d’avoir son mot à dire. Il ne faut pas travailler plus, il faut travailler mieux.
Cette volonté politique ne se paie pas de mots et n’est pas que théorique. Elle peut s’appuyer sur les nombreuses remontées de terrain, sur les alertes des organisations syndicales, sur les chiffres catastrophiques de la France en matière de mortalité du travail, ou sur les nombreux travaux de chercheurs et d’économistes à commencer par ceux dirigés récemment par Christine Erhel et Bruno Palier.
Contrairement aux idées reçues, la majorité des français aiment leur travail, mais disent aussi que celui-ci peut abîmer ou exclure durablement quand on en a pas…
Contre-modèle français du management (qui fait souffrir manager et managés), organisation rigide du travail, manque de démocratie au travail, dialogue social en berne, rémunérations insuffisantes: les sujets ne manquent pas pour trouver les causes de la soi-disant “crise du travail”.
La gauche doit faire en sorte que la campagne présidentielle à venir se déroule sur des terrains sur lesquels elle a - ou doit avoir - l'avantage. Le travail en fait partie.
Thiébaut Weber
Secrétaire national au Travail du Parti Socialiste



