Les maux dites envies
- Jean-Luc Wertenschlag
- 1 janv. 2026
- 19 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Paroles de femmes
est un groupe de parole créé au sein du CSAPA Colmar afin d'offrir un espace sécurisé, bienveillant et exclusivement réservé aux femmes concernées par les conduites addictives. Ce temps d'échange permet d'aborder librement des thématiques souvent peu évoquées, telles que les violences conjugales, la maternité, la santé mentale, l'estime de soi ou encore les injonctions sociales. À travers le partage d'expériences et le soutien mutuel, ce groupe vise à rompre l'isolement, favoriser l'expression de chacune et accompagner le parcours de soins.
Les maux dites envies
est un podcast consacré à l'addiction au féminin. À travers des témoignages, des échanges et des regards de professionnels, il met en lumière les réalités souvent invisibles vécues par les femmes confrontées aux addictions. Son objectif est de sensibiliser, déconstruire les idées reçues, lutter contre les stéréotypes et donner une voix à celles dont les parcours restent encore trop peu entendus. Un micro-trottoir réalisé dans les rues de Colmar complète cette émission.
Découvrez ces productions
Émission "Les maux dites envies", podcast à écouter https://podcast.ausha.co/wne/lesmauxditesenvies
Micro-trottoir "Addictions dans les rues de Colmar" https://podcast.ausha.co/wne/addiction
Rappel de l'URL du présent article
En direct sur Radio Quetsch
Nos amis du Sundgau ont donné la parole aux femmes en juillet 2026... Merci à radio-quetsch.eu
Réalisation
Atelier podcast réalisé avec le groupe de parole de femmes du CSAPA Argile à Colmar en 2025/2026 avec la complicité de l'équipe Radio WNE, Jean-Luc, Lévi, Fatma, Julia, Giulia, Angela.
Accompagnement
Il existe différents types d'accompagnement et de prise en charge. Aides pour faire le point sur sa consommation de substance psychoactive.
En ligne
Addict’aide : https://www.addictaide.fr
Tabac info service : https://www.tabac-info-service.fr, ou par téléphone : 3989
Alcool info service : https://www.alcool-info-service.fr, ou par téléphone : 0 980 980 930
Drogues info service : http://drogues-info-service.fr, ou par téléphone : 0 800 23 13 13
Structures spécialisées
Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) : structures médico-sociales où la prise en charge est gratuite et peut être anonyme. Les CSAPA sont constitués d’équipes pluridisciplinaires (médecins, psychologues, assistants sociaux, éducateurs)
Consultations jeunes consommateurs (CJC) : ces consultations s’adressent plus spécifiquement aux personnes de moins de 25 ans. Les CJC sont rattachés aux CSAPA et disposent également d’une équipe pluridisciplinaire
Consultations hospitalières : de nombreux hôpitaux assurent des consultations en addictologie. Ils disposent également d’équipes de liaison et de soins en addictologie (ELSA) qui interviennent dans les différents services hospitaliers lorsqu’un patient présente un problème de pratique addictive
Addictologues ou tabacologues libéraux : ces médecins permettent une prise en charge en médecine de ville et peuvent travailler en liaison avec le autres structures spécialisées (CSAPA, CJC, ELSA…)
Les adresses des structures spécialisées sont disponibles auprès des médecins traitants ou sur les sites internet spécialisés (Addict’Aide, Alcool Info Service, Drogues Info Service, Tabac Info Service).
la question de l'abstinence : l'abstinence ou du moins la volonté d'abstinence, condition sinequanone pour se décider à demander de l’aide... ?
Les difficultés du rétablissement ne se limitent pas à une question d’abstinence. Il s'agit aussi de reconstruire sa confiance en soi, de retrouver un équilibre émotionnel, et de trouver de nouvelles sources de bien-être. Donc, le rétablissement, c'est un processus global, pas juste une question d'abstinence.
En général, pour la plupart des personnes dépendantes, l'idée de consommer de façon « normale » est très difficile, car l'addiction modifie le cerveau et les comportements. Cependant, certaines personnes parviennent à atteindre une forme de rétablissement où elles peuvent avoir une consommation très modérée et contrôlée, mais c'est plus l'exception que la règle. En général, on mise plutôt sur une abstinence totale ou une consommation très contrôlée, encadrée et réfléchie. Donc, c'est possible, mais c'est assez rare !
Les professionnels de santé pour la plupart, malheureusement pas tous, ont bien compris qu'il s'agit de notre bouée de secours ! Ainsi demander à un addict de s'en défaire de manière trop précoce et radicale est d'une part vouée à l'échec et d'autre part dangereux car cela peut conduire à une dépression sévère entre autres… Car finalement se soigner et se rétablir ce n'est pas l'absence d'addiction mais c'est la capacité à être bien dans ses baskets ! N'oublions pas que se rétablir n'est pas quelque chose de linéaire. La rechute fait partie de la guérison. C'est certainement une des choses les plus difficiles à réaliser…s’il faut, pour certains, passer par une énième cure, il ne faut pas hésiter, jusqu'au jour où ce sera la bonne ! Culpabiliser ne sert à rien lors d'une rechute, l’important est de ne surtout pas rompre le lien avec la structure d'accompagnement. En remontant en selle à chaque fois, cela nous permet de gagner des ressources qui vont nous aider à nous relever plus rapidement afin de continuer notre chemin vers la libération :) !
Transcription de l'émission radio
Extraits de l'émission à écouter ici : https://podcast.ausha.co/wne/lesmauxditesenvies
Présentation du groupe
[Blandine]
Bonjour, je m’appelle Blandine, je suis psychologue clinicienne et, depuis 2024, j’anime le groupe “Paroles de Femmes”. Ce groupe, on l’a créé après avoir fait un constat tout simple : au CSAPA, il y a plus d’hommes que de femmes… et ça se ressent aussi dans les activités collectives. Les chiffres de l’OFDT confirment cette tendance : les hommes consomment, en moyenne, plus que les femmes. Et forcément, cette différence crée un déséquilibre dans la participation et la présence de chacun. Alors on s’est dit : pourquoi ne pas créer un espace rien que pour elles ? Un lieu où les femmes puissent se retrouver, se sentir en sécurité, et surtout…parler librement. Parce que libérer la parole des femmes, c’est devenu notre combat ! Et pour vous en dire un plus sur ce que ça change concrètement, je laisse maintenant la parole...
[X]
Bonjour, j’ai un peu plus de 40 ans et j’ai connu de nombreuses addictions depuis mes 18 ans, avec des moments ou années de pause. Mais à chaque fois que la vie me mettait des bâtons dans les roues, rebelotte, je me tournais vers une nouvelle addiction. Jusqu’au moment où j’ai été prête à dire “faut que ça change! J’ai pas envie de savoir quelle sera ma prochaine addiction”. Bon je vous avoue que j’ai quand même d’abord essayé seule, persuadé d’y arriver, comme toutes les femmes du groupe de parole. Puis un jour, en pleure, démunie, perdue dans mon fléau d’addiction, j’ai pris mon téléphone pour me tourner vers des spécialistes du domaine et j’ai appelé le Csapa comme une naufragée jetant une bouteille à la mer. Un mélange de désespoir et d’espoir en attendant une main tendue.
Les professionnels du CSAPA (centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie) ne m'ont pas seulement tendu la main. ils m’ont ouvert leurs portes avec bienveillance, leurs oreilles avec attention et m’ont offert tous ensemble, une boussole pour me guider sur mon chemin de vie tel que je le souhaite et qui me correspond. Et la grande classe dans tout ça, je tiens à le souligner, c’est qu’ils le font avec cœur, respect, acceptation et sans jugement. Truc de fou ! 🙂
Et puis un jour comme un autre, lors d’un rendez-vous avec mon psy du centre, ce dernier m’a proposé d'intégrer le groupe de parole de femmes. “Moi, intégré un groupe de parole, de femmes ?!”… J’étais sceptique mais il m’a convaincu en me parlant de leur projet : créer un podcast autour d’un thème central “les femmes et les addictions”.
Ça fait maintenant un an que j’ai rejoint le groupe de parole et que de changements dans ma vie ! Un orteil devant l’autre j’avance, grâce aussi au soutien de ces femmes merveilleuses. Nous nous écoutons, échangeons, pleurons, rigolons. Notre groupe de parole comprend des femmes de tout âge, de diverses origines socio-culturelles, confrontées à des addictions variées. Un groupe totalement hétéroclite et pourtant nous sommes toutes les mêmes dans le fond. Notre souffrance nous a réunit, nos rechutes et nos réussites fortifient nos liens et le temps renforce l’esprit de notre groupe. Petit à petit nous nous ouvrons les unes aux autres, nous partageons des moments de vie, nous apprenons à libérer notre parole. Et je vous assure que dans nos vies personnelles, nos langues se délient aussi jusqu’à nous surprendre nous-même ! Pour vous donnez un exemple, j'ai écrit 2 slams dont un qui a été enregistré ( Merci Jean-Luc de me l’avoir proposé !) et je les ai même défendu sur scène devant des slammy de talents venant de toute la France. Incroyable ! Autre exemple, une femme du groupe a réussit à faire valoir ses droits auprès du proprio de son appartement. Grande épreuve pour elle. Bon elle a faillit le rappeler 2 min après qu’il soit partie pour revenir sur sa position mais elle a tenu bon ! Bravo. Défendons nos droits !
Aujourd'hui j’ai trouvé un groupe qui me correspond, me comprend, ne me juge pas, m’accepte dans les rires comme dans les larmes et m’offre cette chaleur humaine, cet espoir en la vie et la bonté.
Nous ne voulons plus être comme nous devrions être aux yeux des autres, nous nous offrons l’opportunité de devenir qui nous sommes depuis toujours. Par le passé, nous nous sommes anesthésiées grâce au voile de l’illusion des paradis artificiels (n’est-ce pas Baudelaire!). Mais aujourd’hui nous avançons à notre rythme pour trouver notre voie, notre joie. Certaines sont devenues abstinentes ou quasi-abstinentes, pour d'autres le chemin est un plus caillouteux et s’écorchent encore les genoux MAIS! dans le groupe nous avons pleins de sparadrap, donc même pas peur ! Une pour toutes, toutes pour unes !
Notre secret dans tout ça : avoir poussé la porte du CSAPA. Seule on va plus vite, ensemble on va plus loin. Donc nous avons décidé de relever la tête et de regarder l’horizon et de voir quelle surprise il nous réserve !
De quoi parle-t-on ?
Mais finalement être addict, qu'est-ce que c'est… ?
L'addiction selon nous, personnes dépendantes (définitions subjectives et témoignages). J'ai choisi de partager avec vous une lettre destinée à mon addiction que j'ai écrite il y a quelques années déjà
“Lettre à toi, mon addiction,
Avec douceur, j'ai compris que toi et moi étions soudées : nous perdurons dans le temps… tu es là, je le sais et j'ai décidé de l'accepter…
Car si tu es là c'est apparemment parce que j'ai eu et j'ai encore besoin de toi.
Si tu es là, c'est pour prendre la place de quelque chose que je ne suis pas encore prête à découvrir…
Mais si tu l'acceptes comme je t'accepte désormais, peut-être pourrions-nous à un moment ou un autre aller voir ce que je cherche à combler ?
Cela prendra le temps que ça prendra, peut-être des années…
J'ai bien compris, je ne vais pas te presser, je ne vais pas te frustrer et surtout je ne te mettrai plus la pression !
Cette pression est probablement la raison de notre rencontre…
Trop de pression ! Inutile, vaine, chimère !
Là où moi, j'ai besoin de douceur…
Mais consciente que tu pourris ma santé, il va falloir un jour se séparer...
Tu es là pour me signifier quelque chose ou plutôt un manque, un besoin.
Je ne saurais te dire quand sera venu l'heure de nous dire “ Adieu”, alors ce que je te propose c'est que toi et moi nous allons devoir nous entendre et nous accorder.
Apprends-moi, je t'en conjure !
Apprends-moi à comprendre ce qui ne va pas,
Parle-moi !
Montre-moi !
Car tu n'es pas mon ennemie, tu es le reflet de mon rapport au monde, tu es le miroir de mon rapport avec moi-même… petit à petit j'ai compris que tu étais tel un radar à : “là je ne m'écoute pas, je ne me respecte pas”.
Donc plus je serai bienveillante envers moi-même moins j'aurais besoin de toi…
Tu es mon opportunité de travailler sur mon langage intérieur, sur mes différentes problématiques, sur mes souffrances, sur le non-dit…
Je t'accepte donc dans ta complexité car j'ai compris que tu faisais partie de moi pour le moment et tu sais quoi ? On va prendre le temps qu'il faudra et je te comprendrai un jour… ce jour-là je te laisserai aller…. Loin de moi….
Toi et moi, on va faire un chemin de communication, même si cela doit prendre plusieurs années, je te laisse la place pour apprendre à t'écouter, à t'appréhender, à te comprendre.
Car en t'acceptant, j'ai déjà une grande partie de ta compulsion (craving) qui diminue…”
L'addiction n'est ni un choix, ni une question de volonté, c'est une maladie !
(Définitions scientifiques et chiffres)
Selon le ministère de la Santé française, l'addiction, c’est l’impossibilité répétée de contrôler un comportement, et la poursuite de ce comportement en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives. Ça englobe aussi bien les addictions aux substances (alcool, tabac…) que les comportements (jeux, écrans, tca : trouble du comportement alimentaire …).
Et pour ajouter une pincée de rigueur clinique, l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives) enrichit cela : l’addiction, c’est la perte de contrôle durable sur une consommation ou un comportement, accompagné de ce fameux craving – cette pulsion irrésistible qui vous tire vers ce comportement, souvent des années après un premier arrêt. Et tout ça, malgré les dégâts physiques, psychiques, sociaux ou financiers.
L'addiction est donc un trouble physique et psychique. C'est un état de dépendance qui nous change totalement. Plus rien ne nous anime à part l'idée de consommer.
L'addiction modifie le fonctionnement du cerveau, notamment le circuit de la récompense. Une fois que ce circuit est altéré, le cerveau a tendance à rechercher la substance de façon compulsive, ce qui rend la dépendance chronique. C'est pour ça qu'on parle souvent d'addiction comme d'une maladie chronique. Donc, en gros, le cerveau « se souvient » de la substance et a beaucoup de mal à retrouver un état de fonctionnement « normal ». C'est ce qui rend le parcours de rétablissement parfois si délicat.
Déconstruisons les clichés
Quand on parle de drogues, on pense souvent à deux catégories : les dures et les douces. Mais en réalité, cette distinction n’a pas de vrai fondement scientifique. Certaines substances dites “dures” comme l’héroïne ou la cocaïne ont un potentiel addictif élevé mais peuvent être moins toxiques que des substances dites “douces”. Prenons l’alcool par exemple : socialement accepté, accessible et même parfois valorisé. C’est en réalité une des substances les plus nocives pour la santé publique, après le tabac (deux drogues légales). L’alcool présente une toxicité bien supérieure à celle de l’héroïne par exemple, et c’est la seule substance qui peut provoquer la mort lors d’un sevrage. Il nous paraissait important de rappeler que toutes les drogues se valent. Il n'existe pas de drogue douce… car les mécanismes sont les mêmes qu'il s'agisse des drogues légales (le tabac, l'alcool, les médicaments) ou illégales (cannabis, héroïne, cocaïne, drogue de synthèse ecstasy MDMA LSD kétamine…etc)
En France, l’usage d’alcool est considéré par la plupart des personnes comme une activité sociale, il a une image festive et positive avec un bon nombre d'occasions de consommer. Cependant, il n'en est pas moins dangereux bien au contraire ! Il s'agit de la seule substance, qui arrêtée de manière brutale peut conduire à la mort. (delirium tremens) aussi en comparaison avec l'héroïne, qui est quand même considérée comme LA drogue par excellence, l'alcool possède une neurotoxicité bien supérieure que celle de l'héroïne. Pour exemple, la consommation d’héroïne chez la femme enceinte aura moins d'impact sur le nouveau-né que la consommation d’alcool (syndrome d'alcoolisation fœtal) Sa consommation durant la grossesse est associée à un risque accru de prématurité, de retard de croissance intra‑utérin mais également au risque de perte fœtale et de naissance d'un enfant mort‑né. À noter que la toxicité périnatale de l'alcool engage aussi bien les hommes que les femmes. La consommation d'alcool par le géniteur au moment de la conception expose l'enfant à : des malformations (effet tératogène) ; des troubles du neurodéveloppement.

Le craving expliqué sous forme de petit sketch
Voix 1 — calme, posée :
"Non… Aujourd'hui, je ne bois pas. Pas une goutte. Je suis fort·e. Je contrôle."
Voix 2 — plus vive, un peu sournoise (c’est le craving) :
"Oh allez… juste un petit verre… pour te détendre… tu l’as bien mérité."
Voix 1 — agacée :
"Non ! Je sais très bien comment ça finit. Une goutte, et… c’est la cascade."
Voix 2 — persuasive, comme un vendeur de tapis :
"Mais non… juste un… le soleil brille, tu es de bonne humeur… ça serait dommage de gâcher l’instant…. allez on ne vit qu'une fois, profite !”
Voix 1 — hésitante :
"Bon… peut-être… juste un verre alors…"
Voix 2 — triomphante :
"Ha ! Voilà… je savais que tu ne pouvais pas résister. Maintenant, laisse-moi faire, je prends le volant."
(Silence dramatique… puis bruit d’un verre qui se remplit.)
Le craving, c’est ça : une voix interne insistante, souvent rusée, qui essaie de contourner vos bonnes résolutions, parfois en quelques secondes.
Il sera donc intéressant de travailler sur les différents déclencheurs de ces craving. D'une part cela va permettre de réduire les risques de rechute et d'autre part les identifier va aider la personne dépendante à comprendre ce qu'elle recherche à travers son addiction. Et c'est bien ça le nerf de la guerre !
Les conséquences
L'addiction est donc une incapacité à s'abstenir et ce malgré les conséquences délétères.
Perte de motivation et altération du circuit de la récompense
La dégradation des relations avec l'entourage (famille, amis…)
L'isolement (autosuffisance avec le produit)
L'estime de soi qui chute considérablement. (Honte et culpabilité nous ne sommes plus maître de nous-même mais on devient esclave d'une substance ou d'un comportement)
Absentéisme (échec scolaire, travail, perte d'emploi)
Marginalisation
Difficultés financières (précarité, surendettement)
Abus, Violences conjugales, agressions sexuelles…
En France, l'alcool joue un rôle important dans les violences faites aux femmes. Par exemple, environ 62 % des tentatives d'agression sexuelle impliquent un auteur sous l'influence de l'alcool. De plus, 23 % des victimes de viols mentionnent avoir consommé cinq verres ou plus d'alcool. Une étude de 2021 a révélé que 20 % des homicides conjugaux sont commis sous l'emprise de l'alcool ou de drogues. De plus, 29 % des victimes de violences conjugales indiquent que l'auteur était sous l'influence de l'alcool ou de stupéfiants au moment des faits. Ces chiffres montrent à quel point, toutes ces substances peuvent être des déclencheurs importants de comportements violents. Nous parlerons de cela de manière plus détaillée dans le deuxième podcast.

Nous ne sommes pas tous égaux face à l'addiction
Facteurs et prédispositions
Rappelons que l'addiction est la rencontre entre un individu et une substance/ un comportement dans un contexte donné/précis, un environnement.
Certaines personnes ont déjà des vulnérabilités au niveau du circuit de la récompense avant même de développer une addiction. Cela peut être lié à des facteurs génétiques, des expériences de vie, des traumatismes, ou même des troubles psychologiques sous-jacents. Ce qui se passe, c’est qu’une personne qui a déjà un fonctionnement un peu différent au niveau de la récompense va être plus encline à chercher des sources de plaisir plus intenses, et ce, dès le départ. Donc, l’addiction peut être une sorte de mécanisme de compensation à un mal-être ou à une recherche de plaisir plus intense. C’est un cercle un peu vicieux, et c’est pour ça que le travail sur soi, sur les émotions et sur les comportements est essentiel pour rééquilibrer tout ça.
Inégalité hommes / femmes
En France, les femmes représentent plus d’un tiers des usagers de drogues, mais elles sont seulement un usager sur cinq en traitement, ce qui montre qu’elles accèdent moins facilement aux soins. Elles sont aussi plus souvent orientées vers les services sociaux pour des troubles de santé mentale. Par ailleurs, les femmes sont plus enclines au mésusage de médicaments sur prescription.
Elles sont plus enclines à consommer des substances pour gérer des émotions négatives. Une étude publiée dans la revue "Psychotropes” souligne que les femmes toxicomanes présentent plus souvent que les hommes des traumatismes liés à des abus physiques et sexuels, ainsi que des troubles psychiatriques associés.
Du point de vue biologique, il existe également de grandes différences.
A même âge, même poids, même quantité d’alcool absorbée, l'alcoolémie sera plus élevée que celle de l’alter ego masculin. Il y a moins de masse musculaire, et plus de masse graisseuse. L’absorption de l’alcool est donc ralentie et ses effets diminuent plus lentement. Selon la constitution de leur flore intestinale (microbiote), l’alcool passerait plus vite dans le sang et en quantité plus importante. L'alcool reste concentré plus longtemps dans le sang et les tissus que chez l’homme. Concernant le cannabis, les œstrogènes joueraient un rôle neurobiologique dans la facilitation du craving en cas de consommation. Pareil pour la cocaïne et les amphétamines, où il y aurait également une vulnérabilitéś en période menstruelle. Côté comportements, les achats pathologiques pourraient être sur-représentés chez les femmes. L’étude EVADD (Écrans, Virtuel, ADdiction, Digital) récemment conduite en France retrouve un usage problématique du smartphone plus important que les hommes mais il faudrait d’autres études pour explorer cette différence…
Les freins à l'accès aux soins
Les femmes addictes se retrouvent souvent prises dans une double peine : leur addiction est parfois minimisée ou vue comme un symptôme d’un "trouble mental" plutôt que comme un vrai problème d’addiction. Alors qu’avec les hommes, on a tendance à reconnaître plus directement leur addiction comme un problème principal.
Pourquoi ? Parce que les stéréotypes jouent à fond. La femme “fragile”, “émotionnelle”, “souffrant en silence”... Du coup, les structures sociales ou médicales vont souvent orienter les femmes vers des services de santé mentale ou sociaux avant de traiter l’addiction elle-même. Pour les hommes, on se focalise plus volontiers sur la toxicomanie ou l’alcoolisme.
Résultat ? Les femmes ont souvent plus de mal à accéder à des soins spécialisés en addiction et à être prises au sérieux sur cet aspect. Ça crée une vraie inégalité, alors que leur addiction est tout aussi grave et mérite une prise en charge spécifique. C’est un biais qui freine la reconnaissance et l’accompagnement adapté des femmes.
Parmi les autres freins, on retrouve la peur du jugement social, la culpabilité liées aux rôles traditionnels de la femme, la stigmatisation. Charge mentale et pression sociale, “une femme qui boit, ce n’est pas beau” vs un homme qui consomme, est gage de masculinité ! La honte et la méfiance s’ajoutent à d’autres barrières dans l’accès aux soins, et notamment celles qui découlent de l’inégalité persistante entre les genres dans la société en général. On sait en effet qu’aujourd’hui encore, les femmes ont plus souvent des revenus inférieurs à ceux des hommes, des emplois plus précaires, plus de responsabilités familiales et représentent aussi la majorité des familles monoparentales. Et, certaines ont peur, à juste titre, de se voir retirer la garde de leurs enfants.
Pour ce qui est des solutions adaptées, on a remarqué que les groupes de soutien entre femmes, les approches plus personnalisées et la prise en compte des spécificités féminines sont très efficaces.
Au Québec, un site internet d'accompagnement thérapeutiques à été ouvert, et ils ont pu constater que le côté anonyme rassurait les femmes, car elles représentaient 50% des membres (contre ⅕ dans les structures).
Pour se soigner il est important d'accepter que l'on ait besoin d’aide. On ne s'en sort pas tout seul, il faut être accompagné…et c'est certainement une des étapes les plus difficiles !

Allô… Docteur ?
Déclic et prise de conscience
de la nécessité d'être aidé... Le courage d’en parler, premier pas vers le rétablissement !
Témoignages du groupe
Quand, pourquoi, comment:
Causes du déclic :
Honte jusqu'à difficulté d'en parler au médecin traitant
Raconter comment cela s'est passé …. Etc….
Les différents types d'accompagnement et de prise en charge
Voir plus haut.
Témoignage de cure
Je souhaitais partager avec vous mon expérience, car mon séjour en cure a été hyper bénéfique pour moi. J'ai mis beaucoup de temps avant de me décider. Au final, je conseillerais à toute personne souffrant de dépendance de tenter l'expérience, on a rien à perdre… J'ai commencé à consommer très jeune et j’ai vite compris que j'aimais beaucoup trop ça. Souffrant d'anorexie mentale à 12 ans, je me suis auto-soignée, inconsciemment bien sûr, en commençant à boire et à fumer du cannabis. On peut dire que j’ai switché d'un comportement addictif (TCA) à une addiction au produit. L'alcool étant très calorique et la fumette ouvrant l'appétit, j'ai repris du poids très vite! Ainsi pour mon entourage j'étais guérie.
Au sortir du collège, j'étais alcoolique et accro à la clope et au shit !
En trouvant refuge dans la consommation dès l'adolescence, mon rapport au monde, aux autres et à moi-même s'est construit de manière totalement biaisée.
À l'âge de 17 ans j'étais à une bouteille de vodka minimum pour avoir ma dose. Ensuite se sont suivis des années d'errance thérapeutique, de consommations en tout genre et ce jusqu'à l'âge de 30 ans. J'étais à bout, j'étais dépressive. L'addiction avait pris une place prépondérante dans ma vie. A tort, j’en ai conclu que le seul moyen de ne pas consommer était de ne rien ressentir….
Alors j'ai passé quasiment 5 ans à alterner périodes de consommation et périodes d'abstinence. La seule manière que j'avais trouvé de ne pas consommer état de me mettre sous cloche.
Je réussissais à être abstinente durant plusieurs mois consécutifs mais à quel prix ? Ces moments-là, je me coupais de tout, des autres, du monde , de mes émotions. Même écouter de la musique pouvait réveiller mes envies…Ma vie était devenue monacale…ce qui est fou, c’est que je pensais me soigner: satisfaite de réussir enfin à ne pas consommer…. et quand on est un légume ça aide!! C'était devenu obsessionnel cette quête de l'abstinence, et ce coûte que coûte!
Résultat je n'avais plus envie de rien! Mais se soigner d'une addiction ce n'est pas cesser de consommer: c'est parvenir à vivre sans et je dis bien “vivre”...car ces longs mois de sobriété étaient tellement douloureux qu'ils étaient inévitablement ponctués d’une rechute…on ne peut pas arrêter de consommer tant qu'on va mal. J’ai mis beaucoup de temps à le comprendre, l'addiction n'est que le symptôme d'un mal-être, dont il fallait trouver la cause.
À 35 ans j'ai décidé d'aller en cure suite à une discussion avec mon psychiatre.
Et si, pour une fois, la solution n’était pas de lutter… mais de s’extraire ? Et là, j'ai ressenti comme un soulagement, j'avais une issue de secours…bizarrement avant, je ne pensais pas à cette possibilité. Je croyais que la cure était réservée aux personnes qui consommaient de manière quotidienne, du soir au matin et ce sans relâche…
À partir de ce moment-là, on est dans l'attente. Dès qu'une place se libère, l'hôpital nous appelle. Et ce jour je m'en souviens très bien, cette fois-ci je ne pouvais plus reculer, je m'étais engagée envers mon psychiatre et aussi envers moi-même. Sauf que ce jour-là, une petite voix me disait “n'y va pas!” Habituée à la solitude et à la pseudo liberté de dormir et manger quand bon me semble…En réalité, j'avais peur! Peur de me retrouver emprisonnée entre 4 murs avec un cadre trop strict…Peur de me retrouver avec des fous ( clichés sur la psychiatrie ) et puis, on m'avait expliqué qu'il était impossible de fermer la porte de sa chambre à clé…je sentis monter l'angoisse accompagnée de tous les arguments possibles pour rebrousser chemin….le lendemain matin, j'étais en cure de désintox!
Il faut savoir qu'il existe deux grandes sortes de cure: la cure de désintox et la Postcure.
La cure de désintoxication, c’est généralement un séjour en milieu hospitalier. L’idée, c’est de stabiliser le patient, de l’aider à se sevrer des substances (avec parfois une béquille médicamenteuse). Pendant cette période, il y a un cadre médical ( psychiatre, psychologue, psychomotricienne, infirmiers..) et des activités thérapeutiques (art thérapie, activités sportives, groupe de paroles). Il est possible de sortir du centre hospitalier en journée, ce qui laisse la porte ouverte aux tentations. Si bien que la 3eme semaine, j'ai craqué! Je me suis retrouvée alcoolisée dans une ville que je ne connaissais pas, complètement désorientée, je n'arrivais même plus à retrouver le chemin de l’hôpital…! On a dû me récupérer…qu'est ce que j'avais honte!! Avec du recul cet incident m'a aidée à comprendre le mécanisme qui se joue lors de cette envie irrépressible de consommer, (qui est propre à chacun) C'était le soir de Noël !
Les premiers jours, tu te reposes. Ton corps récupère, ton esprit aussi. Tu rencontres l’équipe médicale, des pros qui savent exactement par quoi tu passes. Et tu croises d’autres personnes, comme toi, qui se battent, qui te comprennent sans qu’il y ait besoin de mots. Petit à petit, tu sens que tu n’es plus seule.
Puis vient la post-cure. Là, changement de décor. Tu es entourée de nature, loin du bruit et des habitudes. Le matin, tu te réveilles avec le chant des oiseaux plutôt qu’avec l’urgence de consommer. Tu marches, tu respires, tu prends le temps. Ton cerveau, lui, réapprend. Il redécouvre la saveur d’un repas partagé, la douceur d’un café au soleil, la joie simple d’un éclat de rire.
La post cure c'est ça : une vraie parenthèse. Un sas. Un endroit où, pour une fois, on n’a pas à lutter contre la tentation, parce qu’elle n’est tout simplement pas là. Impossible de boire, impossible de consommer. L’environnement, qui d’habitude joue contre nous, devient cette fois un allié.
C’est dans ces moments-là que tu réalises : le plaisir existe encore. Le bonheur simple, celui qu’on croyait perdu, revient. Tu te redécouvres. Tu redécouvres ta capacité à être bien, à être heureuse, sans rien d’autre que toi, la vie, et ce qui t’entoure.
La cure et la post-cure m'ont permis d'ouvrir un nouveau chapitre. Le moment où tu poses enfin le sac trop lourd que tu portais depuis des années… et où tu commences à marcher plus léger.
En résumé, la cure est un premier pas pour se désintoxiquer, tandis que la post-cure permet de se stabiliser et de se reconstruire sur le long terme.
Sortir de son cadre habituel, ça change tout. On respire. On se retrouve dans un espace où le temps s’arrête un peu, où l’on peut souffler, se reposer, réfléchir. On n’est plus dans la survie quotidienne, mais dans un lieu pensé pour prendre soin de soi.
Alors oui, faire une cure, c’est accepter de s’arrêter. Mais parfois, s’arrêter, c’est le meilleur moyen de repartir. Ça n’a pas effacé qui j’étais, au contraire ça m’a permis de me rencontrer,,de me regarder en face et sans anesthésie cette fois! Apprendre à ressentir, à reconnaître et à apprivoiser mes émotions.





