Eurhena, quand le Rhin relie les peuples
- Jean-Luc Wertenschlag
- il y a 1 jour
- 8 min de lecture
L'Eurodistrict Eurhena est une invention récente qui vise à rapprocher les Allemand-e-s et les Français-e-s des deux rives du Rhin. À l'occasion d'un échange transfrontalier entre Mulhouse et Müllheim le 12 juin 2026, nous avons rencontré les deux chargées de mission Eurhena pour comprendre les objectifs de cette structure européenne. Vous pouvez écouter les interviews de Natalie Reiter et Olga Hetze en podcast ou lire la transcription des entretiens ci-dessous. À découvrir également en audio, la ville de Müllheim et son Markgräfler Museum.
Natalie Reiter explique le Beatus Tour
Nous sommes le 12 juin 2026 au musée des beaux-arts de Mulhouse, dans le cadre d'un Beatus Tour. Was ist das ? Nous allons demander à Natalie Reiter de l'Eurodistrict Eurhena de nous expliquer le Beatus Tour.
Pourquoi ce nom Beatus Tour ? En fait, Beatus Rhenanus était un humaniste et collectionneur de livres qui a vécu à Sélestat au Moyen-Âge. Et comme c'était un humaniste de rang supérieur, il n'a pas seulement habité à Sélestat, mais aussi à Strasbourg et Bâle. Il a eu un réseau très européen avec d'autres humanistes comme Erasmus de Rotterdam. Du coup, on a nommé ce Beatus Tour d'après cet humaniste rhénan, parce qu'on voulait partager son esprit de cette époque-là.

Et donc, Beatus Tour, c'est quoi ? C'est prendre des Allemands, les amener en France, prendre des Français, les amener en Allemagne ?
Oui, voilà. On a déjà organisé deux Beatus Tour. L'objectif est toujours de découvrir un ou deux lieux culturels en Allemagne, mais aussi des lieux et des personnes en France. C'est toujours un voyage en bus. On a déjà fait un voyage un peu plus au nord entre Sélestat et Emmendingen pour en fait découvrir, par exemple, lors de notre première étape, la bibliothèque humaniste, le lieu où se trouvent les œuvres de Beatus Rhenanus encore aujourd'hui et le Deutsches Tagebucharchiv, les archives intimes allemandes, je crois. Et voilà, en fait, c'est pour découvrir, mais aussi, c'est l'autre objectif, de réunir les acteurs du livre, les éditeurs par exemple, les auteurs des deux côtés, et pour se faire connaître, pour créer en fait des nouveaux réseaux littéraires.
Bonne idée, ce bus d'une cinquantaine de places à remplir pour se promener de l'autre côté du Rhin. Il y a à manger et à boire et c'est gratuit. Ça arrive souvent ? C'est quand les prochaines dates ? Comment participer ?
En fait, pour notre quatrième et dernier Beatus Tour., il n'y a pas encore de date précise, c'est prévu pour fin novembre 2026, entre Fribourg et probablement Colmar. Si vous êtes intéressé, il faut nous écrire un mail, aller sur notre site internet pour avoir toutes les actualités. Ensuite on vous envoie des informations par mail ou vous nous joignez par téléphone. Notre site Internet, c'est www.eurhena.eu. Et là, vous avez une page avec toutes les actualités. Tout en bas, en fait, il y a aussi les coordonnées, le numéro de téléphone et l'adresse mail.
Peux-tu te présenter ?
Je suis Natalie Reiter, je suis Allemande et je suis chargée de mission de l'Eurodistrict. Je m'occupe de la communication et je prépare des projets comme notre Beatus Tour. Une autre chose à ajouter, on a aussi un fonds pour petits projets, pour les acteurs culturels et du tourisme. Ce fonds pour petits projets s'appelle Eurhena ACT, pour Art, Culture et Tourismus. En allemand, en français, tourisme. On peut cofinancer des petits projets qui ont un budget global entre 15 000 et 80 000 euros, et qui ont un objectif transfrontalier. Du coup, si vous avez une idée de projet, merci de nous contacter. Pour toutes les informations supplémentaires, il y a aussi des permanences, mardi matin, où vous pouvez contacter notre chargée de mission, Olga Hetze, très facilement par téléphone et elle va répondre à toutes vos questions.
Pour terminer, peux-tu expliquer ce qu'est Eurodistrict, parce que personne ne le sait.
Oui. Un Eurodistrict est un groupement territorial européen. Il y en a quatre ici, dans le Rhin supérieur. Notre territoire comprend la ville de Freiburg, Mulhouse, Colmar, toute la région d'ici, mais aussi sur le côté allemand, par exemple la région du Kaiserstuhl, le Titisee qui est aussi très connu, il va jusqu'au nord, jusqu'à Sélestat. Et l'objectif de notre Eurodistrict est tout simplement de réunir les acteurs, de créer des nouveaux réseaux transfrontaliers, de créer des rencontres.
Venez rencontrer Natalie Reiter de l'Eurodistrict Eurhena alors d'un prochain Beatus Tour en novembre par exemple. Merci beaucoup.

Olga Hetze nous présente l'eurodistrict Eurhena
Je m'appelle Olga Hetze, je suis chargée de mission à l'Eurodistrict régional de Freiburg-Centre-Sud-Alsace, l'Eurhena, un groupement européen de coopération territoriale fondé en 2020 qui comporte neuf collectivités membres, donc trois collectivités allemandes et six collectivités françaises, qui s'étalent du côté français du nord de Sélestat jusqu'au sud à Mulhouse, et du côté allemand de Emmendigen à Freiburg. Nous avons des élus, donc des représentants politiques, qui œuvrent pour renforcer la coopération franco-allemande dans différents domaines. Pour les appuyer, il y a le secrétariat général, qui est composé de deux employés et demi. Donc une secrétaire générale, madame Delphine Mann, une chargée de mission à plein temps, madame Natalie Reiter, et puis une troisième chargée de mission en mi-temps, moi-même.
Et il y a trois autres eurodistricts entre la France et l'Allemagne, sur le Rhin supérieur. Mais à quoi ça sert ce machin, Eurodistrict Eurhena ?
Tout simplement à mettre en œuvre une coopération franco-allemande. Il s'agit d'un groupement européen de coopération territoriale, il y a beaucoup d'éléments déjà dans le nom, l'objectif c'est quand même la coopération entre les deux pays, des fois aussi entre trois pays. comme c'est le cas par exemple chez notre voisin, l'eurodistrict tri-national de Bâle, où en plus des Allemands et des Français, il y a des Suisses. L'objectif est vraiment faire en sorte que la coopération entre nos deux ou trois pays soit mise en place, soit renforcée. Voilà, tout simplement améliorer la vie pour nos populations qui vivent le long des frontières. pour que les frontières ne soient pas vraiment une frontière. Plus de liberté, de mouvement des personnes, des capitaux, des marchandises. Pour que les gens ne ressentent pas qu'il y a une frontière. C'est le but ultime, certes, pas facile à mettre en œuvre, mais voilà, on essaye.
On ne va pas parler du projet d'avion de combat franco-allemand SCAF qui vient de rendre l'âme, c'est fini. Mais par contre, la police allemande aux frontières qui empêche, enfin qui essaye d'empêcher les Français, surtout ceux qui sont un peu noirs et arabes, de rentrer en Allemagne, par exemple, est-ce que l'Eurodistrict a quelque chose à voir avec ça ? Est-ce qu'il y a une action politique pour que l'on retrouve la liberté de circulation entre la France et l'Allemagne ?
C'est une question pertinente, pas facile de répondre, parce que bien évidemment, nous avons des élus, donc certaines collectivités qui siègent dans notre Assemblée. Bien évidemment, on peut reporter la situation pour que, à leur niveau, ils essaient de faire bouger certains leviers pour améliorer la situation. On est un peu les « en quelque sorte » pour que les choses se fassent au niveau plus haut, surtout politique. C'est très modeste comme rôle, mais c'est aussi, compte tenu des effectifs qui travaillent dans les eurodistricts, c'est plus ou moins difficile.
Après, vous n'êtes pas les seuls. Depuis le traité de l'Elysée et la fameuse amitié franco-allemande, il y a plein de structures franco-allemandes... Fonds citoyen franco-allemand, Conférence du Rhin supérieur, OFAJ, et on en oublie parce qu'on n'arrive pas à retenir tous ces noms Interreg, les subventions européennes pour les régions frontalières. Mais par contre, l'Eurodistrict Eurhena, vous organisez régulièrement le Beatus tour, aujourd'hui c'est la troisième édition Mulhouse-Müllheim. Vous affrétez un bus pour aller de Mulhouse à Mülheim, aller-retour, alors qu'en janvier 2025, on a investi des millions pour réhabiliter, reconstruire la ligne de train Mulhouse-Neuenburg-Müllheim. Vous n'aimez pas le train à Eurodistrict ?
Ah non, pas du tout. Les trains, on les aime bien, bien évidemment. On veut en profiter tant que possible, mais là, pour des raisons purement pratiques et organisationnelles, on s'est dit, affréter un bus pour la cinquantaine de participants qu'on envisageait, et là on est quand même une trentaine, ce serait logistiquement tout simplement plus facile, beaucoup plus facile. Vous avez la possibilité de prendre un train ou un taxi, les taxis sont plus chers, mais au moins vous êtes certain qu'à l'heure bien précise, vous arrivez à l'endroit où vous devez être, où vous voulez être.

Ce Beatus Tour numéro 3, c'est merveilleux, on découvre Müllheim, on se promène à Mulhouse, à l'hôtel de ville, place de la Réunion, on rencontre plein d'Allemandes, Allemandes, Françaises, Françaises. Par contre, ils sont presque tous vieux. Les jeunes ne veulent pas de l'amitié franco-allemande ?
Alors, ce n'est pas du tout vrai. Les jeunes, ils veulent. Surtout si on prend en compte un des récents sondages qu'on a fait auprès des Abibac français et allemand. Non, ce n'est pas que les jeunes ne veulent pas, ils sont pris par d'autres engagements. Ils sont à l'école, ils font leurs études. Les Beatus Tour, en premier lieu, s'adressent aux personnes majeures. Qui peut se libérer pendant 8 ou 9 heures sur une journée ? Si on vise bien évidemment toutes les tranches de population, et notamment les professionnels du livre, parce que c'est surtout ça qui est visé, qui sont les les citoyens intéressés qui peuvent se libérer ? Les gens qui ont la liberté de décider de leur journée et qui ne sont pas pris par d'autres engagements.
Ces citoyens, citoyennes, jeunes, vieux, français, allemands, s'ils ont envie de plus d'Allemagne en venant de France, de plus de France en venant du Bade-Wurtemberg, qu'est-ce qu'on peut leur dire ? Qu'est-ce qu'on peut leur proposer ? Qu'est-ce qui est possible ? Comment on peut agir en tant que citoyen si on a envie de plus de Françallemagne ?
Avant tout, comme vous dites, il faut déjà avoir la volonté, la motivation d'aller vers l'autre. De s'ouvrir à la culture de l'autre, oser lui parler. Je parle au singulier et au masculin, mais ça s'adresse bien évidemment à tout le monde. Tout simplement avoir déjà avant tout cette ouverture d'esprit, ne pas avoir peur d'aller vers l'autre. Ensuite ici, on a quand même la chance de pouvoir traverser la frontière assez facilement, c'est plus simple avec la voiture qu'avec un train ou un bus, mais les moyens existent. Ouvrir les oreilles. Ouvrir les yeux, notamment avec tout ce qu'on peut trouver sur Internet, les différentes pages. Je pense notamment, par exemple, au site fred.info qui publie énormément de manifestations qui se passent au Bade-Wurtemberg et en Alsace. Vous pouvez aller, bien évidemment, pour vous inspirer sur la région couverte par notre Eurodistrict sur notre site eurhena.eu pour découvrir les différents endroits. Oui, c'est adressé à des multiplicateurs, on va dire. Par exemple, pour les jeunes particulièrement, il y a l'office franco-allemand de jeunesse, l'OFAJ, qui organise beaucoup de choses. Pour les moins jeunes, demandez aux personnes autour de vous. Par exemple, si on prend les grandes municipalités comme Mulhouse, vous avez quand même des services de coopération internationale transfrontalière. Vous pouvez vous adresser à eux, regarder ce qu'ils publient sur le site. Donc passez peut-être d'abord par les sites institutionnels pour avoir quelques idées et ensuite creuser, continuer à creuser. Ça demande beaucoup d'investissement personnel.
L'institution pour sauver la Françallemagne ? Je ne suis pas certain de ça... Mais bon, allez, filons sur le site de l'eurodistrict Eurhena pour voir ce qui est possible. En tout cas, il y a des sous, il y a des moyens, entre les eurodistricts, le Fonds citoyen franco-allemand, l'OFAJ, l'Office franco-allemand de la jeunesse, la Conférence du Rhin supérieur, etc. Si on a envie de Françallemagne, on peut trouver des moyens pour s'amuser ensemble.
Pour s'amuser ensemble, mais avant tout pour travailler ensemble sur des projets qui nous rapprochent un peu plus.
Merci beaucoup, Olga.
Merci à vous.

Tous nos articles et podcasts sur ce sujet transfrontalier :
Article Eurodistrict Eurhena www.radiowne.eu/post/eurhena
Interview Olga Hetze (audio) https://podcast.ausha.co/wne/hetze
Interview Natalie Reiter (audio) https://podcast.ausha.co/wne/reiter
La découverte de la ville de Müllheim (audio) https://podcast.ausha.co/wne/mullheim



