top of page

Jazz is not dead !

il y a 5 minutes
8 min de lecture

Entretien avec Séverine Cappielo, directrice & programmatrice du festival JAZZ À LA PETITE FRANCE à Strasbourg. Un festival de tous les jazz où les femmes ont droit à la moitié de l'affiche, et ce n'est pas facile ... But JAZZ IS NOT DEAD !


7ème édition de ce plein air à prix libre au pied de la cathédrale prévue pendant 3 jours le weekend autour du 14 juillet 2027. www.jazzalapetitefrance.com


Propos recueillis par Jean-Luc Wertenschlag pour Radio Quetsch, l'Alterpresse 68, WNE et tous les médias motivés le 8 octobre 2026 au Goethe Institut de Nancy dans le cadre de la journée professionnelle du NJP (Nancy Jazz Pulsations). Montage Louis Bertrand.





  • Nous sommes le 8 octobre 2026 à Nancy, Goethe-Institut, journée pro dans le cadre du Nancy Jazz Pulsation. Séverine Cappielo, tu es directrice et programmatrice de Jazz à la petite France, à Strasbourg. Est-ce que tu peux te présenter ?


Bonjour ! Je suis Séverine Cappielo, ça fait plus de 20 ans que je travaille dans le secteur des musiques. J'ai un parcours assez éclectique,

j'ai commencé à Marseille à la Friche-Belle-de-Mai.

Je m'occupais tant de musique du monde que de théâtre ou d'autres disciplines. Et ensuite j'ai évolué dans le secteur des musiques actuelles à Marseille d'abord, en travaillant notamment en rap et en baïlé funk, sur des projets tricontinentaux entre Europe, Afrique et Amérique latine. Toujours à essayer de créer des dynamiques de création et de croisement culturel qui se reflètent dans les genres musicaux et sur scène. Ensuite, je suis montée à Strasbourg en 2013 pour m'occuper des Percussions de Strasbourg. Donc là, j'ai basculé en musique contemporaine pendant cinq ans. Et j'ai créé la Sturm Production et le Festival Jazz à la petite France en 2021 à Strasbourg parce que ma passion première dans toutes ces musiques, c'est le jazz. C'est une musique que m'a transmise mon grand-père et à laquelle, en fait, musique dans laquelle je baigne depuis toute petite, voilà.


  • Si on dit jazz, une musique pour vieux, c'est faux ?


Alors ça dépend évidemment de l'image qu'on en a de l'époque et puis de ce qu'on fige, mais jazz is not dead. Que ce soit des groupes comme Ezra Collective actuellement, des jeunes de Londres, qui sont en train de cartonner, première à l'album de jazz dans le top 10 de tous les albums en musiques actuelles depuis très longtemps, ou que ce soit Miles Davis qui le disait à son époque, en fait

le jazz se renouvelle sans cesse.

Et donc, si on va dans des clubbing, écouter du clubbing jazz, c'est un des sujets d'ailleurs de la table ronde cet après-midi, on va rencontrer des jeunes et des jeunes musiciens de jazz qui s'intéressent au jazz et qui ont moins de 30 ou 35 ans. Et puis s'il y en a aussi pour les plus âgés, il y en a pour tous les âges. Et ça fait plus d'un siècle que ça dure. Donc non, le jazz n'est pas figé. Sous réserve qu'on soit d'accord pour continuer à ouvrir ses oreilles. Et en tant que public, aller vraiment s'intéresser aux nouvelles dynamiques du jazz, aux nouveaux artistes du jazz, au new jazz, etc.



  • Admettons qu'il y ait des jeunes qui s'intéressent au jazz, comme tu le suggères, mais les femmes, est-ce que les femmes ont le droit de faire du jazz ? Est-ce un milieu réservé aux hommes ?


La question de la place des femmes dans la musique et dans le jazz, elle est la même dans le jazz que dans la musique, elle est un petit peu plus poussée dans le jazz parce que dans le jazz on va donner beaucoup d'importance au solo et à la performance. Des qualités plutôt autorisées et encouragées dans l'éducation qu'on reçoit chez les hommes, alors qu'on va plutôt pousser les femmes à être interprètes, à se contenter d'une partition, à moins faire entendre leur voix, à moins être dans la performance. Et ça vient de l'éducation. Ce qui fait qu'il est plus difficile pour les femmes de se faire une place dans le jazz, par rapport peut-être à la pop music où elles se font largement entendre. Avec des artistes comme Madonna, Beyonce ou Aya Nakamura, on voit bien maintenant que les femmes ont vraiment pris leur place dans la pop, ça reste plus difficile en jazz. Mais historiquement, si on prend les marraines, les Bessie Smith, les reines historiques du blues, c'était des femmes, des femmes qui ensuite se sont fait voler leurs droits d'auteur d'ailleurs par des hommes. Mais néanmoins, les femmes ont toujours été présentes dans l'histoire du jazz. Il y a heureusement aujourd'hui beaucoup de musicologues, de passionnés, programmeurs et programmatrices de jazz qui travaillent à rendre hommage à ces femmes dans le jazz historiquement ou dans les femmes actuelles. Donc les femmes sont bien là, bien présentes.

Nous, on programme 50% de femmes sur la scène du festival.

Et ça veut dire qu'on les trouve, ça veut dire qu'elles existent, elles sont là. Mais elles sont moins présentes, invisibles, comme ailleurs en musique. Et donc, ça demande beaucoup plus de travail en programmation pour aller les chercher, les dénicher et pour ensuite faire un travail de visibilisation pour que le public apprenne à connaître leur musique et les découvre sur scène.


  • Jazz à la petite France, c'est un projet plutôt original, au cœur du quartier historique, touristique de Strasbourg. On avait vraiment besoin de ça ? Pourquoi le faire Jazz à la petite France ? Pourquoi un prix libre alors que l'amateur, l'amatrice de jazz sont prêts à payer !


Il faut se remettre dans le contexte et dans l'histoire. Quand on est né, on était en plein Covid. En 2020, Emmanuel Macron annonce qu'il va être interdit pour le milieu du spectacle vivant, les musiciens et les musiciennes de travailler. Interdit de programmer des spectacles ou alors dans des jauges extrêmement réduites. Et la plupart des musiciens, musiciennes de Strasbourg en jazz se sont retrouvés les bras ballants, sans tourner, avec des dates annulées. C'était vraiment très difficile, sachant que à Strasbourg et en Grand Est en général, on a quand même un niveau en jazz assez élevé. Il y a une grosse tradition aussi des musiques contemporaines et des musiques savantes en Alsace et dans la Ruhr au sens large, donc il y a un bon niveau, par exemple avec le Jazz Campus à Bâle. Il y a donc un bon niveau d'enseignement supérieur du jazz, avec beaucoup de musiciens et musiciennes formés au plus haut niveau qui sortent chaque année des conservatoires dans notre région. Et tous ces musiciens et musiciennes sont indépendants.

Et quand on leur a interdit de jouer, qu'on nous a interdit d'organiser des spectacles, c'était terrible pour tout ce secteur.

Donc on s'est dit que c'était justement le moment de ne pas baisser les bras et qu'il fallait continuer pour les gens et le grand public à ce qu'on ait le droit de se rassembler, de savourer la musique et de continuer à découvrir des nouveaux artistes. Et pour les musiciens et musiciennes, de continuer à jouer. Alors à ce moment-là, l'association s'est fondée. En fait, je vivais à ce moment-là rue Jean Sturm, d'où le nom Sturm Production, qui veut dire aussi Tempête, et qui en fait est accolée à la place Saint-Thomas dans ce centre historique. Et à l'époque, on ne pouvait pas aller à plus de 1 km. Et on ne savait pas combien de temps ça allait durer. Avec plusieurs membres de l'association qu'on a fondée, qui étaient tous des mélomanes et qui allaient dans toutes les jams de jazz de Strasbourg, on ne pouvait plus aller dans aucune jam, il n'y en avait plus. Et on s'est dit, allez, on monte un festival. Et on va le faire en bas de la maison, comme ça, c'est dans le périmètre du kilomètre. Et ce sera légal. Et on va le faire en plein air, comme ça, on n'a pas de problème de jauge, on ne va pas nous interdire de jouer ou de travailler. Donc, en fait, on a intégré toutes les contraintes du Covid, des autorisations et réglementations du moment pour quand même continuer à faire notre métier. Et puis, à nous régaler, c'est-à-dire pour que les artistes puissent offrir leur musique au public et que le public ait le droit de venir découvrir des artistes. Et la première édition, c'était fabuleux. La plupart des gens, c'était leur premier concert depuis un an. Alors, ils se faisaient des câlins, ils venaient de Karlsruhe, Nancy, de toute cette immense zone. Parce que là, les frontières avaient été fermées pendant plus d'un an. Là, il n'y avait presque plus de frontières pour ce festival. Elles avaient été ouvertes et les gens venaient de partout. l'ambiance était incroyable.

Donc, Jazz is not dead. Et en plus, là, clairement, le jazz, c'était la vie. On revivait grâce au jazz.


  • Vive le Covid et merci Emmanuel Macron. Sinon, tu parlais de Karlsruhe. Là, on est au Goethe-Institut à Nancy. Strasbourg, c'est presque une ville allemande. Enfin, la banlieue allemande est à Kehl. Est-ce qu'il y a des liens avec l'Allemagne, avec les artistes allemands, avec les festivals allemands, avec le public allemand ?


Alors, dans le public, oui, il y a beaucoup d'Allemands qui viennent, de publics transfrontaliers,

des gens qui viennent depuis Karlsruhe, parce qu'en fait, comme on fonctionne sur la base du prix libre, c'est-à-dire un don, on connaît nos donateurs et on a effectivement des fidèles de la zone transfrontalière assez large, qui vont venir même de Lyon et de Genève, et au-delà jusqu'à Karlsruhe. Ensuite, on a dans les professionnels, des partenaires qu'on va retrouver dans tous les réseaux jazz transfrontaliers, des salles de jazz ou des festivals de Munich, de Berlin. On accueille beaucoup d'artistes de Berlin, pas mal d'artistes suisses, parce qu'on est partenaires de Pro Helvetia. Ce sont des liens assez naturels. Soit qu'on tisse au fil de nos activités, soit au fil de notre programmation, puisque dans notre programmation on essaye d'avoir toujours des artistes allemands et des artistes suisses sur chaque édition. Par exemple, on a reçu le Jünger Jazz Orchestra de Bâle, donc l'Orchestre des Jeunes de Jazz de Suisse, Orchestre National. On est en lien avec le Jazz Campus de Bâle au niveau universitaire et académique. Ce sont des liens réels mais qui ne sont pas forcément structurés, c'est-à-dire pas forcément systémiques.



  • Strasbourg, pour ceux qui ne connaissent pas, si tu as des amis qui arrivent à Strasbourg, qui ne connaissent pas la ville, tu les emmènes où ? Quel est l'endroit le plus incroyable ? Le parc, le bar, le resto, la salle de concert, le monument historique ?


Manger une choucroute de poisson à la maison Kammerzell, monter en haut de la cathédrale, même si je ne l'ai pas encore fait, monter en haut des ponts couverts, c'est incroyable. Et il faut dire que du haut de la cathédrale, on voit la Forêt Noire. Et puis, j'adore le jardin botanique. J'adore les jardins en général, donc le parc de l'Orangerie, le jardin botanique, se balader en vélo, découvrir le port autonome de Strasbourg qui est mine de rien une ville dans une ville et occupe quasiment la moitié de la ville. En tant qu'ancienne marseillaise c'est quelque chose, ce sont mes balades préférées, même si là c'est rentrer dans le monde des dockers, c'est rentrer dans le monde urbain dans un aspect finalement un peu moins connu des strasbourgeois même mais qui rappelle que Strasbourg est un port.

Et que Strasbourg doit sa richesse et son histoire vivante au Rhin, à ce port, au fait qu'on est un port entre Bâle et Rotterdam.

Avec les niveaux d'eau qui baissent, je crois qu'à Karlsruhe, ils sont très impactés, ça remet en cause tout l'écosystème historique, culturel et économique de notre ville, même si on n'en a pas encore bien pris conscience, mais ça fait partie des sujets qu'il va falloir qu'on travaille tous sur les prochaines années.


  • Il n'y a qu'une heure de tram entre la gare de Strasbourg et le port du Rhin. Pour clôturer cet entretien, si on est intéressé, comment on découvre Jazz à la petite France sur Internet ?


Jazz à la petite France sans accent : toutes les actus sont là-bas c'est le week-end du 14 juillet. C'est le même week-end que le festival Décibulles que je recommande évidemment aussi, donc vous pouvez faire les deux, vous pouvez venir un jour ou deux à Jazz à la petite France et le troisième à Décibulles, c'est le tour des festivals du Bas-Rhin, des gros spots du 14 juillet.


  • Merci beaucoup. Séverine Cappielo, directrice et programmatrice du festival Jazz à la petite France à Strasbourg.



 
 
bottom of page