Sabrina Sebaihi, députée engagée pour la Palestine
- Jean-Luc Wertenschlag
- 22 août 2025
- 6 min de lecture
Lors des journées des écologistes (JDE) à Strasbourg du 21 au 23 août 2025, Sabrina Sebaihi, députée écologiste des Haut-de-Seine, vice-présidente du groupe d'amitié France-Algérie, animait une rencontre "De la Nakba au génocide : agir pour protéger les droits humains" avec Arié Alimi, vice-président de la Ligue des Droits de l'Homme.
Partons à la rencontre d'une femme engagée, avec la transcription à lire ci-dessous d'une interview audio à écouter en podcast.
Voir notre article avec les liens vers tous les podcasts et toutes les interviews JDE 2025 :
Les podcasts JDE ont été réalisés par Fatma Jrad, Lévi Giner et Jean-Luc Wertenschlag, pour Radio Quetsch, Nefzawa Link, Radio WNE et L'Alterpresse 68. Toutes nos productions sont à libre disposition des médias intéressés, sous licence Creative Commons CC Zero (licence libre non copyleft - auteur Radio WNE).

Bonjour, nous sommes aux journées d'été des écologistes et je suis avec Sabrina Sebaihi, députée écologiste des Hauts-de-Seine. Est-ce que vous pouvez nous parler de la table ronde que vous avez animé ?
On est au village Palestine pendant ces journées d'été écologistes et on vient de terminer un atelier sur "Israël-Palestine, les mots qui fâchent". On est remonté à tous ces mots utilisées depuis maintenant 20 mois, et qui créent beaucoup de polémiques, on est beaucoup sur la sémantique, alors qu'il faudrait qu'on avance sur le fond avec des solutions très concrètes. On a beaucoup parlé par exemple de la notion de sionisme, d'antisionisme, d'antisémitisme, de génocide aussi. Tous ces mots qui sont utilisés aujourd'hui et qui ont des définitions extrêmement différentes. Chacun ne met pas la même définition derrière les mots, ce qui rend les débats très compliqués depuis maintenant un peu plus de 20 mois.
Vous avez aussi parlé des outils qui vont aider peut-être, je ne vais pas dire qui vont aider directement les palestiniens, mais qui vont quand même changer un peu la perception de ce qui se passe maintenant, le génocide par exemple. Quels sont ces outils ?
Alors ce qu'on disait justement, c'est qu'aujourd'hui, il y a une mobilisation très importante de la société civile. Chaque semaine, on a des manifestations, on a des mobilisations, on a des pétitions, on a des lettres envoyées au président de la République. Mais on voit bien qu'il faut justement multiplier les outils pour permettre d'aider à arrêter le génocide en cours à Gaza. Et donc on a évoqué les outils juridiques avec des plaintes systématiquement déposées. Il y a une plainte déposée notamment en France par la Ligue des Droits de l'Homme pour un bombardement qui a causé la mort de deux jeunes franco-palestiniens. Il y a les outils politiques avec des pressions politiques qui peuvent être mises à l'échelle de l'Europe, à l'échelle de la France ou à l'échelle du monde. Et la question de la suspension de l'accord d'association Union Européenne-Israël en est un bon exemple. Mais surtout, il y a aussi la pression et les sanctions économiques, tout ce qui concerne par exemple les ventes d'armes, les embargos sur les ventes d'armes. Voilà, on a des sanctions, on a des pressions, on a des outils aujourd'hui, qu'ils soient juridiques, politiques, économiques et commerciaux. Et en fait, c'est tout cela qu'il faut mettre en place, en plus de la mobilisation citoyenne de la société civile. Parce qu'on voit bien, depuis 20 mois, on a des mobilisations extrêmement importantes. Et pourtant, le génocide continue, parce qu'on a un gouvernement israélien qui s'assoit allègrement sur le droit international humanitaire et qui fait comme si finalement tout ça n'existait pas.
Alors peut-être que si on prenait des sanctions comme on les avait prises pour la Russie, où il a fallu seulement quatre jours pour suspendre l'accord d'association entre l'Union européenne et la Russie, peut-être qu'on n'en serait déjà plus là aujourd'hui à Gaza.
Et croyez-vous que la France va reconnaître l'État palestinien en septembre 2025 ?
Alors nous, ce qu'on dit depuis longtemps, c'est que la France a une voix très particulière au niveau international, et qu'elle l'a perdue. La France avait vraiment une voix de non-aligné, longtemps portée par Jacques Chirac notamment, qui avait cette voix singulière de la France, qu'on a perdu. Pourtant, la voix de la France, on voit à quel point elle est encore importante puisque au moment où Emmanuel Macron dit qu'il va reconnaître l'État de Palestine, vous avez une dynamique qui se met en place avec plusieurs autres pays qui annoncent qu'ils vont faire la même démarche en septembre. Je pense que quoi qu'il arrive, en tout cas, je l'espère, l'État de Palestine sera reconnu en septembre par la France. Je crois qu'il n'y a plus de retour en arrière possible. Toutes les lignes rouges ont été franchies par le gouvernement de Netanyahou.
Hier même l'ONU déclare dans un rapport que la famine est officielle à Gaza, que nous avons 500 000 Gazaouis qui souffrent de famine aujourd'hui. La famine est un crime contre l'humanité, c'est une arme utilisée pour le nettoyage ethnique à Gaza.
Et donc je crois que maintenant, il n'y a plus de retour en arrière possible. La reconnaissance de l'État de Palestine se fera et ensuite charge aux Palestiniens et aux Israéliens de déterminer ensemble leur avenir commun.

Dernière question. Je crois que même la reconnaissance d'un État palestinien ne va pas trop changé la situation. Les voisins du territoire palestinien, les pays du moyen-orient, la Libye et l'Egypte reconnaissent l'état palestinien mais ils n'ont rien fait. Que pensez-vous de la position de ces pays là ? Et du convoi au départ de la Tunisie et de l'Algérie ? Et de l'action organisée par des Brésiliens, par des Européens ? Mais malheureusement, ça n'a pas marché.
On voit vraiment que la société civile se mobilise parce qu'elle ne supporte plus de voir les images de ce qui se déroule à Gaza. C'est évident. Maintenant, nous avons demandé au président de la République de faire pression, de travailler avec l'Égypte, avec d'autres pays européens, pour ouvrir la porte à Rafah.
J'étais à Rafah en janvier février 2024. Nous avons vu entre El Arish et Rafah 50 km de camions d'aide humanitaire bloqués sur ces routes. Il y avait de l'alimentaire, des médicaments, tout ce qu'il fallait aux Gazaouis pour survivre, bloqué côté égyptien.
Je crois que l'Égypte, pendant longtemps, a voulu garder un statu quo pour pouvoir être à la table des négociations avec le Qatar, justement pour aboutir à un cessez-le-feu. Le cessez-le-feu a été violé à de multiples reprises, il ne tient pas sur la durée, le génocide continue. Aujourd'hui, la réalité, c'est que l'Égypte ne peut plus garder cette position de neutralité. Elle est obligée maintenant d'ouvrir la porte à Rafah, de laisser passer l'aide humanitaire. C'est une question de survie. C'est soit on ouvre la porte, on laisse l'aide humanitaire passer, soit on accepte le principe que 500 000 personnes vont mourir. Parce que ce que les gens ne disent pas, c'est que quand on est en famille, même si la nourriture rentrait demain à Gaza, il y a des séquelles. qu'on ne pourra jamais récupérer. Et ça ne veut pas dire qu'on sauvera tout le monde. Il faut sortir justement de cet attentisme, de cette position de neutralité qui ne sert plus la cause des Gazaouis. Il faut avancer. Et bien évidemment, là aussi, la France a un rôle à jouer. L'Europe a un rôle à jouer. Et je crois que si on veut faire entendre notre voix, le fait d'être non-aligné sur la position de Donald Trump, qui a évoqué la Riviera à Gaza, l'annexion totale du territoire Gazaoui, est important. Nous avons intérêt à avoir une voix forte et un contre-pouvoir pour aller jusqu'au bout. Et peut-être que certains pays auront le courage de prendre la parole et d'agir, parce que malheureusement, aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est que, mis à part quelques États qui soutiennent la Palestine, soit par des convois, soit par de l'aide politique, en réalité, on a plutôt le sentiment que tout le monde est tétanisé en se disant comment faire pour avancer, alors que la solution, je crois que tout le monde la connaît. Sauf qu'il faut le courage politique d'aller jusqu'au bout, sur des sanctions justement pour arrêter la folie de Netanyahou.
Merci beaucoup.












