Alimentation & santé : démêler le vrai du faux avec Émilie Crouchet
- Jean-Luc Wertenschlag
- 3 mars
- 18 min de lecture
À votre santé, le mois de la santé et de la recherche médicale en mars 2026, en Alsace et dans le Grand Est, c'est plus de 20 événements gratuits proposés par la Nef des Sciences et l'Inserm Est. Jeux, visites, conférences, expositions, ciné-débats, retrouvez le programme complet. Émilie Crouchet est chercheuse à l'Institut de recherche en médecine translationnelle et maladie hépatique à l'Inserm, Université de Strasbourg. Elle sera à Mulhouse le 5 mars pour un afterwork baptisée "Alimentation & santé : démêler le vrai du faux". Nous l'avons rencontrée pour vous aider à mieux manger. Transcription d'un entretien radio réalisé le 2 mars à écouter en podcast.
Bonjour Émilie Crouchet. Vous êtes chercheuse à l'Inserm, Université de Strasbourg. Nous vous recevons, moi, Jean-Luc Wertenschlag, et mon collègue Antoine Ledermann, pour évoquer votre parcours, comment est-ce qu'on devient chercheuse, qu'est-ce que vous cherchez aujourd'hui, et puis, pour parler, évidemment, de votre intervention à Mulhouse, dans le cadre du mois de la santé, le jeudi 5 mars 2026 à 17h30, une after work à la Nef des sciences, campus Illberg, où vous interviendrez pour nous parler alimentation et santé, pour nous aider à démêler le vrai du faux. Pour commencer, quel est votre parcours, dans votre jeunesse, qu'est-ce que vous vouliez faire quand vous étiez au lycée, pompier comme tout le monde ou autre chose ?
Ça c'est une bonne question. En réalité, dès mon plus jeune âge, je me suis intéressée à la science, en général, et surtout à la biologie. J'ai vraiment été passionnée par les sciences et notamment par les vivants quand j'étais jeune. Mes matières préférées, d'ailleurs, quand j'étais enfant, c'était les sciences de la vie, SVT. Je me suis naturellement dirigé vers des études scientifiques. J'avais décidé à l'époque de faire un baccalauréat sciences et techniques de laboratoire. Je pense que ça existe toujours à l'heure actuelle. Ensuite, j'ai fait un brevet de technicien, BTS en biologie médicale. Et donc, des personnes vraiment super m'ont orienté et j'ai pris goût à la recherche. Parce qu'en réalité, j'ai été confrontée au monde du travail. Je me suis aperçue que ce qui se passait en laboratoire, ce n'était pas exactement ce que j'aimais faire. C'était assez routinier. Et donc, plusieurs personnes m'ont initiée à la recherche. Et j'ai décidé ensuite de poursuivre mes études. Donc je suis arrivée en licence de biologie, puis en master de microbiologie avec un parcours en virologie. Et j'ai pu ensuite faire une thèse sur le virus à l'université de Strasbourg.
Adolescente, vous éleviez des phasmes. On rappelle que ce sont des insectes. qui ressemblent à des plantes. Donc, vous aviez un élevage de phasmes cachés sous votre lit de jeune fille ?
Oui, c'est atypique, mais j'étais vraiment passionnée par les animaux en général et surtout par le monde des insectes. Ils peuvent faire peur, mais en réalité c'est vraiment passionnant. Et donc, à l'époque, en SVT, on avait fait un élevage de phasmes, ces insectes qui ressemblent à des brindilles. Et j'en avais rapporté à la maison... pour le plus grand plaisir de mes parents.

Je ne sais pas si c'est encore vrai aujourd'hui, que les filles ont plus de mal que les garçons à choisir des études scientifiques. Est-ce que vous avez ressenti ça dans votre jeunesse ?
Oui, surtout au niveau de ce qui est mathématiques et sciences physiques. Très souvent, on reste dans le cliché genré, disant que ce sont des sciences exactes, qu'il faut beaucoup de logique, c'est pour les garçons, alors que nous, les filles, on est plus dans l'émotion, le ressenti. Donc, oui, c'est quelque chose auquel j'ai été confrontée plus tard, en travaillant en laboratoire. Mais c'était vraiment une grande passion. C'est ça qui m'a poussée à faire ces études.
Quel était votre rêve de jeune fille ? Sauver le monde des méchants virus ? Soigner la planète ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de plonger dans la recherche ?
Alors moi, le maître mot, c'était vraiment comprendre. Comprendre le monde qui m'entourait, comprendre comment fonctionnait le corps humain, comprendre comment fonctionnaient les animaux, la communication entre les espèces.
C'était vraiment comprendre le monde qui m'entoure.
Et alors, vous avez tout compris depuis ces quelques années ?
J'aurais aimé vous répondre oui, mais bien sûr que non. Il y a encore tellement à faire et à découvrir, mais c'est vraiment un métier passionnant et qui m'a aidée quand même à comprendre beaucoup de choses.

Aujourd'hui, vous êtes chercheuse à l'Inserm - Université de Strasbourg, et notamment en médecine translationnelle. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Dans notre laboratoire de médecine translationnelle, on fait la translation entre la recherche fondamentale qui vise à découvrir comment fonctionnent les choses, à découvrir de nouvelles cibles qui pourraient être utilisées pour un traitement, etc. Et ce qu'on appelle la recherche clinique, qui va être beaucoup plus proche du patient. Nous sommes vraiment au croisement de ces deux types de recherche.
Translationnel, ça veut dire simplement qu'on est capable de traduire ce qu'on a découvert en traitement et en solution pour le patient.
Ça s'applique aux maladies hépatiques que vous étudiez ?
Oui, exactement.
On peut rappeler ce qu'est l'hépatite ? Enfin, les hépatites plutôt, parce qu'il y en a plusieurs.
Oui, en réalité, les maladies hépatiques, ça regroupe beaucoup de maladies. Donc, on pense aux hépatites, effectivement, qui peuvent être d'origine virale, comme l'hépatite B, l'hépatite C. Et il y a également d'autres types de maladies. Je pense à la cirrhose, notamment, qui, contrairement à ce qu'on pense, n'est pas due qu'à l'alcool mais qui peut être aussi due aux infections par les virus des hépatites B et de l'hépatite C, et qui peuvent aussi être dues à une très mauvaise alimentation, et notamment très riche en sucre. D'où le lien avec le mois de la santé.

Certains se demandent si le sucre est une drogue...
Alors, ce n'est pas comme une drogue. Mais par contre, ce qui est vrai, c'est que ça active les circuits du plaisir dans notre cerveau et ça peut rendre en quelque sorte addict. Donc on ne parle pas de drogue dure, bien sûr, mais ça peut entraîner un désir de consommer du sucre.
Et qu'est-ce qu'on fait pour lutter contre ça ? Est-ce que le corps est plus fort que l'esprit ? On a un besoin, un peu comme une drogue ? De s'alimenter en sucre, de se donner du plaisir en suçant des barres chocolatées ?
Alors bien sûr, on peut tout simplement procéder à des rééquilibrages alimentaires en diminuant l'apport en sucre progressif. Et je voudrais souligner aussi que derrière ce terme sucre se cachent en réalité plusieurs termes. Quand on parle de sucre, généralement dans l'esprit du grand public, on pense aux sucres ajoutés, du saccharose par exemple, dans les bonbons, les barres sucrées, ce genre de choses. Mais en réalité il existe plusieurs types de sucre, donc les glucides en général, parmi lesquels on peut aussi inclure tout ce qui est sucre lent, qu'on retrouve dans les féculents par exemple. Donc tous les sucres ne sont pas néfastes. Et quand on va parler de sucre néfaste, on va plutôt parler des sucres rapides ajoutés aux aliments et qui sont très souvent cachés.
Consommer trop du sucre est évidemment néfaste pour notre santé. Pour autant, ce sont aussi les politiques, les pouvoirs publics qui peuvent réguler notre consommation, en attirant l'attention avec des campagnes de prévention, mais aussi en interdisant, des doses trop sucrées, par exemple. On se rend compte que dans nos pays occidentaux, il y a beaucoup moins de sucre dans les produits industriels que dans les pays en développement, parce que les pouvoirs publics ont agi. Est-ce que ça fait aussi partie de votre travail de sensibiliser nos décideurs, nos décideuses, à un besoin de prévention, voire de régulation ou d'interdiction ?
Alors moi, dans mon quotidien, non, mais par contre, mes collègues scientifiques, oui. Ils alarment sur les risques, les dangers pour la santé de cet excès de sucre. Et comme vous l'avez bien souligné, effectivement, le gouvernement essaye de mettre en place, vous connaissez tous le slogan, ne mangez pas trop gras, trop sucré, trop salé. Il y a aussi eu, je pense que c'est passé maintenant, la taxe soda, donc une taxe supplémentaire sur les sodas qui sont riches en sucre. Donc le gouvernement essaye. Mais derrière, il y a un outil extrêmement puissant qui est le marketing. Notre but de sensibilisation est de montrer aux consommateurs qu'il faut faire attention à ce qu'il apporte dans son assiette.
Et ce n'est pas parce qu'un produit est estampillé bio, par exemple, ou estampillé réduit en sucre qu'il est forcément bon pour notre santé.
Et apprendre à décrypter les scores, par exemple le Nutri-Score, apprendre à décrypter une étiquette, savoir ce que contient un produit. C'est là aussi qu'est la sensibilisation du consommateur.
Le marketing est évidemment d'une puissance incroyable dans nos sociétés de consommation. Pour autant, le législateur peut tout de même intervenir, mais pour l'heure, il n'a pas encore interdit les publicités en direction des enfants de produits gras, sucrés, trop salés. Comment lutter contre le marketing avec des outils scientifiques ? Est-ce qu'on a une chance de gagner ou est-ce qu'on regarde nos enfants se perdre dans le gras et le sucre ?
C'est une question qui dépasse mes connaissances scientifiques. Je pense qu'on arrive vraiment dans une sphère politique. Mon rôle à moi en tant que scientifique, comme je vous l'ai dit, c'est vraiment de faire comprendre au consommateur ce qu'il a dans son assiette. ce qui est bon pour lui, ce qui est à limiter, parce que, encore une fois, rien n'est à arrêter, mais tout est une question d'équilibre. Donc, vraiment, faire comprendre aux consommateurs ce qu'ils mangent vraiment. C'est là que nous, on peut agir en tant que scientifiques.
Émilie Crouchet, vous intervenez également dans les collèges, en direction d'adolescents, pour leur expliquer la vaccination. On a notamment vu pendant la pandémie du Covid que nombre de français françaises refusaient la vaccination. Vous pouvez peut-être rappeler, ce qu'est la vaccination et en quoi consistent vos interventions pédagogiques en direction d'adolescents ?
Oui, ma collègue et moi-même faisions des interventions en période Covid pour réexpliquer ce qu'était la vaccination aux collégiens et lycéens. Et notre but était surtout de tordre le cou à de nombreuses fake news qui ont vu le jour pendant cette période. Pour rappeler que finalement, la vaccination, c'est éduquer notre corps, éduquer notre système immunitaire à reconnaître des agents pathogènes, des micro-organismes qui peuvent être très dangereux pour nous. Pour que si un jour vous le rencontrez, vous soyez capable de mettre en place les bonnes armes et de le combattre. C'était pour réexpliquer les grands principes et ce que c'était que la vaccination. Encore une fois, pour tordre le cou aux fake news. Il y a une citation de Marie Curie qui me tient à cœur: dans la vie, rien n'est à craindre, tout est à comprendre. Et en réalité, pendant cette période, beaucoup de gens aussi avaient peur, parce que la communication n'était pas forcément optimale, et le fait de réexpliquer comment fonctionnaient les choses, je pense, est très bénéfique.
Dans la vie, rien n'est à craindre, tout est à comprendre (Marie Curie)

Justement, votre intervention le 5 mars à la Nef des sciences, dans le cadre du mois de la santé et de la recherche médicale à votre santé, c'est démêler le vrai du faux en matière d'alimentation et santé. Dans votre collection de fake news, qu'est-ce que vous avez à partager, à tordre le cou peut-être, à des fausses infos qui peuvent nous mettre en danger ?
Une des fake news que j'entends très souvent, c'est « il faut que je prenne de la vitamine C, beaucoup de vitamine C en hiver » pour ne pas tomber malade. J'ai déjà entendu aussi, j'ai du cholestérol familial, donc il faut que j'arrête de manger les jaunes d'œufs.
On m'a dit aussi, il y a autant de sucre dans une canette de coca que dans un jus d'orange. Voilà, ce genre de fake news. En fait, il faut rétablir la vérité.
Et donc, il y a moins de sucre dans un verre de jus d'orange pressé que dans un soda ?
Oui, il y en a moins et surtout, ce n'est pas la même qualité et ce n'est pas le même type de sucre. Dans le jus de fruits, on va avoir les sucres qui sont naturellement présents dans les fruits, notamment le fructose, en plus faible concentration, bien sûr. Et en plus, le jus de fruits va aussi vous apporter des minéraux, des nutriments, des vitamines. Alors qu'un verre de soda, lui, va vous apporter du sucre pur, du saccharose, qui est très énergétique et ne va pas vous apporter tout ce qui est minéraux et vitamines, par exemple. Je connais des adolescents qui se cachent derrière cette fake news pour prétendre boire des sodas à la place de jus de fruits.
Donc je peux continuer à boire plein de jus d'orange pressé tous les jours.
Alors, là encore, tout est une question d'équilibre. C'est-à-dire que même si ce sont les sucres naturellement présents dans les fruits, ça reste du sucre. Donc un verre de jus d'orange le matin, oui, pourquoi pas, mais surtout éviter les excès.
Le problème de notre alimentation, c'est l'excès.
Je pars du principe qu'il ne faut se priver de rien, parce qu'il faut savoir se faire plaisir aussi, c'est bon pour notre moral. Mais ce qu'il faut, c'est un équilibre.

Mais quand on est jeune, l'équilibre n'est pas forcément la recherche prioritaire. Comment convaincre ? Peut-être aussi les parents, bien sûr, la communauté éducative autour de l'enfant, de l'adolescent, donc les scientifiques et les enseignants ont aussi un rôle à jouer. Comment est-ce qu'on peut efficacement convaincre les jeunes d'être raisonnables et de ne pas dépasser un point d'équilibre que vous évoquez ?
C'est une question extrêmement complexe... Pour vous donner un exemple concret, lors d'une intervention, j'avais récupéré des sucres en morceaux et j'avais représenté le nombre de sucres qu'on peut trouver dans une canette de soda classique dont les enfants, les adolescents raffolent, ou alors le sucre contenu dans certaines pâtes à tartiner aussi. Et le fait d'avoir quelque chose visuellement devant eux, parce que si on leur dit qu'il y a beaucoup de sucre, c'est totalement abstrait pour eux, mais le fait d'avoir vraiment quelque chose de quantifié devant leurs yeux leur a fait prendre conscience de ce qu'ils buvaient. J'ai même un ado en face de moi qui m'a dit « Ah, mais j'en boirai plus jamais en fait ». Alors, vrai ou pas vrai, je ne saurais pas le vérifier. Mais effectivement, je pense que pour les convaincre aussi, c'est vraiment de leur montrer, de leur expliquer. Et de leur expliquer aussi qu'il n'y a pas d'interdit. C'est important aussi.
Un autre sujet passionnant, et il y en a beaucoup, c'est notre microbiote intestinal. J'ai découvert que le brassage de population, les migrations, favorisaient la richesse et la santé de notre microbiote intestinal. Est-ce que vous confirmez que c'est une richesse apportée par les autres en ce qui concerne notre microbiote intestinal ? Et peut-être expliquer ce qu'est ce microbiote intestinal ?
Le microbiote intestinal, ce sont les milliards de micro-organismes qui peuplent vos intestins, en particulier le gros colon.
Vous avez une multitude de micro-organismes différents, des bactéries, mais aussi certains virus qui ne sont absolument pas néfastes pour la santé, et même certains micro-organismes comme des levures. Donc tout ce petit microcosme vit dans vos intestins et nous apporte beaucoup, on ne le dirait pas, des rôles de protection, des rôles dans la digestion. la production de certaines vitamines également. Et en fait, on va parler, par exemple pour les bactéries, de bactéries commensales. Et si on recherche étymologiquement ce que veut dire ce mot, ça veut dire manger à la même table. Donc voilà, ce sont tout simplement des bactéries qui sont là et qui mangent à la même table que nous.
Et est-ce qu'on peut, affirmer que les migrations, les mélanges de populations humaines favorisent la richesse et la santé de notre microbiote ?
Oui, et c'est aussi la diversité qu'on peut apporter culinairement parlant, parce que ça va avoir un très très grand impact sur votre microbiote. C'est quelque chose qui est dynamique, qui n'est pas figé également. Donc oui, c'est une bonne chose effectivement.
En matière d'alimentation, quand je regarde le centre-ville de Mulhouse, nous sommes envahis de junk food. Il y a du burger, du tacos, du kebab, c'est une profusion d'enseignes de malbouffe. Les enfants, les ados passent chaque jour devant ces enseignes, et risquent fort de s'alimenter ainsi. Alors que j'imagine que faire sa propre cuisine, confectionner ses propres repas, c'est quand même quelque chose de très différent et de beaucoup plus sain...
Oui, bien sûr. Le problème aussi, ce sont nos modes de vie actuels où il faut aller vite. Par exemple, les Français passent de moins en moins de temps à table ou à cuisiner. C'est un problème lié à nos modes de vie actuels. Et ce qu'il faut voir, c'est l'aspect économique parce que ce genre de fast-food, ça paraît moins cher, ça paraît rapide et ça plaît beaucoup aux ados, effectivement. Mais dans la réalité des choses, quand on cuisine nous-mêmes, qu'on maîtrise ce qu'on fait, ça coûte au final beaucoup moins cher. Alors oui, certes, ça prend un petit peu plus de temps, mais il y a moyen de manger très équilibré et de faire des plats équilibrés en très peu de temps.
Comment réussir à améliorer la prévention ? Dans les collèges, les lycées, quelle est la matière officiellement chargée d'attirer l'attention de nos enfants, de la jeunesse, sur l'alimentation et la santé ?
Donc normalement, ce sont les matières sciences de la vie, SVT, où il y a tout normalement, alors je ne sais plus en quel niveau exactement, mais il y a des cours qui sont prévus sur l'alimentation, la nutrition, qu'est-ce qu'un glucide, qu'est-ce qu'une protéine, etc. Donc normalement, ce sont les sciences de la vie. Et pour en revenir à la junk food, quelque chose que j'aimerais souligner aussi, c'est qu'en Amérique du Sud, l'obésité est vraiment un terrible fléau, et la prévalence des maladies hépatiques est absolument effarante, à cause de cette américanisation de l'apport des fast-foods, de l'apport des sodas sucrés, que les populations d'Amérique du Sud ne connaissaient pas avant et qui provoquent des épidémies d'obésité et de maladies hépatiques. Donc ça met en garde aussi contre le danger de ce genre de chaîne de fast-food.
Et en Amérique du Nord, du coup, c'est peut-être un cliché, il y aurait aussi plus de problèmes qu'en Europe à ces niveaux-là ?
Alors, on est maintenant au même niveau que les États-Unis pour ce qui est des maladies hépatiques. Et on est en train de les rejoindre sur tout ce qui est obésité.
Donc effectivement, il y a des clichés aux États-Unis, mais malheureusement, ils se sont exportés en Europe.

Et l'obésité, justement, ce fléau qui envahit l'Europe, est-ce que ça se soigne ? Qu'est-ce qu'on peut faire ? Est-ce que c'est une maladie ? Quand on critique un obèse qui n'a qu'à moins manger, on se trompe complètement parce que c'est une maladie ? Et qu'on ne peut pas lutter tout seul comme certains pourraient le penser ?
Oui, je suis tout à fait d'accord avec vous. Effectivement, l'obésité est une maladie. Et cette phrase que je déteste absolument, quand on veut, on peut. Dans ces cas-là, non, ce n'est pas possible. Il faut une aide médicale, il faut se faire aider. C'est souvent multifactoriel. Alors oui, l'alimentation, mais pas que ça. Et donc, les personnes obèses ont besoin d'un suivi médical et c'est une vraie maladie.
Quelles sont les maladies qu'on n'a pas encore évoquées autour de l'alimentation ?
La maladie du soda, due aux excès de sucre à répétition dans l'alimentation et qui va engendrer des problèmes de foie gras.
Donc le fléau, la prochaine grosse épidémie par exemple qui est annoncée dans ce secteur, c'est la nash, qui est plus communément appelée la maladie du soda et qui comme son nom l'indique, est due aux excès de sucre à répétition dans l'alimentation et qui va engendrer des problèmes de foie gras. Alors ça peut sembler contre-intuitif, mais le sucre, notre corps est capable d'en stocker un petit peu, par exemple au niveau du foie. quelques petites réserves au niveau des muscles aussi. Mais je prends toujours l'analogie du garage, une fois que le garage est plein, on ne peut plus stocker, c'est terminé. Pourtant, si vous continuez à apporter du sucre, du sucre, du sucre, que va faire votre corps ? Eh bien, il va le transformer en gras. Parce que ça, c'est facile, entre guillemets, à stocker chez l'être humain. Et donc, une partie de ce gras va être stockée, notamment au niveau du foie. Vraiment, comme on fait du foie gras à doigts ou de canard, finalement. Et c'est un problème parce que ça peut engendrer des dysfonctionnements au niveau de l'organe et ça peut aussi, à long terme, provoquer des cancers. Un rapport vient d'être publié par une association de recherche américaine à propos de ce qu'ils appellent les cancers qu'on peut prévenir. Bien sûr, en tête de liste, on retrouve le tabac, mais juste après vient les excès de poids, la consommation d'alcool et la mauvaise alimentation, qui peuvent, elles aussi, induire des cancers à long terme.
Enfin, peut-être que les enfants, les jeunes se nourrissent de soda de plus en plus, mais ils fument de moins en moins, se droguent de moins en moins, et boivent de moins en moins d'alcool. Vous confirmez ces statistiques ?
Oui, ça c'est une très bonne chose, oui.
Il n'y a pas que du désespoir et de l'obésité qui attendent nos enfants et nos adolescents. Il y a aussi des bonnes nouvelles. Vous en avez d'autres pour notre hotte de Père Noël ?
Je réfléchis, mais c'est vrai que déjà, la baisse de la consommation de tabac et d'alcool, c'est vraiment une très bonne chose chez les jeunes. Alors, il y a plein d'autres choses qui ont changé chez les jeunes, mais je pense qu'on est un peu hors sujet là.
Émilie Crouchet, chercheuse à l'Inserm, à l'Université de Strasbourg vous intervenez le jeudi 5 mars à 17h30 à la Nef des sciences à Mulhouse pour "Alimentation et Santé, démêler le vrai du faux". Vous allez organiser un quiz, un débat mouvant, il y aura l'expo "La santé dans notre assiette" juste à côté. Vous essayez de trouver des formules ludiques pour apprendre ?
Oui, exactement. On propose un atelier sur les sucres cachés. Donc, les personnes en face de nous doivent collectivement réussir à placer une série d'aliments de la vie de tous les jours, du moins sucré au plus sucré, en parlant de sucre ajouté, par exemple. L'exercice semble facile, mais en réalité, pas si facile que ça. C'est aussi pour faire comprendre, montrer un peu où se cachent les sucres, quels sucres sont bons pour la santé, quels sucres sont néfastes pour la santé, en quelle quantité ? C'est vraiment pour amener le consommateur à réfléchir sur sa propre consommation. Et au niveau du débat mouvant, c'est pour essayer de briser la glace, de comprendre un peu ce que savent les personnes, ce que pensent les personnes, ce dont elles voudraient discuter également, au niveau de l'alimentation, recueillir leurs questions, par exemple.
J'imagine que ce ne sera pas votre premier débat mouvant. Quel type de questions le public a posé dans vos expériences passées ?
Ce qui est néfaste, c'est l'excès à répétition.
La question qu'on me pose souvent, très souvent, je parle des adolescentes, c'est « Mais si je bois un soda, est-ce que je vais être malade ? » Ça arrive très souvent. Donc on les rassure en disant encore une fois que tout est une question d'équilibre et ce n'est pas parce qu'on se fait plaisir avec un produit de ce genre qu'on tombe malade. Ce qui est néfaste, c'est l'excès à répétition. J'ai aussi beaucoup de questions sur, pour être en bonne santé, qu'est-ce que vous recommandez de manger ? Qu'est-ce qu'on prend au petit déjeuner ? Ce genre de questions.

Et alors, quel est le petit déjeuner idéal pour préserver une bonne santé selon vous ?
Là où je veux en venir avec ce genre de questions, c'est qu'il n'y a pas vraiment d'idéal. Il y a des choses qu'on peut recommander, bien sûr. Je travaille sur la recherche. Je ne suis pas nutritionniste. Et quelque chose d'important, c'est que si vous avez 20 personnes dans une pièce, ces 20 personnes auront un métabolisme différent, auront une génétique différente. Au niveau du sexe, c'est important aussi, parce qu'il y a l'influence des hormones, des sites hormonaux chez les femmes, ce genre de choses. Donc, il n'y a pas d'idéal, mais il y a des choses qui sont plutôt recommandées. La seule recommandation que je donnerais, c'est vraiment de réduire les quantités de sucre ajouté, de manger plus de produits protéinés, quelle que soit l'origine de la protéine, et de bien sélectionner les matières grasses que nous mangeons, en privilégiant certains oméga-3, certaines matières grasses qui sont bonnes pour la santé, dans des fruits oléagineux, par exemple, ou ce genre de choses. Et au contraire, diminuer les produits ultra-transformés, de ne pas tomber dans le piège des céréales du matin pour les enfants, on voit les pubs à la télévision qui donnent très envie, mais qui sont en réalité pleines de sucre ajouté. Donc voilà, vraiment essayer de réduire au maximum les produits ultra transformés et très riches en sucre.
Ne pas tomber dans le piège des céréales du matin pour les enfants
Et si mon adolescent à la maison refuse catégoriquement d'avaler quoi que ce soit au petit déjeuner, est-ce qu'on le force ? Ce n'est pas possible de le forcer, mais... Est-ce que le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée ou c'est totalement faux ? Est-ce que c'est grave, c'est dangereux de ne pas manger le matin ?
Non, ce n'est pas grave. C'est vrai que c'était un mythe populaire, disant que le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée, parce qu'effectivement, vous avez jeûné toute la nuit, donc c'est bien d'apporter quelque chose à votre corps. Mais encore une fois, ça dépend de nos habitudes, de notre métabolisme, de nos origines, etc. Donc ce n'est pas grave si vous n'avez pas faim en vous levant le matin et si vous préférez prendre une collation à 10h. Aucun problème.
Ce n'est pas grave si vous n'avez pas faim en vous levant le matin
Super, vous allez pouvoir rassurer tous les parents d'adolescents qui ne savent plus par quel bout de petit déjeuner les prendre. On a sans doute oublié plein de choses. Est-ce qu'il y a un message important que vous voulez encore faire passer ?
Oui, je pense que je l'ai assez martelé pendant notre discussion, mais l'important c'est vraiment l'équilibre. Il ne faut pas non plus culpabiliser les gens parce que ce jour-là, ils ont décidé de boire un soda en terrasse avec des amis, parce qu'ils ont craqué sur une barre chocolatée ou du chocolat, tout simplement. Ce qui compte vraiment, c'est cet équilibre au quotidien, d'éviter les excès et de ne pas non plus se culpabiliser. C'est très important parce qu'il y a aussi tout l'aspect santé mentale. Et un message spécial pour les femmes aussi: pitié, arrêtez les régimes hypocaloriques qui ne servent à rien. À part vous frustrer et avoir ce fameux effet yo-yo, donc rééquilibrer l'assiette, c'est beaucoup plus efficace que de se priver toute une vie. Donc voilà aussi un message important.
Message spécial pour les femmes : pitié, arrêtez les régimes hypocaloriques qui ne servent à rien.
Démêler le vrai du faux, alimentation et santé, c'est un rendez-vous avec Émilie Crouchet, chercheuse à l'Institut de recherche en médecine translationnelle et maladie hépatique à l'Inserm, à l'Université de Strasbourg. Rendez-vous avec vous le jeudi 5 mars à partir de 17h30 à la Nef des sciences à Mulhouse, campus Illberg, tram Université. C'est dans le cadre de A votre santé, le mois de la santé et de la recherche médicale en Alsace et dans le Grand Est, avec plus de 20 rendez-vous, événements, tous gratuits, rencontrez des scientifiques, des chercheuses, des soignants pour apprendre en souriant, voire en riant, parfois en dansant. L'ouverture du mois de la santé, c'était avec du tango qui nous permet de lutter contre Alzheimer, on découvre des choses incroyables dans ce mois de la santé et de la recherche médicale. Merci beaucoup, Émilie Crouchet, de nous avoir accordé cet entretien. Rendez-vous le 5 mars à la Nef des sciences à Mulhouse pour apprendre et démêler de vrai du faux avec vous en matière d'alimentation et de santé. Merci.
Merci beaucoup et avec plaisir. Au revoir.






