Benoît André : « Je veux que La Filature soit en prise avec le quotidien »
- Jean-Luc Wertenschlag
- 7 juin
- 13 min de lecture
À l'occasion du week-end des pratiques urbaines les 30 et 31 mai 2026 à La Filature, rencontre avec Benoît André, directeur de la Scène nationale de Mulhouse. Au cours de cet entretien, il revient sur la place des pratiques urbaines dans un établissement culturel, les enjeux de démocratisation culturelle, le renouvellement des publics, les relations entre culture et territoire, ainsi que les défis du financement des grandes institutions culturelles. Il évoque également son parcours personnel, les métiers de la culture, les coopérations internationales, et dévoile quelques temps forts à venir. Une conversation sans détour sur la place de la culture dans la cité, entre ambitions artistiques, ouverture à de nouveaux publics et ancrage dans la réalité mulhousienne.

Entretien réalisé par Jean-Luc Wertenschlag et Julia Hallberg le 30 mai 2026 pour Radio WNE, Radio Quetsch, l'Alterpresse 68 et tous les médias intéressés. Transcription d'une interview audio à écouter en podcast (25 minutes).
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cliquez sur les liens pour accéder aux podcasts : L'art du graffiti avec Louis Bottero • Sylvain Rochemont (Totality Street) figure du skate mulhousien depuis le siècle dernier • Mattéo Laroche (Les Jeunes Tracers) réalisateur du film Send It • Stéphane Ruch, responsable de l’action culturelle et de l’animation globale au centre social et culturel Le Boat • Antoine Hoffmann, artiste et chercheur, après la table ronde Architecture et langage urbain, Réhabiter la ville en poète. • Aline Boas, skateboarder belge dans le spectacle Skatepark (en anglais) • Bodies in urban spaces avec Ian Dolan artiste et chercheur & Audrey Dreyer, performer (en anglais)
[Jean-Luc Wertenschlag] Aujourd'hui se déroule le week-end des pratiques urbaines. Les pratiques urbaines, personne ne sait vraiment ce que c'est. Promener son chien en ville, est-ce une pratique urbaine ? Qu'entend-on exactement par là ? Et pourquoi une scène nationale s'intéresse-t-elle à ces pratiques ?
Benoît André
La vraie question est peut-être de savoir si c'est uniquement du sport. C'est une question qu'on m'a beaucoup posée en 2024, au moment des Jeux olympiques, lorsque le breakdance est devenu discipline olympique. Est-ce de l'art ? Est-ce de la danse ? Est-ce du sport ? Pour moi, une scène nationale, un théâtre, ne fait que refléter, et parfois transformer, notre regard sur la vie, sur le réel, sur le quotidien. Un théâtre ne vit que grâce à ses spectateurs, grâce à celles et ceux qui le fréquentent. Il est donc profondément lié à son territoire. Je considère qu'il est important que la programmation ouvre des portes et crée des passerelles avec le réel. On sait que beaucoup de Français ne fréquentent pas les salles de spectacle. Pourtant, ce sont des lieux extraordinaires où l'on vit des émotions uniques. Regarder un spectacle à la télévision, même sur grand écran, n'a pas la même force que d'être face aux artistes et de ressentir leur énergie.

L'une de mes missions consiste à convaincre que le théâtre est un lieu du commun, l'un des rares endroits où l'on peut se retrouver quels que soient son origine sociale, son parcours ou son lieu de vie.
Bien sûr, la question des moyens existe. Mais les tarifs des théâtres ne sont pas forcément plus élevés que ceux de certains réseaux de diffusion de musiques actuelles. Pour revenir aux pratiques urbaines, j'y vois toutes les activités qui génèrent un mode de vie, une énergie, parfois une manière de s'habiller, une façon d'habiter la ville, des musiques, des rythmes. Tout cela relève aussi de la création artistique. Le rythme est présent dans la danse, dans la musique, mais aussi dans le théâtre. Les pratiques qui naissent dans la rue sont souvent des pratiques de liberté, d'appropriation de l'espace urbain. Elles interrogent notre manière de vivre la ville et de l'utiliser. Les artistes ne s'y trompent pas. Depuis les années 1980, la culture hip-hop a progressivement investi les scènes. Les danseurs de break, les artistes issus de ces mouvements urbains occupent désormais les plateaux. Je trouve donc essentiel que La Filature reflète aussi le monde contemporain, ce qui se passe aujourd'hui dans nos villes. Nos façons de nous déplacer évoluent. Les questions écologiques nous amènent à repenser notre rapport à la voiture, à la mobilité.
Le roller, le skateboard, le BMX, le parkour : toutes ces pratiques traversent la société actuelle. Je veux que La Filature soit en prise avec le quotidien, avec les citoyens, avec les Mulhousiens d'aujourd'hui, et qu'elle interroge leur rapport à la ville à travers le regard des artistes.
C'est aussi une manière de rajeunir le public de La Filature. Ce week-end des pratiques urbaines, les 30 et 31 mai 2026, attire beaucoup de jeunes. Pas tous sportifs, mais beaucoup d'entre eux le sont. Les études sur le public de la scène nationale, l'opéra et l'orchestre montrent que l'âge moyen du public est de 58 ans. La moitié des spectateurs sont retraités et 83 % sont diplômés de l'enseignement supérieur. La démocratisation culturelle, la culture pour toutes et tous, que les ministres de la Culture défendent depuis plusieurs décennies, est-elle encore atteignable ? Peut-on réellement y parvenir ? Faut-il passer par le skate, le roller, le BMX ou le parkour pour toucher de nouveaux publics ?
Je pense avant tout qu'il ne faut pas être déconnecté du réel. C'est essentiel. Et il faut continuer à y croire. Beaucoup parlent aujourd'hui de l'échec de la démocratisation culturelle. Certes, les difficultés existent. Mais moi, j'y crois encore et je continue à me battre pour cela. Concernant les chiffres que vous citez, il faut apporter une précision importante. L'enquête dont il est question n'a pas pris en compte les moins de 28 ans qui fréquentent La Filature dans le cadre scolaire ou associatif. Le profil du public est donc un peu plus jeune que ce que les statistiques laissent apparaître. La Filature mène déjà un travail conséquent avec l'Éducation nationale, les établissements scolaires et le tissu associatif afin d'amener les jeunes vers les spectacles. La difficulté se situe souvent au moment où l'on passe de la pratique collective, organisée par un enseignant ou un groupe, à une pratique individuelle. Il faut donner à ces jeunes des raisons de revenir par eux-mêmes. Les pratiques urbaines, les Nuits de l'Étrange, la programmation d'artistes comme Kery James ou encore les spectacles de la compagnie MazelFreten sont autant de signaux adressés à ces publics. Ce sont avant tout des propositions artistiques exigeantes. Je ne renoncerai jamais à cette exigence. Mais elles montrent aussi que La Filature n'est pas réservée à un public érudit ou spécialiste. La danse, la musique, le spectacle vivant peuvent être profondément généreux. Je conçois ma programmation comme une invitation, pas comme quelque chose qui obligerait à lire trois livres avant d'entrer dans la salle.
Pour poursuivre sur un sujet plus délicat, nous sortons des élections municipales de mars 2026. À cette occasion, on a rappelé que la Ville de Mulhouse est l'un des principaux financeurs de La Filature, alors que m2A (Mulhouse Alsace Agglomération) contribue peu, voire pas du tout, à son fonctionnement. Pourtant, environ un quart du public vient de l'agglo hors Mulhouse. En quelque sorte, la ville-centre finance une offre culturelle dont profitent largement les habitants des communes voisines. Les Mulhousiens paient d'ailleurs le même tarif que les spectateurs venant de Brunstatt-Didenheim ou de Berrwiller. N'y a-t-il pas là une forme d'injustice ? Ne faudrait-il pas imaginer la gratuité pour les Mulhousiens ?
La tentation existe, mais les systèmes tarifaires complexes ont souvent leurs limites. Déjà, consulter la brochure, choisir un spectacle, réserver une place, tout cela représente un parcours qui n'est pas forcément évident pour tout le monde. Ajouter ensuite plusieurs niveaux de tarification selon le lieu de résidence peut rendre les choses encore plus compliquées. La gratuité, en revanche, est simple à comprendre. Mais la gratuité ne fonctionne pas forcément dans le spectacle vivant. C'est un constat que l'on fait régulièrement. Lorsqu'un spectacle est gratuit, il n'est pas automatiquement rempli.
La gratuité ne fonctionne pas forcément dans le spectacle vivant
La Fête de la musique est pourtant un succès depuis quarante-cinq ans et tout y est gratuit.
Le sujet mériterait un débat à lui seul. Mais l'expérience montre que la gratuité n'atteint pas toujours les objectifs qu'on lui assigne. Concernant les collectivités locales, elles sont toutes confrontées à des contraintes financières et à des arbitrages difficiles. Je regrette effectivement que m2A ne participe pas davantage au fonctionnement de La Filature. Elle pourrait le faire. Mais cela relève des choix des élus.
Pour ma part, je crois beaucoup au travail collectif. Lorsque je suis arrivé en Alsace, j'ai découvert cette culture de l'intelligence collective qui a largement contribué à faire de La Filature ce qu'elle est aujourd'hui. Il faut rappeler que La Filature est un équipement culturel exceptionnel, quasiment unique en France par son modèle de mutualisation. Plusieurs structures y cohabitent et travaillent ensemble. Cette coopération explique en grande partie sa réussite depuis plus de trente ans. C'est un outil remarquable au service des habitants d'Alsace.
Plus on est nombreux à financer, mieux c'est !
Exactement. Plus on a de partenaires, mieux c'est. Si m2A souhaite contribuer davantage demain, ce sera évidemment bienvenu, d'autant plus dans une période où les financements de la culture sont sous tension.
[Julia Hallberg] Je m'intéresse à votre parcours. Comment êtes-vous arrivé à la direction de La Filature ?
Le début de mon parcours explique peut-être aussi mon intérêt pour les pratiques sportives dont nous parlions tout à l'heure. Je n'étais absolument pas destiné à travailler dans le secteur culturel. Ma grande passion, adolescent, c'était l'équitation, et plus particulièrement la voltige équestre de compétition. Je me destinais à devenir vétérinaire spécialisé dans le monde du cheval. J'ai donc intégré une classe préparatoire vétérinaire. Mais cela s'est soldé par un échec assez spectaculaire. Pendant cette période, pour financer mes vacances, j'ai accepté un jour un travail de figurant à l'Opéra de Lyon, dans une production de Verdi présentée au Théâtre antique de Fourvière. Et là, j'ai eu un véritable déclic. Je me suis retrouvé au milieu d'un orchestre de quatre-vingts musiciens, d'un chœur de quatre-vingts chanteurs, de danseurs, de techniciens... C'était une expérience extraordinaire. Je me suis dit : « Voilà peut-être un univers dans lequel je pourrais moi aussi m'épanouir. » J'ai alors entrepris des études de communication avec l'objectif de rejoindre le secteur culturel. J'ai eu la chance d'effectuer des stages dans plusieurs institutions lyonnaises. Lyon est une ville extrêmement riche sur le plan culturel, avec de grandes structures comme la Maison de la Danse, l'Opéra ou les Nuits de Fourvière. Petit à petit, j'ai construit mon parcours jusqu'à arriver à La Filature.
Je me destinais à devenir vétérinaire spécialisé dans le monde du cheval.
Et pour les jeunes qui souhaiteraient travailler dans la culture, quels conseils donneriez-vous ?
Je fais sans doute partie d'une génération pour laquelle il n'existait pas encore de voie toute tracée. Aujourd'hui, les choses ont changé. Il existe des formations spécialisées dans la gestion culturelle, la médiation, la production de spectacles ou encore l'administration de projets culturels. La première question à se poser est : qu'a-t-on envie de faire exactement ? Les métiers sont extrêmement variés. On pense souvent aux artistes ou aux programmateurs, mais un théâtre est aussi une machine complexe : lumière, son, vidéo, décors, régie... Les métiers techniques sont passionnants. Il y a également les métiers de la médiation culturelle, de la relation avec les publics, de la communication ou de la production. Bien sûr, beaucoup rêvent de programmer des spectacles. C'est effectivement l'un des privilèges du métier de directeur. Mais accompagner les artistes, organiser leur venue, permettre la rencontre avec le public, c'est tout aussi passionnant. Travailler dans la culture, c'est contribuer à faire circuler des idées, des émotions et des visions du monde. Les métiers sont nombreux, même si les places restent relativement limitées.

Parlons maintenant de Let's Move, le spectacle de Sylvain Groud et du Ballet du Nord, présenté le 3 juin prochain à La Filature. Il s'agit d'une création participative et inclusive autour de l'univers de la comédie musicale. Un mot sur ce rendez-vous ?
Sylvain Groud est un habitué de la maison. C'est un artiste avec lequel nous avons beaucoup de plaisir à travailler. Certains se souviennent peut-être de Music for Wild Beasts, un projet participatif présenté il y a quelques années avec une centaine d'amateurs. Avec Let's Move, nous retrouvons cette dimension collective. Plus d'une centaine de participants amateurs ont pris part à l'aventure. Le spectacle rend hommage à l'univers de la comédie musicale. Tous ceux qui aiment West Side Story, La La Land, Roméo et Juliette ou encore les grandes productions musicales y trouveront leur compte. Venez vous amuser avec nous. Rassurez-vous, personne ne vous demandera de monter sur scène pour danser ou chanter. Les participants s'en chargeront ! Ce sera une soirée joyeuse, festive, portée par des musiciens professionnels et de nombreux amateurs.
Jetons un œil à la saison 2026-2027 de La Filature, bientôt dévoilée au public. À quoi ressemblera-t-elle ? Les Mulhousiens, y compris ceux qui ne fréquentent pas habituellement les théâtres, pourront-ils s'y retrouver ?
Avant de parler de la saison prochaine, je rappelle que nous proposons toute une gamme de tarifs adaptés à différents publics. Le prix affiché pour un spectacle en grande salle tourne autour de 30 euros, mais le prix moyen réellement payé est d'environ 15 euros. Nous avons également un dispositif auquel je tiens beaucoup : le billet solidaire. Grâce à la générosité de spectateurs et d'entreprises mécènes, nous pouvons prendre en charge le coût d'une place pour des personnes rencontrant de réelles difficultés financières. Il existe donc toujours des solutions pour venir découvrir un spectacle à La Filature.
Les centres socioculturels jouent également un rôle important dans cet accompagnement.
Quant à la saison prochaine, je suis particulièrement heureux de son équilibre. J'espère que chacun pourra y trouver son bonheur, qu'il s'agisse de quelqu'un qui met les pieds dans un théâtre pour la première fois ou d'un spectateur fidèle qui fréquente régulièrement les salles. Nous accueillerons notamment une nouvelle création inspirée du personnage de Carmen, avec Camélia Jordana, mise en scène par Daniel San Pedro. Nous poursuivrons aussi notre soutien à la création. La Filature continuera d'accueillir des artistes en résidence afin qu'ils puissent préparer leurs nouveaux spectacles.
Les Nuits de l'Étrange seront de retour, toujours en partenariat avec de nombreux acteurs mulhousiens. Depuis deux ans, nous avons élargi le cercle des partenaires : le cimetière de Mulhouse, Motoco, le Théâtre de la Sinne et plusieurs autres lieux participent désormais à l'aventure.
On ne visite pas assez souvent le cimetière de Mulhouse. C'est une bonne idée de l'intégrer à la programmation !
Ils ont de très belles propositions pour faire découvrir ce lieu autrement, de manière parfois poétique, parfois inquiétante, parfois simplement surprenante. Les Nuits de l'Étrange reviendront donc. Nous organiserons également une deuxième édition du week-end des pratiques urbaines, en collaboration avec le NL Contest, grand rendez-vous strasbourgeois des cultures urbaines. La Quinzaine de la danse sera également au programme, en partenariat avec l'Espace 110 et le Ballet de l'Opéra national du Rhin. Je vais même dévoiler un petit secret avant l'annonce officielle : nous accueillerons la danseuse de flamenco Rocío Molina. C'est une artiste exceptionnelle, qui bouscule les codes du flamenco et réinvente complètement cette tradition. J'aime beaucoup cette liberté. Nous recevrons aussi Pascal Rambert avec Les Conséquences, un spectacle réunissant une importante distribution, dont Jacques Weber, immense figure du théâtre français. Nous proposerons également plusieurs ciné-concerts. L'un d'eux prendra la forme d'un spectacle plus intimiste avec la participation de Blanche Gardin au casting du film présenté. Et puis, au printemps, un grand ciné-concert avec l'Orchestre national de Mulhouse autour d'une célèbre comédie musicale. Je peux déjà vous donner quelques indices : il est question de cheminées, d'une cuillère de sucre... et d'un mot extraordinairement long que tout le monde connaît.
Je crois que le suspense ne va pas durer longtemps...
Vous avez trouvé ? Allez, je le révèle : ce sera Mary Poppins en ciné-concert. Et puis il y a aussi une nouveauté très attendue : le restaurant de La Filature. Cela fait des décennies qu'on en parle. Aujourd'hui il est là, avec sa terrasse qui ne désemplit pas. On y voit des familles, des jeunes, des sportifs. C'est une image assez nouvelle de La Filature.
[Julia Hallberg] J'aimerais revenir sur un autre sujet : les relations internationales. Nous sommes à proximité immédiate de l'Allemagne et de la Suisse. Quelle place occupe la coopération transfrontalière dans le projet de La Filature ?
C'est un sujet auquel nous n'accordons probablement jamais assez de temps. Le contexte actuel nous oblige souvent à concentrer notre énergie sur les enjeux économiques et la préservation de nos structures culturelles. Mais les coopérations existent. Nous entretenons notamment des relations avec des établissements de formation franco-suisses.
Nous collaborons également ponctuellement avec les théâtres de Bâle et de Fribourg-en-Brisgau.
Par exemple, le projet participatif Music for Wild Beasts a été présenté à Mulhouse, mais aussi à Bâle et à Fribourg. Nous sommes voisins, mais nous pourrions certainement développer davantage de projets communs. L'international est aussi présent à travers les artistes que nous accueillons. Chaque saison, nous coproduisons et présentons des créations venues d'Europe, d'Amérique du Nord ou d'Amérique latine. Cette diversité fait partie intégrante de l'identité de La Filature.
À propos du transfrontalier, les Allemands et les Suisses existent-ils réellement dans le public de La Filature ?
Oui, bien sûr. Même si nous aimerions les voir encore plus nombreux. En réalité, cela dépend beaucoup des spectacles. Lorsque nous avons accueilli Laurie Anderson, par exemple, près d'un tiers du public venait d'Allemagne ou de Suisse. L'opéra attire également une part importante de spectateurs transfrontaliers. Je pense que cela s'explique en partie par le fait que les productions françaises sont souvent très inventives et que les tarifs restent beaucoup plus accessibles qu'en Suisse. Mais il faut être clair : les spectateurs allemands et suisses ne constituent pas la majorité de notre public.
En consultant l'étude sur les publics de La Filature, j'ai découvert avec surprise que près de 80% des spectateurs viennent en voiture. Dans une ville équipée d'un réseau de tramway, de bus et située au cœur d'un bassin ferroviaire, ce chiffre peut sembler étonnant. Est-ce préoccupant ?
Je pense que cela s'explique largement par l'origine géographique du public. Comme vous l'avez rappelé, de nombreux spectateurs viennent de l'ensemble de l'agglomération, voire au-delà. Pour certains, les transports en commun ne permettent pas un retour simple après les représentations. Mais nous encourageons fortement les mobilités douces. La Filature dispose de nombreux stationnements pour vélos. Le tramway s'arrête à proximité immédiate. Il existe plusieurs solutions alternatives à la voiture. Et puis, entre nous, notre parking est de toute façon trop petit pour accueillir tout le monde !
C'est vrai qu'après certains spectacles, rentrer en train jusqu'à Altkirch relève parfois de l'aventure... Pour terminer, j'aimerais évoquer un souvenir un peu particulier. Le vendredi 13 septembre 1991, avant même l'inauguration officielle de La Filature, la fédération Hiéro, future gestionnaire du Noumatrouff, qui n'avait pas encore de salle dédiée, a organisé un concert sauvage dans les sous-sols du bâtiment alors en chantier. Le groupe parisien Les Casse-Pieds y jouait ce soir-là.
Dans les sous-sols mêmes de La Filature ?
Oui. Il y avait des punks, des cracheurs de feu, une ambiance totalement improbable... Il y a eu un blessé léger ce soir-là, notre ami Christophe Schwob. Malheureusement, il ne reste quasiment aucune trace de cet événement. Pas de photos, pas de vidéos connues. J'en profite donc pour lancer un appel à témoins. Si des auditeurs de Radio Quetsch ou de Radio WNE étaient présents ce soir-là et possèdent des souvenirs, des images ou des documents, qu'ils n'hésitent pas à nous contacter.
J'adore cette anecdote. Je suis même très heureux de l'entendre.
La Filature est l'héritière d'une longue histoire culturelle mulhousienne.
Elle est née dans le prolongement de l'esprit de la Maison de la Culture, avec cette idée de rendre la création accessible à tous. J'aime beaucoup imaginer que, pendant sa construction, le monde culturel mulhousien ait déjà investi ses sous-sols avant même son inauguration officielle. C'est un joli clin d'œil à l'histoire du lieu.

Pour conclure, nous allons écouter un extrait de Kaptain Bando, programmé dans le cadre du Printemps du Tango le 6 juin prochain. Quelques mots pour présenter ce groupe ?
Kaptain Bando propose une rencontre originale entre le tango argentin et les musiques actuelles. Le groupe fait dialoguer les sonorités traditionnelles du tango avec des influences rock et contemporaines. C'est un projet très vivant, qui montre que le tango continue d'évoluer et de se réinventer.
Un beau mélange à découvrir le 6 juin prochain à La Filature dans le cadre du Printemps du Tango. Et pour connaître l'ensemble de la saison 2026-2027 ?
Rendez-vous samedi 13 juin à 18h pour la présentation publique de la nouvelle saison.
Merci beaucoup, Benoît André.
Merci à vous.







