Nadia Azoug, militante et élue écolo en Seine Saint Denis
- Jean-Luc Wertenschlag
- 23 août
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 août
Lors des journées des écologistes (JDE) à Strasbourg du 21 au 23 août 2025, Nadia Azoug, vice-présidente du conseil départemental de Seine Saint Denis, était à l'initiative d'un atelier "Quel ancrage pour les écologistes dans les quartiers ?" présenté comme suit.
Les quartiers populaires ne sont pas des déserts politiques. Ses habitant-e-s ne sont pas non plus une réserve de voix de secours face au Rassemblement National. Depuis des décennies des acteurs/trices des quartiers luttent, se mobilisent, portent des projets. Créer, raviver et poursuivre des dialogues politiques avec les acteurs/trices des quartiers puis multiplier les concertations citoyennes serait notre boussole. Oui, mais comment ? Alors, ce questionnement double s’opère : « Qu’est-ce que les quartiers apporteraient à l’écologie - Qu’est-ce que l’écologie apporterait aux quartiers ? ».
Partons à sa rencontre, avec la transcription à lire ci-dessous d'une interview audio à écouter en podcast. Les podcasts JDE ont été réalisés par Fatma Jrad, Lévi Giner et Jean-Luc Wertenschlag, pour Radio Quetsch, Nefzawa Link, Radio WNE et L'Alterpresse 68. Toutes nos productions sont à libre disposition des médias intéressés, sous licence Creative Commons CC Zero (licence libre non copyleft - auteur Radio WNE).
Voir notre article avec les liens vers tous les podcasts et toutes les interviews JDE 2025 :

Nous sommes le 23 août 2025 aux journées écolo à Strasbourg. On ne pense pas à la Seine-Saint-Denis, pourtant elle est là, avec un atelier, une rencontre "Quel ancrage pour les écologistes dans les quartiers". Mais qui es-tu ?
Je m'appelle Nadia Azoug, je suis militante écolo, donc chez les écologistes. En même temps, je suis vice-présidente au département de la Seine-Saint-Denis sur les questions d'enfance, prévention et parentalité.
Quand on parle de politique dans les quartiers populaires, on colle des acronymes qui changent tous les dix ans pour être sûr que personne ne comprenne entre DSQ, DSU, QPV, etc. J'ai l'impression que ça fait 50 ans qu'on en parle, qu'on dit qu'il faudrait qu'il se passe quelque chose et que ça fait trop longtemps que non, à part éventuellement la création de la politique de la ville suite aux émeutes à Vaulx-en-Velin en 1990. C'est quoi la politique dans les quartiers populaires ? Est-ce qu'elle a sa place ?
Ce que j'entends, c'est que quand il est dit la politique, si c'est la politique des partis politiques, ces 30, 40, 50 dernières années, ça a été une accumulation de mille feuilles, de dispositifs de politique, politique de la ville ou autre, ou de lois hyper sécuritaires, donc liberticides, ou de relégations qui font qu'on a traité les quartiers comme si les quartiers étaient une personne malade, où il y avait des maux. Et souvent, on a considéré que les quartiers étaient un désert politique. Ce n'est pas vrai. Si le politique, c'est s'occuper des affaires de la cité, il y a plein d'acteurs dans les quartiers qui s'occupent du politique.
Il y a plein de militants qui s'occupent du politique. Par contre, ils ne sont pas forcément encartés. Mais quand existe une association X, un collectif en bas d'immeuble, des parents d'élèves ou une autre initiative, on voit des personnes organisées dans les quartiers. Donc, en fait, la question, la différence, c'est : est-ce qu'on va les écouter ? Quand ils s'agitent, quand ils s'organisent grâce à ce qu'on va appeler l'éducation populaire, on les entend ?

Prendre soin des autres, mettre en place des actions par, pour, avec le peuple et en direction du peuple, est-ce qu'on va s'intéresser à ces personnes ? Surtout pas, parce qu'on va croire que c'est subversif. Ça va plutôt embêter les politiciens et les formations politiques qui sont, j'ai envie de dire, classiques. Et souvent, il y a des trucs qui sont hyper faciles. Quand les organisations sont faites par une association, c'est un coup, je te subventionne, un coup, j'arrête de te subventionner. De plus, ces 30 dernières années, à l'échelle nationale, on a carrément cassé tout le système de subvention des associations. Avec aussi les lois de décentralisation, les strates des départements, etc. Mais je ne peux pas laisser dire que dans les quartiers, il ne se passe rien. On l'a vu encore plus pendant la période du Covid, les quartiers ont été solidaires. C'est tous les mouvements, toutes les solidarités actives, ne serait-ce que les réseaux de bouffe, pour aller trouver de la nourriture ou autre, à Clichy-sous-Bois, par exemple, les chaînes de solidarité ont été réelles. J'habite Pantin, on n'était pas tout à fait encore élus, puisqu'il y a eu un gel de l'élection municipale pendant le Covid. Il n'y avait plus de marchés alimentaires. Donc, on s'est vite organisé grâce aux AMAP, qui ne pouvaient plus livrer, avec des paysans, des agriculteurs en Seine-et-Marne, dans les départements voisins ou en région Île-de-France. Et les départements voisins, qui sont des terres agricoles, nous ont permis, avec des agriculteurs, de mettre en place des paniers de légumes toutes les semaines. Et sans créer, entre guillemets, des chaînes de "hordes de sauvages". Donc on a structuré ça avec la ville, d'une manière hyper organisée. On a fait des masques en tissu. Une fois que l'agriculteur était là, on s'est démerdé et on a fait de la vente, un peu comme avant. "Tiens, dis à tes voisins qu'il y a un panier de légumes, attends, les prix restaient accessibles". On a même livré des paniers dans des centres sociaux, on a créé des cagnottes solidaires pour qu'il y ait du bio dans les quartiers pendant le confinement. Et grâce à des habitants, on a pu s'organiser entre nous. On n'a pas voulu laisser crever, j'ai envie de dire, les agriculteurs, on ne voulait surtout pas que leur récolte soit broyée. On s'est dit, on a besoin de manger, eux, ils ont besoin de vendre, ils ont besoin d'un revenu, donc on a convergé comme ça. Bon, je raconte ça rapidement. Mais ça a été pareil pour la vaccination. On a organisé des gymnases, des bénévoles étaient là. Donc, dans les quartiers, il y a des actions. Par contre, les politiques publiques ne suivent pas. Ça, c'est autre chose.
L'abstention est énorme en France, encore plus dans les quartiers. Par contre, LFI, la France insoumise, s'est lancée à l'assaut des quartiers populaires. Ce que j'ai découvert aujourd'hui, c'est qu'en Seine-Saint-Denis, où il y a un fort vote de gauche, en fait, LFI a envoyé des Parisiens se faire élire en banlieue et que seuls les suppléants étaient noirs et arabes. Ce n'est pas désespérant de faire de la politique dans les quartiers populaires quand on voit ça ?
Ça pourrait être désespérant, mais on est toujours là. On n'est pas dupes quand en 2017, première élection présidentielle Macron - Le Pen avec la législative qui suit. Qui arrive en Seine-Saint-Denis ? Toutes les têtes de la LFI, Éric Coquerel, Quentin Lachaud, les derniers qui ont été virés de la LFI, je n'ai pas tous les noms en tête. Mais on a une responsabilité aussi, parce que les formations classiques n'ont pas mis des personnes issues de l'immigration dans les candidats, alors qu'ils avaient des représentants qui étaient éligibles, qui pouvaient être élus. Les responsabilités sont de partout. Après, on va dire, l'élite citoyenne vient nous embêter. Mais non, l'élite citoyenne est en réaction aussi par rapport aux manœuvres politiciennes. Et ça, en effet, il faut que ça cesse. Même si elles perdurent depuis 40 ans. Mais on est plusieurs à ne pas être épuisées et à ne pas vouloir laisser faire. Donc, on continue et on continuera à être en résistance par rapport à ces pratiques.
Qu'est-ce qu'on peut dire aux jeunes qui sont motivés, non pas forcément par la politique, mais qui ont envie de bouger dans leur quartier ? Que leur expliquer ? D'adhérer aux Verts, aux communistes, aux insoumis ? Qu'est-ce qu'on dit à ces jeunes qui veulent bouger, mais qui peuvent avoir peur des partis politiques, comme à peu près tous les Français et les Françaises ?
Déjà, on se trompe sur le regard qu'on peut avoir sur la jeunesse. Quand on dit la jeunesse, elle n'est pas engagée, elle ne s'engage pas. Les manifestants pour le climat, ils étaient jeunes ! Ils étaient hyper jeunes, conscients des enjeux qu'ils vivent tous les jours. Aujourd'hui, ceux qui ne mangent pas tous les jours dans les universités, c'est la jeunesse. Ceux qui ont des difficultés dans les quartiers, c'est la jeunesse. Par contre, il y a une méfiance des partis politiques et des institutions d'une manière générale. Les jeunes ne vont pas forcément dans les services de jeunesse, ils ne vont pas forcément se constituer en association, mais ils savent s'organiser. Ce qui est intéressant ! Et je pense qu'il faut que les jeunes continuent à s'engager, mais comme ils le souhaitent. Et qu'après, entre guillemets, "ils viennent renifler un peu les partis". Quel parti intéresserait plus qu'un autre ? Et puis qu'ils fassent leur propre expérience. Et si un jeune se casse la gueule dans une formation politique, il faut se relever et il ne faut pas lâcher. Il faut essayer, en gros. Et en plus, dans cette société de la consommation, j'ai envie de dire aux jeunes, venez comme les abeilles, venez butiner, venez goûter les différentes formations politiques jusqu'au jour où vous allez trouver la bonne colonie d'abeilles, avec laquelle vous allez butiner et vous allez vous sentir respecté. Vous aurez une place, ça me paraît essentiel, vous pourrez co-construire et porter un projet qui sera le meilleur pour vous. Je ne suis pas là pour dire venez chez les verts, venez chez les écolos. Je suis plutôt à dire mais allez-y, foncez, comme dirait l'autre, engagez-vous. Je crois que c'est dans "Astérix et Obélix", où ils disaient engagez-vous, engagez-vous. Je suis plutôt là pour dire ça. Les mouvements de jeunesse, aujourd'hui, l'éducation populaire, c'est marrant, ils sont tenus par des vieux. Même les mouvements de jeunesse. C'est des cheveux blancs qui sont dans les mouvements de jeunesse. Il y a un vrai sujet sur les mouvements d'éduc-pop. Comment toutes les organisations laissent la place à la jeunesse ? C'est hyper important. Et comment nous, adultes, on transmet ? Pas en disant « Viens, je vais te former, je vais t'apprendre ». Non, comment nous, on a à dire « Tiens, toi, tu ferais ça comment ? » Et on fait ensemble, on se plante ensemble, on réussit ensemble, on construit ensemble.
Oui, c'est terrible, tous ces vieux partout qui gardent le pouvoir, mais ça n'a rien de neuf. Quel est le prochain combat, la prochaine lutte à mener, sur quoi on peut se mobiliser ?
Il y a longtemps, je disais "La jeunesse emmerde le Front National". Aujourd'hui j'ai envie de dire "La jeunesse, la vieillesse et tout le monde, emmerdons le RN ! "
Je crois que le sujet est là. Il faut qu'on s'organise collectivement. Et je pense que les appareils politiques doivent prendre conscience que ceux qui s'en prennent plein la gueule, ce ne sont pas les nantis. Je viens des quartiers, même si je viens des mouvements, des luttes. Aujourd'hui, je me considère comme étant une nantie, mais je n'ai pas d'oublier d'où je viens, et je n'oublierai jamais où je souhaite aller. Il faut qu'on arrive à être sur des convergences des luttes.
Je crois fortement aux convergences des luttes, et je pense, j'espère, je souhaite que c'est le bon moment. Comme on dit en arabe, yalla, on y va. Yalla, on fait ensemble, quoi. Il faut qu'on apprenne réellement à s'écouter. Mais une écoute active. Pas "ouais, je t'écoute", et puis je te dis ce que tu vas devoir faire. Je pense qu'avant le vivre ensemble, il faut faire ensemble.
Hopla, on y va ! Merci beaucoup Nadia Azoug, militante écolo et et vice-présidente du conseil départemental de Seine-Saint-Denis.













