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L'Allemagne qui fait pleurer les Turcs

Critique du film « Yellow Letters »


Le 1er avril 2026, le film "Yellow Letters" est sorti en salles. Ce long-métrage a remporté l’Ours d’or lors de la 76e Berlinale en février 2026. Il est réalisé par Ilker Çatak, connu pour son film "La Salle des profs". Les acteurs principaux sont Tansu Biçer dans le rôle d’Aziz (connu pour plusieurs séries et films dont "Minuit au Pera Palace") et Özgü Namal dans le rôle de Derya (connue notamment pour "La Vallée des loups").


On y suit l’histoire d’un couple, Derya, comédienne, et Aziz, dramaturge et professeur des écoles. Ils se font licencier du jour au lendemain en raison de leurs idées politiques. Dans le film, Ankara est représentée par Berlin, et Istanbul par Hambourg.



Affiche du film Yellow Letters montrant les visages de profil de Derya et Aziz en haut, surplombant une foule de manifestants en bas.


Yellow Letters est un film dans lequel le peuple turc peut se reconnaître à travers chaque personnage. C’était comme si c’était la même histoire pour chacun d’entre nous, mais d'un autre côté, une histoire totalement différente pour chacun. Derya et Aziz sont des personnages si opposés et pourtant si semblables.


Le film nous fait ressentir des émotions si fortes qu'on peut détester chaque personnage autant qu'on l'aime.


Je trouve que les films turcs sont très longs, et c'est d'ailleurs ce que je le reproche le plus.


Ankara était plutôt bien représentée par Berlin, avec l’université qui me fait penser à l’ODTÜ et ses manifestations. Mais j’ai moins accroché avec Hambourg, qui ne m’a pas fait ressentir l’atmosphère d’Istanbul.


Ce que j’ai apprécié, c’est de me retrouver à travers tous les personnages.

Derya est un personnage complexe, hésitant entre ses convictions politiques et la nécessité de protéger l'avenir de sa fille. Tout au long du film, elle semble chercher sa place, elle navigue entre l'attachement religieux de son frère, les crises d’adolescence de sa fille et les opinions tranchées de son mari, Aziz. On a parfois l’impression qu’elle a toujours vécu à travers les pensées de ses proches, laissant ses choix dépendre constamment de son entourage.

L'intérêt du film réside dans la manière dont Derya réagit face à la pression sociale et professionnelle. Au début, elle est profondément déçue par l'attitude de certains collègues, comme son amie Sema. Alors qu’elles devraient faire front commun face à la censure d’une pièce de théâtre, Derya voit l'attitude de son amie comme une trahison de leurs idées et une forme de soumission au système.

Pourtant, le parcours de Derya est lui-même contradictoire. Lorsqu'elle tente enfin de prendre son envol professionnel, elle se retrouve face aux mêmes problèmes que ceux qu'elle jugeait autrefois. Le film pose alors une question passionnante, peut-on réellement parler de liberté et d'indépendance quand nos choix nous obligent à passer un accord avec un système opposé à nos valeurs ?

D’un côté, on peut dire qu’elle fait ses propres choix et qu’elle est une femme libre. Mais de l’autre, j'ai l'impression qu'on essaie de cacher la réalité derrière le féminisme, alors que le féminisme est, par nature, déjà un engagement politique.


J’ai vraiment accroché au personnage d’Aziz, qui reste toujours fidèle à ses idées politiques. Il est là pour montrer la "vraie vie" à ses élèves et à sa fille, tout en gardant beaucoup de bon sens. Aziz essaie de lutter contre la censure pour construire un avenir meilleur pour sa fille car, lui aussi, pense avant tout à l'intérêt de son enfant. Il est là pour sauver le monde.



Le film montre l’aspect réaliste et triste de la Turquie actuelle qui est dirigée par l’idéologie islamo-politique afin de rester au pouvoirs et de mettre tous ce qu’ils font derrière la religion.

Il y a une injustice terrible en Turquie, si tu as des contacts avec le parti au pouvoirs, on t'aide tout de suite. Mais pour les gens "lambda", ceux qui n'ont pas de connaissances ou qui ne partagent pas ces idées, ils se retrouvent totalement démunis face à la loi. Le film dénonce ce système où la religion sert surtout à se créer des privilèges. 










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