Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écolo à l'assemblée nationale
- Jean-Luc Wertenschlag
- 22 août 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 août 2025
Lors des journées des écologistes (JDE) à Strasbourg du 21 au 23 août 2025, la quasi totalité des élu-es écolo de France était présente. Filons à l'assemblée nationale pour demander à Cyrielle Chatelain, députée de l'Isère née à Montbéliard et présidente du groupe écologiste et social, à quoi peut servir la politique en temps de crise.
Partons à sa rencontre, avec la transcription à lire ci-dessous d'une interview audio à écouter en podcast. Voir notre article avec les liens vers tous les podcasts et toutes les interviews JDE 2025 :
Les podcasts JDE ont été réalisés par Fatma Jrad, Lévi Giner et Jean-Luc Wertenschlag, pour Radio Quetsch, Nefzawa Link, Radio WNE et L'Alterpresse 68. Toutes nos productions sont à libre disposition des médias intéressés, sous licence Creative Commons CC Zero (licence libre non copyleft - auteur Radio WNE).

Nous sommes le 23 août 2025 aux journées écologistes de Strasbourg et on a la chance de rencontrer plein de monde intéressant. Mais qui es-tu ?
Bonjour, je suis Cyrielle Chatelain, je suis députée de l'Isère et je suis présidente du groupe écologiste et social à l'Assemblée nationale.
Ça sert à quoi les écolos à l'Assemblée nationale ? C'est quoi les dernières lois que vous avez fait passer ?
La dernière loi qu'on a fait passer inscrit le consentement dans la définition du viol. C'est-à-dire que le fait d'avoir un rapport sexuel avec quelqu'un qui ne consent pas, c'est un viol.
Déjà, on a un groupe parlementaire qui a beaucoup de femmes, un groupe paritaire. Donc on voit que la question du féminisme est très importante chez nous. Et le texte qu'on avait fait passer juste avant est un texte d'interdiction des PFAS, c'est-à-dire les polluants éternels qu'on retrouve dans l'eau, dans les sols, qui sont dangereux pour la santé. Et on a réussi à faire passer un texte d'interdiction dans un certain nombre de produits, notamment le maquillage.
Si on s'arrête sur les VSS, violences sexuelles et sexistes, il semble malheureusement que seulement 1% des agressions sexuelles se terminent par une condamnation pénale. Alors même s'il y a des avancées législatives comme tu viens de le dire, la véritable condamnation des agresseurs existe peu. Qu'est-ce qu'on fait pour que ça change ?
Deux choses pour lesquelles cette loi est importante. La première chose, le fait que le consentement, c'est-à-dire le fait que le désir et la volonté, le choix de la personne qui est agressée ne soit pas au cœur de ce qu'on appelait le viol, ça alimentait vraiment la culture du viol. Donc on remet le consentement au cœur du débat. On lutte contre la culture du viol. Avant même la question pénale, il s'agit de rappeler ce qu'est un viol. C'est-à-dire de lutter contre cette idée qu'on peut imposer son désir à quelqu'un. Et la deuxième chose, c'est qu'on espère permettre plus de condamnations en modifiant cette définition.
Passons sans transition à l'écologie. Comment ne pas désespérer ? Quand on voit ce qui se passe, le sommet mondial sur le plastique, 11 jours pour aboutir à rien, les pouvoirs dans le monde entier qui sont de plus en plus à droite, de plus en plus à l'extrême droite et de moins en moins écolos, y a-t-il encore une raison d'espérer ?
Alors la période est rude, on ne va pas se le cacher, on n'a pas les plus grands défenseurs du climat dans les sphères de pouvoir, voire même, effectivement, on a un obscurantisme anti-science qui est en train de s'installer. J'ai deux filles, je ne veux pas désespérer, parce que je sais que tout ce qui a été fait d'important est venu par des luttes, par des luttes sociales, par des luttes environnementales. La question environnementale, comme la question sociale, ce n'est pas tout ou rien.
Chaque degré va compter et que même si, parfois, on perd des combats, ça ne veut pas dire qu'on ne gagnera pas le suivant.
Par exemple, la loi Duplomb, la dernière loi climato-sceptique adoptée, passée en force à l'Assemblée, elle contient le retour d'un néonicotinoïde extrêmement dangereux pour la santé. On a quand même 2 millions de citoyens qui signent une pétition. On arrive à obtenir la censure par le Conseil constitutionnel de cet élément et on va continuer pour pouvoir défaire un par un l'ensemble des articles de cette loi. Ce n'est pas simple, mais il y a des combats qu'on gagne encore, alors que pour le moment le rapport de force est très clairement en notre défaveur.
À un niveau politique plus global, comment donner envie aux jeunes de s'engager à l'heure où les partis politiques sont quasiment tous détestés, font partie des institutions auxquelles les Français et les Françaises font le moins confiance ? Comment donner envie à ceux qui se disent « ça ne sert à rien, de toute façon, quoi que je vote, les choses ne changent pas » . Qu'est-ce qu'on peut dire à un jeune qui ne s'intéresse pas à la politique ?
Si la politique ne te plaît pas, viens la changer.
J'ai envie de dire, les partis sont aussi contestés, il y a aussi peu de confiance, parce que justement, il y a peut-être aussi peu de citoyens qui s'investissent dedans. En fait, normalement, une forme d'un parti doit représenter tout le monde. Tout le monde, le terme est faible, mais investissez-vous dedans. Faites-vous élire, changez les choses de l'intérieur, parce qu'en fait, la politique a des impacts. Quand le gouvernement décide de définancer des plannings familiaux, ça a un impact. Quand le gouvernement décide de geler l'ensemble des prestations sociales, ça a des impacts concrets. Et en fait, ce n'est pas vrai que la politique ne change rien. C'est juste qu'on laisse la politique à des gens qui ne font pas de la politique dans l'intérêt général, mais qui font de la politique finalement dans l'intérêt des plus fortunés et qui font une politique de classe. Et bien en fait, à un moment, allons changer les choses de l'intérieur.
C'est un peu un lieu commun, mais en fait, si tu ne t'occupes pas de la politique, la politique s'occupera de toi.
Pour terminer, quel est le prochain combat à mener, la lutte finale peut-être pas, mais sur quoi faut-il se battre dans les mois, les années à venir ?
Alors, on continue le combat contre la loi Duplomb, parce qu'on a ces deux millions de signataires, il faut qu'on continue et qu'on obtienne le débat à l'Assemblée, qu'on obtienne l'abrogation du texte. Et l'autre chose, le premier combat qu'on a dans nous, c'est le combat budgétaire. Là, le budget... il n'y a même plus de mots, il est austéritaire, il coupe tout. Il faut qu'on ait un débat pour dire que ce n'est pas à ceux qui font déjà tant d'efforts depuis des années qu'il faut aller prendre quelque chose. Il faut remettre du partage des richesses et de la justice sociale dans ce budget et que de l'argent, il y en a, mais qu'il faut savoir où aller le chercher.
Mais oui, allons chercher des sous. Merci beaucoup, Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écolo à l'Assemblée nationale.













